jeudi 20 février 2014

Et le père advint (7)

Ne serait-il pas temps de sortir de la guerre des sexes? Laissons les hystériques et les obsessionnels continuer leur guerre sans nous en mêler. En effet ce que nous revendiquons, c'est l'intérêt de l'enfant. Nous y découvrirons que l'intérêt de l'un n'est pas forcément au détriment de l'autre. Au contraire, un enfant va d'autan mieux que ses parents vont bien!

L'enfant a-t-il besoin de ses deux parents? Il y a des cas ou l'enfant élevé par un seul parent va bien et même très bien. Il est rare néanmoins qu'il n'en ait pas souffert. Cette souffrance peut résulter de la comparaison avec la norme, mais il a généralement le sentiment que quelque chose d'important lui a manqué. Heureusement, la fonction paternelle peut fonctionner de multiples façons.
Lorsque c'est le père qui est absent, le manque prend souvent la forme d'un manque de reconnaissance. En effet l'enfant doit être reconnu, adopté, c'est à dire inscrit dans une filiation de façon énoncée: " tu es le fis de..." Selon différentes formules qui établissent un lien social. Le père permet l'établissement d'un droit à exister, l'initiation est un droit/devoir à exister comme homme ou comme femme.
La mère établit l'être de l'enfant en tant que tel, réel hors sens. La mère donne la vie à l'enfant, le père l'inscrit dans la communauté humaine.

Mais comme je l'ai indiqué, le père n'est pas forcément le géniteur, ni même forcément un homme. Il est le représentant social qualifié par la mère, qui y réfère son désir d'enfant. Cette personne peut être le patriarche, comme il peut être la mère de la mère, ou d'autres autorités familiales, tribales, claniques...Nous pouvons imaginer de multiples figures, elles existent et entraînent des effets différents. Ce qui est indispensable pour l'enfant, c'est que sa mère reconnaisse une autorité sur sa relation à son enfant. Autorité élue ou subie, magnifiée ou dévalorisée, écrasante ou discrète, ces formes et activités auront une grande influence sur la construction de la personnalité de l'enfant. Cette autorité n'est pas une autorité sur la mère, et pas obligatoirement une autorité directe sur l'enfant, du moins avant qu'il soit adolescent. Cette autorité est tout d'abord une croyance maternelle avant de devenir une croyance de l'enfant: il croit en son père et donc croit son père.

En cas d'absence de cette autorité, nous aurons une personnalité psychotique. L'enfant ne pourra construire la croyance nécessaire à son irrémédiable séparation d'avec les autres. Il en résulte un risque d'intrusion d'un autre en soi (l'hallucination).
Mais c'est cette autorité paternelle séparatrice qui condamne le futur adulte à une solitude structurelle: personne ne le comprendra jamais, y compris celui qui l'aimera/qu'il aimera. Il en résulte la Loi, comme organisation de cette irréductible séparation d'avec autrui.
La névrose est la non acceptation de cette solitude structurelle, inévitable, pourtant indispensable à pouvoir exister hors de la confusion et parvenir à être auteur. Au lieu de croire, quitte à inventer une cause valable, le névrosé veut être convaincu.
Quant au pervers, errant de se vouloir l'unique, se rassurant de la supposée faiblesse des autres, il se réfugie  dans une supériorité sans garantie, s'épuise à se convaincre sans certitude, construit son identité défaillante dans la dissimulation de son doute d'exister. Il porte un masque qu'il prétend être, qu'il ne peut faire exister autrement qu'en manipulant autrui; le pervers qui ne croit en rien, mais veut qu'on croit en lui.

La double référence de l'enfant à ses deux parents, est redoublée par la différence sexuelle. Cette différence est au fondement même de l'origine de l'enfant, de même que chez les autres animaux, mais elle est aussi dans l'inscription de l'enfant en tant qu'humain: il ne peut être que garçon ou que fille, reconnu par la mère et par le père.
Le père est un au delà (pas au dessus) de la mère qui fait que l'enfant n'est pas que le produit de la mère. C'est son intervention qui sépare l'enfant de la mère, qui dégage l'enfant de l'intimité de la mère. Il est l'intrusion du social entre la mère et l'enfant, grâce au consentement de la mère et de l'enfant à son autorité. Cette autorité sur la relation mère-enfant est au delà du père en tant que personne; il n'en est que le représentant. Il est lui-même tenu par son engagement à assumer une présence particulière, tout d'abord comme référence pour la mère, ensuite comme référence pour l'enfant.

