lundi 26 août 2013

Les symptômes et la création

Nous sommes tous affublés de symptômes (gênants)!

Notre première préoccupation est de les cacher.
Notre deuxième préoccupation est de s'en débarrasser.
Notre troisième préoccupation est de ne pas en être complètement débarrassé, mais de pouvoir les maîtriser.
Notre quatrième préoccupation est de savoir ce qu'ils signifient.
Notre cinquième préoccupation est de les oublier.
Notre cinquième préoccupation bis est qu'ils nous oublient...

Sachez d'emblée qu'on se débarrasse jamais de ses symptômes! Par contre on peut les transformer, de deux façons: soit en agissant sur les symptômes et leurs conditions de survenue, soit en agissant sur leur cause réelle.

Définition:
En médecine, c'est le médecin qui décide ce qui est symptôme ou pas, en fonction de ce qui fait signe dans son observation. Pour le patient, il en est de même à partir de ce qui lui paraît anormal. Le plus souvent cette anormalité commence par une souffrance. Celle-ci, pour être réduite, nécessite une action qui est définie grâce au savoir du médecin.

Un symptôme est un signe qui signifie quelque chose. Mais en plus, il est supposé avoir un sens, c'est à dire non seulement peut être décrypté, c'est la signification, mais aussi relève d'une interprétation. Cette interprétation est liée aux associations faites par l'observateur. La signification se suffit à elle-même, production d'un signe constant, délimité et donc identique pour n'importe qui: par exemple le signe qu'émet un phare ou un panneau routier.
L'interprétation ne peut exister que par l'implication de l'interprétant dans ce qu'