En quoi l'enfant se réfère-t-il à son père?
Le père est un lieu d'inscription du désir de la mère. Cette référence est, pour l'enfant, son lieu d'existence initialement indéfini, énigmatique. L'enfant doit découvrir ce qu'il contient, contraintes de désirs et de valeurs, formation et référence pour sa personnalité en construction. L'enfant attend d'être confirmé par ce père, encouragé et induit dans un cheminement vers l'autonomie et les responsabilités. Le père est pour lui le réfèrent de sa relation au monde.

Le père n'est pas toujours une personne, mais il est mieux qu'il le soit pour l'enfant. Cela lui permet de se référer à quelqu'un qui n'est pas n'importe qui, de se repérer grâce à l'évolution de sa relation avec lui, pour finalement se repérer ensuite au-delà de lui, en intériorisant les références rencontrées, éprouvées, mais aussi en s'autorisant ultérieurement à aller au delà. Le père est une instance qui gagne à être personnifiée pour le repérage par l'enfant de sa propre place, des demandes qui lui sont adressées et de l'exemple qu'est ce père pour lui. Souvent, transitoirement, ce père sera un modèle, pour garçon et fille, un enseignant et un interlocuteur. Il instaure un ordre, d'où l'importance de l'accueil et la valorisation qu'il octroie à l'enfant.

Au départ l'enfant est tenté de l'idéaliser; moyen commode de placer son père en le magnifiant et en le limitant. Il lui donne un rôle de protection, mais amoindrit la place qu'il a pour la mère; cette place fait de l'ombre à l'enfant.  Il peut même hypervaloriser son père, être béa d'admiration, l'imitant le plus possible, ce n'est qu'une tentative de réduire son rôle séparateur entre l'enfant et la mère. Toute sorte de déplacements et d' associations compliquent la donne de façon ambivalente.

Donc le père est la construction d'une croyance fondamentale: il est quelque chose d'essentiel que l'enfant n'est pas pour la mère et qui intrigue l'enfant: le père ouvre une question sur ce qu'il est en tant que père: qu'est-ce qu'un père?

Être père est un acte de courage, car il va lui falloir agir; il vaut donc mieux que ce soit un choix consenti, car c'est un engagement qui peut être difficile à tenir; il ne peut pas reposer que sur le plaisir éprouvé. Un père doit être loyal, c'est à dire soutenir réellement ses valeurs auprès de l'enfant, plutôt qu'une image séduisante dont l'enfant ne demande pas mieux que de l'affubler. L'enfant se repère dans un monde d'images qui le rassurent. Sans attaquer ces images, le père doit maintenir comme référence de son action, un au-delà de l'image: un père existe par ses actes et ses paroles.

L'enfant est source de remise en question, particulièrement pour le père, interrogé sur le respect des ses valeurs, sur le sens des relations aux choses et aux gens, sur le pourquoi du comment. L'enfant met à l'épreuve le père en le questionnant en acte et en parole, en interrogeant l'ordre qu'il représente auprès de lui. Le père vaut pour ce dont l'enfant s'en sert.




mardi 18 février 2014

Et le père? (5)

Nous pourrions croire que le langage suffit à organiser les relations mère enfant de façon adéquat; que non! Même avec le bon sens supposé nécessaire. En effet, si le langage organise la relation, il ne semble pas suffire et encore moins être efficace à séparer mère et enfant. Cette séparation progressive est indispensable à ce que l'enfant sorte de la confusion et devienne autonome.

Les mères, avec génie, vont inventer un moyen supplémentaire: la fonction paternelle!
Cette fonction qui supplée aussi au défaut d'instinct, renforce ordre et séparation.
Le père est une fonction avant d'être un personne.
Comment ça fonctionne?
Prenons la situation banale dans notre société: le père est un homme, et le géniteur.
D'être le géniteur à l'avantage de légitimer sa fonction, grâce à la croyance dans le naturel: il a une " place naturelle". En réalité il n'y a pas beaucoup de naturel à la clé, mais ça rassure. D'ailleurs lorsqu'on étudie la filiation génétique, on a des surprises...
L'homme qui accepte cette place, va intervenir dans la relation mère-enfant quoiqu'il fasse ou ne fasse pas. Il y est de fait et ce qu'il fait. en direction de la mère ou de l'enfant est important, pour tous. Initialement il est un soutient de la mère dans la réalisation de son désir d'enfant; mais il ne facilite pas tant la chose qu'il ne l'influence. Introduit dans le lien, il devient non seulement acteur mais auteur. "Intronisé" par la mère, il est imparti d'une responsabilité pleine et entière, dont il n'a que vaguement conscience en fonction de son éducation et de son expérience. Ensuite il prend part au développement de l'enfant, de plus en plus directement.

Nous avons constaté que la mère est indispensable pour compenser le manque d'autonomie de l'enfant. À la puberté l'adolescent a acquis l'essentiel des moyens nécessaires pour se débrouiller. Il lui reste à apprendre à en faire un usage adéquat à ses désirs et à cela son père est un référent quant à l'autonomie sociale.

Le père inscrit l'enfant dans une filiation symbolique.
Celle-ci se constate par le nom qui les relient, sans définir le contenu du lien: un nom est une référence qui n'a pas de signification, un nom ne veut rien dire, (même s'il a signifié quelque chose) c'est une enveloppe à remplir à chaque génération. Mais l'enveloppe à une forme familiale qui limite ce que chacun peut y mettre. Transmission d'une histoire à partir de laquelle chacun chemine, s'organise et répète, s'il a insuffisamment assimilé.

Dans la petite enfance le rôle du père est tout d'abord d'être une référence pour la mère. Cette référence peut prendre toutes sortes de formes. C'est une inscription de l'origine à expressions variables. Qu'elles soient éducatives, originelles, participatives, mythiques, cette inscription aura un effet sur le destin de l'enfant. Elle n'a pas forcément lieu, l'enfant peut ne pas avoir de père. Cela entraînera une autre inscription dans l'existence, plus difficile à assumer.

Ensuite, bien évidement, la question sera comment le père habite la place, qu'y fait-il, dans quel but et de quelle façon? Comment s'adapte-il a la mère, à l'enfant, au monde? Quelles valeurs sont les siennes, sont-elles concordantes avec celles de la mère, avec l'environnement familiale? Quels sont ses investissements, de qu'elle façon se réalise-t'il, qu'accepte t'il de subir et pourquoi?
Le père a une valeur d'exemplarité et un rôle d'enseignant. Donc le père est lui aussi essentiel au développement de l'enfant et à l'acquisition de l'autonomie.

Cette double référence est ignorée par certains qui voudraient que les rôles soient interchangeables, ou que l'un des parent puisse tout faire, tout assumer; ce n'est pas impossible, mais c'est le plus souvent au détriment de l'enfant et souvent aussi au détriment de l'adulte. Nous pouvons être tenter de dire que c'est parce qu'une le monde est mal fait, mais c'est méconnaître les raisons de cet état.
La différence père-mère n'est pas qu'anatomique, mais nécessaire pour la construction de l'appareil psychique et son développement. L'hétérosexualité est indispensable au maintient de cette réalisation, comme c'est le cas de toutes les espèces animales.
L'homosexualité est une construction sexuelle au même titre que l'hétérosexualité, mais l'homosexualité ne peut pérenniser l'espèce. Il n'est pas dit qu'un enfant ne puisse être élevé par des parents de même sexe, mais se posera la question du repérage des différences sexuelles par celui-ci dans une construction relationnelle à créer. En effet, il est indispensable que l'enfant sache qu'il est d'un sexe et donc pas d'un autre, ceci étant une condition essentielle à tout choix qu'il sera à devoir effectuer plus tard. La différence sexuelle est une condition sine qu'à non des l'existence des humains.

La différence sexuelle (6)

Le repérage de la différence sexuelle est indispensable à l'existence des êtres humains, sinon nous deviendrions autre chose que des êtres humains. Indispensable à l'existence des autres animaux, la sexualité a la particularité chez l'être humain d'être à l'origine d'un choix d'existence.
L'être humain quoique contraint, est auteur de son choix. C'est probablement le seul animal confronté à cette situation. Du fait de leur système de communication, les autres animaux exécutent des rôles en fonction de leur instinct. Il sont des agents exécutants, qui servent au mieux de leurs possibilités, leur instinct de survie individuelle et d'espèce. Celui-ci est avant tout au service de la pérennité de l'espèce. Nous constatons le peu d'évolution dans leurs modes de vie, bien qu'ils puissent s'adapter à leur environnement. Nous constatons que leur adaptation est très inférieure à leurs possibilités. Il est étonnant d'ailleurs de constater combien on s'enthousiasme qu'un singe se serve d'une herbe pour attraper des termites et combien on s'étonne peu qu'il utilise si peu ses capacités réelles, telles que de nombreuses expériences ont pu nous les faire découvrir.

L'être humain s'ingénie à utiliser ses capacités à découvrir du nouveau, sans que se soit utile et parfois même de façon néfaste. Au contraire de l'animal volontiers conservateur, l'humain ne cesse de chercher, de remettre en cause, d'explorer dans une évolution, un changement, une nouveauté qui n'est pas une forcément une amélioration, sinon de façon secondaire et parfois fortuite.
L'être humain aime le nouveau. Pourtant le nouveau est une menace pour tous les animaux et généralement traité comme tel: réaction de fuite ou confrontation. Mais pour l'être humain le nouveau l'attire, même s'il peut aussi le craindre. Partagé entre sa crainte animale et la curiosité, le nouveau est une menace et une promesse.

Notre différence d'attitude vis à vis du nouveau vient de notre rapport à la jouissance: nous jouissons tous de la vie, certes, mais pas de la même façon. Les animaux ont une jouissance répétitive délimitée par leur instinct, ce qui fait que nous pouvons dire qu'ils jouissent bien, c'est à dire en référence au bien de l'espèce. Le sens de leur vie est de pérenniser l'espèce, pour le reste c'est le principe du plaisir qui les gouverne individuellement.
Pour l'être humain, le manque qu'il éprouve se situe initialement, comme pour les autres mammifères, sur ses besoins: besoins pour survivre en tant qu'individu, ce qui pour les autres animaux est indistinct de survivre en tant qu'espèce. Pour l'être humain, le manque individuel n'est pas aussi intimement lié à l'espèce.

Les humains n'ont pas d'instinct, c'est donc l'éducation et l'expérience qui vont introduire des limites. L'être humain de façon non exceptionnelle, peut jouir à l'encontre de son intérêt d'individu et même à l'encontre de l'intérêt de l'espèce.
Chez l'être humain le bien est une construction d'espèce référée à la société dont il fait partie. Ce Bien appris, n'est pas inscrit dans nos gènes et peut être contrarié; il n'est pas immuable et effet de la pression du groupe il peut être modifié. Le Bien évolue avec l'evolution de la société.
Mais le bien ne supplée pas complètement à l'instinct et ne peut gouverner les adultes, bien qu'il puisse suffire aux enfants.

"Admettre la différence des sexes c’est admettre la complémentarité des sexes, donc la domination patriarcale, donc l’oppression et l’aliénation de la femme » "
(Judith Butler philosophe féministe du genre expliquée par Elizabeth Montfort)
Voici un propos d'une stupidité navrante qui montre combien son auteur est incapable, dans son intolérance,  de comprendre que différence n'est pas forcément supériorité de l'un sur l'autre. La différence des sexe est un réel incontournable qu'il faut admette et comprendre et réinventer à chaque génération! La différence des sexes n'est pas une complémentarité spontanée qui irait de soi. Deux êtres différents ne sont pas forcément complémentaires, ils sont seulement différents.
Chez l'être humain, la complémentarité se fait dans la relation entre les parents par rapport à l'enfant dans l'aménagement de la relation, si possible dans l'intérêt de l'enfant avant tout.

Bien comprendre l'intérêt de l'enfant, c'est comprendre qu'il puisse exister dans deux relations différentes, respectueuse l'une de l'autre, accordées l'une à l'autre, non hiérarchisées. C'est essentiel pour permettre un droit à la différence, la possibilité dans une même famille d'être différent, avoir des goûts, des pensées et même des valeurs différents, pouvoir les exprimer en y mettant les formes nécessaires à la pérennité des relations, etc...
La tolérance rend nécessaire le repérage de différences dès le plus jeune âge. Le bébé distingue les visages très tôt, puis les fonctions relationnelles entre les autres et lui.

La question du choix est initialement celle du bon choix. Le meilleur est le mieux; c'est à dire les choix sont hiérarchiques, de l'ordre du plus ou moins bien.
 Mais il lui faudra découvrir qu'un choix peut exclure un autre choix et que n'est pas toujours possible d'avoir le four et le moulin! Et que parfois, il ne peut pas revenir sur son choix! Et que le mieux n'est pas toujours le seul critère du choix!..
La complexité du choix auquel il est confronté est le choix d'exclusion: le four ou le moulin. L'accès à ce choix passe par un premier repérage qui reste la référence, celle de l'identité sexuelle: garçon ou fille. Pour y avoir accès, il faut qu'il se sache garçon ou fille. Sinon il n'y a pas de choix réel, mais une hiérarchie des choix: il n'y a que l'un après l'autre, ou l'un mieux que l'autre, sans qu'advienne vraiment l'un ou l'autre. Nous constatons cette difficulté dans la frustration qui manifeste l'impossibilité à renoncer à.

De même qu'être un garçon ou être une fille est forcément différent à partir d'un réel biologique incontournable, être garçon ou être une fille ne se définit pas l'un par rapport à l'autre. Une constatation n'est pas une définition. Et la constatation d'une différence n'implique pas une complémentarité! Faute de définition externe et relatives, la définition est interne, donc particulière et non générale. Bien sûr il y a des références culturelles et comportementales que les féministes dénoncent. Leur outrance de dénonciation n'est pas sans fondement. Néanmoins ces différences qui ne devraient pas être des discriminations, sont utiles aux questionnement que doit affronter garçon et 
fille: "en quoi suis-je un garçon, en quoi suis-je une fille?" qu'il n'y a pas de réponse d'espèce suffisante, comme chez les autres mammifères, implique qu'il n'y a de réponse qu'en son nom propre! Nous sommes auteur de notre réponse, celle-ci s'effectuant par ce que chacun de nous fait en son nom propre; nous ne sommes plus dans le registre social du bien, mais nous
sommes dans le registre subjectif du vrai. Être un homme, être une femme rend nécessaire au delà du lien social, une réponse de créateur!

mercredi 12 février 2014

Lettre ouverte aux parents égares (4)

Différences entre garçon et fille

L'origine  de la différence ente les deux sexes est anatomique, mais ne s'arrête pas là.
Il y a toujours eu des mises en question de cet état de fait. Cette contestation se justifie parfois du statut particulièrement injuste d'un sexe dans une société donnée, parfois c'est l'insupportable  du rapport entre les deux sexes, parfois c'est le sentiment d'appartenance à un sexe autre que le sien...

La différence sexuelle à conduit des différenciations entre homme et femme qu'il faut accepter d'étudier autrement qu'en seuls termes de bénéfices sociaux. Que certains profitent, voir abusent, n'est pas pour étonner...Le fait qu'il y ait des abus, que ceux-ci doivent être corrigés ne doit pas éliminer qu'il puisse y avoir des avantages identitaires aux différences entre les sexes; mais en quoi, comment et pour qui?
Quant au sentiment d'appartenance parfois avec conviction, il mérite aussi d'être interrogé.

Si nous étudions un peu les différentes civilisations, nous constatons que l'organisation sociale est une construction  patriarcale. Cela nécessite évidement de ne pas réduire la paternité à une représentation (figurée par exemple par le patriarche),mais d'admettre que c'est un système qui suppléer à notre à défaut d'instinct. Cela ne permet pas d'affirmer qu'il ne puisse avoir d'autres systèmes, mais jusque là, il n'y en pas d'autres connus.

La différence sexuelle ne peut pas se réduire à un constat anatomique mais s'étaye de différentes formes, qu'elles soient culturelles, relationnelles, psychiques ou physiques. Si entre un homme blanc et un homme noire il n'y a qu'une couleur différente, ce ne peut être le cas entre un homme et une femme. La différence de la couleur de la peau ne suffit pas à établir une identité? Quoiqu'en pensent les racistes. Nous pourrions d'ailleurs le constater pour toutes les questions d'apparence.

Il n'y a pas de construction identitaire qui ne s'appuie pas sur les différences sexuelles: elles sont indispensables à notre identité. Nous sommes mâle ou femelle, soit homme, soit femme!
Toutes le reste ne sert qu'à étayer notre identité en souffrance de stabilité. Constater qu'on est un homme exclue qu'on soit une femme, mais ne définit rien. Ce constat radical et ouvre à des questions nombreuses, sans fournir de réponses.

S'il y a différence, il n'y a pas nécessairement hiérarchie, différence de valeur ou de droit, mais il y a des avantages et des inconvénients à repérer. Toute différence peut être utilisée de façon abusive: le fort par rapport au faible, le riche par rapport au pauvre, etc... Mais les différences font l'intérêt du monde, sa qualité et notre chance (en fonction de l'usage que nous en faisons).

Pour  l'enfant ces différences sont  essentielles. Elle va lui permettre de construire une identité sans avoir besoin d'un instinct qu'il n'a pas. L'instinct définit la fonction, dont découle le rôle et la place. L'instinct organise les relations des individus de façon à pérenniser l'espèce. Les individus sont des agents exécutant un programme de maintient de l'espèce; ils fonctionnent selon le principe du plaisir individuel,  sauf quant l'espèce est en jeu. C'est simple dans le principe, même si les relations sont complexes. La rigidité de l'instinct permettra plus au moins l'adaptation de l'espèce à son environnement évolutif.

Pour l'être humain, pas d'instinct mais un système relationnel instable qui doit organiser et gérer notre relation et dépendance aux autres. Ce système est construit progressivement doublement: d'abord dans notre relation à autrui, mais aussi dans notre relation à nous-même.

La relation avec les autres commence avec sa mère. Ce lien se fait par la projection que la mère fait sur l'enfant, de besoins de celui-ci. Projection qui, dans son élaboration et dans sa réalisation, passe par le langage. Le langage est ce qui lie et sépare et relie l'enfant et la mère. Le langage à plus un effet organisateur que séparateur.  Il impose l'interprétation, au delà du décryptage du signe. Les expressions de l'enfant sont signifiantes pour la mère qui par ses réponses, codifie ses réactions. Contrairement à une idée répandue, il n'y a pas d'instinct maternel; c'est ce qui fait le sublime de l'amour maternel, car il oblige à beaucoup d'abnégation.

Chez l'être humain, les enfants sont aimés de façons différentes, pas forcément de façons inégales ou injustes. D'autre part, élever un enfant oblige à s'adapter à chaque enfant, même si c'est l'enfant qui fait le plus gros travail d'adaptation. Il ne peut y avoir l'automatisme réactionnel qu'il y'a chez les autres mammifères qui entraine que les animaux non concordants sont éliminés.

Une mère attentive essaie de construire un dialogue imaginaire entre son enfant et elle, afin de répondre aux demandes supposées initialement, puis de plus en plus affirmées par l'enfant. Mais c'est la réponse maternelle qui induit, organisé et spécifié la question qui se met progressivement en place.
Nous constatons que le langage devient le lien obligatoire entre eux. Ce langage sert initialement à la mère à s'interroger sur ce qu'elle ressent, pense ou formule à propos de son enfant.
Le langage est donc un élément tiers dés l'origine dont nous pouvons nous demander s'il est adéquat et en quoi, à sa fonction.

lundi 10 février 2014

Lettre ouverte aux parents égarés (3)

Les parents n'ont pas le même rôle.
Le fait que le plus souvent, les parents sont une femme et un homme semble le souligner d'évidence, car ils n'ont pas le même rapport à la venue au monde de l'enfant. Mais qu'elle différence?

 La mère de l'enfant, comme tous les mammifères, élève son petit. Mais il y a une différence notable, c'est que les mammifères répondent instinctivement aux besoins de leur petit, là où la mère a à les évaluer. Cette dernière croit répondre à la demande, mais surtout doit interpréter les besoins de l'enfant et induire ainsi un mode de communication particulier: la langue maternelle.
C'est différent de l'instinct de l'animal qui lui fonctionne selon un système de signes à décrypter et pas selon un système de langage à interpréter. Donc dès l'origine il y a ce moyen de communication particulier entre l'enfant et sa mère qui les lie, mais aussi les sépare, parce qu'il faut interpréter et qu'il y a forcément perte et invention dans tout message interprété, au contraire des autres animaux.

Cette condition particulière de l'enfant est liée probablement à sa grande prématurité empêchant tout instinct de se mettre en place. Nous pouvons décerner dans le langage même, un élément unificateur et séparateur entre la mère et l'enfant. L'effet séparateur, qu'est le langage, est perçu par la mère et alimente son questionnement sur l'enfant. Elle compense par le contacte physique, la voix (chant), le geste et même l'odeur. Nous le constatons aussi par sa demande adressée à autrui, d'avis et de conseils, ce qui ne se constate chez aucun autre animal. Une mère apprend à élever son enfant, elle ne bénéficie pas d'un instinct qui la conduirait et qui ferait que toutes fassent de même.

L'utilité qu'un père puisse apporter à une mère, peut être une aide à vouloir faire au mieux avec l'enfant. Cette aide peut prendre différentes formes et elle n'est pas sans importance. Pourtant elle semble rarement orienter son choix en fonction de des capacités supposées du futur père à élever un enfant...Quoiqu'il en soit la présence du père va réduire la liberté de choix des décisions maternelles à l'égard de l'enfant puisqu'elle doit composer avec lui.

Alors pourquoi les mères "s'encombrent-elles" d'un père pour leur enfant?
Sans sous estimer l'aide concrète qu'un père apporte à la mère, nous pouvons penser qu'il y a d'autres raisons.
Nous constatons que le désir d'enfant s'installe tôt chez les petites filles. Pourtant les femmes ne se contentent pas d'un géniteur avantageux aux qualités génétiques supposées, pour réaliser leur envie d'enfant. Elles attendent de lui une présence auprès d'elle, mais surtout auprès de l'enfant. Cette présence n'est pas qu'un plus pour l'enfant ou pour la mère, mais doit s'articuler avec la propre présence de la mère.
De quoi s'agit-il?
Nous pourrions penser l'avantage en terme de sécurité. C'est certainement vrais pour la mère et pour l'enfant. Ce n'est pas un hasard si la paupérisation chez nous concerne surtout les mères "célibataires".
Mais nous constatons que cette fonction de sécurité est de plus en plus accomplie par l'état. Cela c'est déjà vu dans d'autres sociétés.

Alors qu'est-ce qu'un père?
Le père à d'autres fonctions. D'ailleurs il est bien des sociétés où le père n'est pas le géniteur, ni le protecteur.
Le père est le plus souvent un homme mais dont la position paternelle résulte parfois à un choix qui n'est pas uniquement celui de la mère. Il peut être choisi par ses parents, par la tribus, le clan. Parfois ce sont les fonctions sociales qui le désignent: chef, sorcier, patriarche. Parfois il est constitué par un groupe social: groupe particulier d'hommes ou de femmes ayant une expérience ou une place reconnue... Le père est toujours une autorité reconnue par la mère. Cette autorité peut résulter d'une crainte ou d'une admiration, imposée ou choisie.
En tout cas cette autorité s'exerce sur la relation de la mère avec son enfant. Cette autorité n'est pas forcément sur la mère et pas forcément sur l'enfant, mais toujours sur la relation entre la mère et
l'enfant et entre l'enfant et sa mère.


dimanche 9 février 2014

Lettre ouverte aux parents égarés (2)

À la différence des autres mammifères, les femmes dans leur projet de procréation, ne se contentent pas que des services occasionnels d'un géniteur. Pourquoi?
Certains pensent que c'est par conditionnement social, d'autres ont d'autres croyances; mais avant de supputer  la cause examinons la réalisation.

Il n'y a pas de société sans père.
Les pères sont le plus souvent, à notre époque, les géniteurs apparents. Tout dépend de ce qu'on définit comme "père". Pour ma part je propose de définir le père comme étant une construction relationnelle qui supplée à la carence de l'instinct animal chez l'être humain. L'instinct est ce qui organise la relation de l'individu avec son espèce.
Le père a donc une fonction sociale et tout d'abord familiale. Il sert à l'enfant, autrement que la mère.

La  mère est indispensable à la survie du petit mammifère. On ne voit pas en quoi le géniteur serait nécessaire à sa survie. Sur la mère sont greffées ces mamelles des mammifères, indispensable à son existence extra utero. La mère s'occupe de son petit. Cela n'empêche pas parfois à l'autre parent d'être utile, mais la mère seule reste indispensable au départ dans la vie.

Et le père?
Pour les autres mammifères, je dirais que le père c'est l'instinct. Le mâle mammifère ne devient pas un père. À l'intérieur de l'espèce c'est la loi du plus fort. Et la Loi de la loi, c'est la préservation de l'espèce. Ainsi la loi du plus fort est au service de la pérennité de l'espèce, en sélectionnant les individus les plus à même de pouvoir s'adapter à l'environnement, y compris dans son évolution.
Il est évident que chez les humains cela ne fonctionne pas ainsi. Il n'y a pas de sélection de mâle reproducteur par une rivalité entre mâles fondée sur les capacités au service de l'espèce, bien que certains aient voulu à tout prix y voir des similitudes.
Le choix du géniteur chez l'être humain n'est pas un choix d'espèce mais le choix singulier d'une femme, parfois de sa famille ou d'une autorité sociale.
D'ailleurs autan nous pouvons expliquer ce choix chez les autres espèces, autant nous sommes incapables de l'expliquer chez nous autrement que de façon subjective et encore que partiellement.

Le père est un choix mystérieux effectué par une femme pour réaliser un enfant.
Quel est ce choix?
Ce choix, héritier de l'instinct qu'on n'a plus, est une valeur supérieure au plaisir ou à son propre intérêt immédiat. Le père c'est ce qui fait que ce désir, dans sa réalisation, est référé à un au delà de soi qui remplace la Loi animale de pérennité de l'espèce. Le père introduit un au-delà à la mère et même à l'enfant, donc il introduit un ordre entre la mère et l'enfant. C'est ce qui fait que l'enfant n'est pas que le bien de la mère, mais qu'elle accepte de le perdre en partie au profit d'un intérêt supérieur au sien propre, qu'elle se représentera comme étant l'intérêt supérieur de l'enfant.

Nous pourrions penser que cet intérêt supérieur pour elle, qu'est l'intérêt de l'enfant, pourrait trouver sa forme pleine et entière dans l'amour qu'elle lui porte. Et bien non, car cet amour fusionnel installerait une confusion et une dépendance dont l'enfant ne pourrait se dégager.
C'est parce que l'amour ne suffit pas que les mères ont inventé le père comme principe organisateur et donc séparateur entre la mère et l'enfant. En introduisant ce tiers elles font exister pour l'enfant un au-delà d'elle-même, nécessaire à l'introduction de l'enfant dans le monde des humains.
Le père est l'ouverture sociale, fondée par la mère qui introduit du manque dans sa relation à son enfant, le conduisant ainsi au delà d'elle-même; c'est l'obligation pour l'enfant d'être autre pour sa mère, de même qu'elle l'est aussi en partie pour lui. Cela entraînera par exemple que même si elle a lu de nombreux ouvrages qui expliquent comment il faut faire, le père restera la référence historique pour elle.

Lettre ouverte aux parents égarés (1)

Il y a de nombreux ouvrages qui expliquent comment il faut faire. Beaucoup de parents y ont recours pour se rassurer. S'il vous rassurent tant mieux, mais souvent ils vont servir à vous orienter... jusqu'à ce qu'ils vous désorientent.

Sachez qu'étant parent vous êtes créateur, autant qu'un artiste peut l'être: vous avez intérêt à vous appuyer sur ce qu'il y a de plus intime et de plus vrais en vous. Cette authenticité est interprétée, comme l'est tout acte (y compris d'amour). L'amour ne saurait se réduire à un sentiment, c'est aussi une prise de position et un acte créateur.

Donc quoique vous en pensez, il n'y a pas de guide, il n'y a que des erreurs à éviter... Du moins les plus grosses! Pas de directions sûres mais, des impasses à éviter.
Par exemple: si dans toutes les sociétés connus, dans toutes les civilisations étudiées il y a père et mère, c'est qu'il y'a des raisons importantes. Bien sûr, les formes sont multiples, mais les fonctions sont toujours différenciées l'une de l'autre, même si parfois une fonction peut être réalisée par plusieurs personnes. Alors qu'est-ce qui est constant dans ces fonctions? À quoi servent-t'elles? Le "rapport" entre fonctions maternelle et paternelle est-il constant? Et les fonctions annexes (grands-parents, fratrie, parenté)?
Claude Lévi-Strauss nous a beaucoup décrit les liens de parenté, mais je me propose de me situer en France, à notre époque dans notre société et de façon pratique.

Donc les parents créateurs de vie, transmettent  des gènes, des biens, une éducation et surtout une histoire dans laquelle l'enfant va être de plus en plus actif, passant progressivement du récepteur à l'agent avant de devenir acteur, puis auteur.

Sachez que la première mission des parents est de favoriser l'autonomie des enfants.
           ce n'est pas l'indépendance!
           ce n'est pas le bonheur!
           ce n'est pas la réussite!
           ce n'est pas la protection!
           ce n'est pas la performance!
           ce n'est pas autre chose que vous pouvez imaginer...
Regardez les autres mammifères, c'est ce qu'ils font; ils éduquent leurs petits à intégrer un milieu de vie. Leur éducation est plus simple, plus systématisée, mais le but est le même: apprendre à vivre dans un environnement déterminé avec des moyens d'adaptation efficace pour survivre.

Nous sommes des animaux particuliers certes, mais avons les mêmes objectifs.
Pour cela il nous faut deux références essentielles:
           La différence sexuelle nous inscrivant dans un sexe ou dans l'autre de façon exclusive,
           La fonction paternelle qui vient palier à notre manque d'instinct.

La différence sexuelle existe pour tout ce qui est vivant, du moins pour les êtres complexes. Celle-ci est évidente apparemment  partout, pour ce qui en est des autres mammifères. Ce n'est pas le cas chez l'être humain, maigres la différence anatomique. En effet quoique le garçon se voient différent de la fille, cette différence ne suffit pas à lui donner une identité. Cette différence ne suffit pas à définir un garçon ni une fille.
 Une théorie actuelle en conclue hâtivement que les différences entre garçons et filles ne sont que culturelles ou plutôt que societales!  Nous retrouvons les archaïsmes des oppositions entre l'acquis et l'inné...

Notre difficulté est que nous sommes donc confrontés au fait d'être d'un sexe ou de l'autre, et cela quoique nous fassions, mais que ce que nous faisons à un effet sur ce que nous devenons, que nous soyons d'un sexe ou d'un autre. Le fait qu'il y ait deux sexe rend irréductible que, sans savoir ce qui définit notre sexe, nous ne serons jamais de l'autre sexe! C'est fondamentale de comprendre que l'autre sexe sera toujours l'Autre.

L'homme homosexuel restera un homme pour qui sont "propre" sexe sera Autre. Cela ne signifie pas pour autant que l'hétérosexuel connaît tout de son sexe, puisque celui-ci n'existe que par rapport à l'autre sexe. S'il n'y avait qu'un sexe, il n'y aurait pas de sexe du tout.

Ainsi la différence sexuelle est nécessaire mais pas suffisante. Elle est nécessaire au vivant pour exister. Sans différence sexuelle toute espèce disparaîtrait. Elle n'est pas suffisante, car nous n'avons pas d'instinct, au contraire des autres animaux.
Il n'est pas dans mes intentions de démontrer  cette évidence. J'attribue cette particularité de l'être humain à sa grande prématurité. Celle-ci est exceptionnelle parmi les mammifères et conduit la mère à devoir interpréter les besoins de l'enfant et à construire un mode de communication particulier, à savoir la langue maternelle. Ce mode de communication est très différent de toute les autres espèces animales qui ne sont pas des systèmes langagiers mais des systèmes de signes...

Donc une différence sexuelle et pas d'instinct. C'est là qu'apparaît une particularité humaine, une suppléance à cette carence, qui va tout changer: la fonction paternelle.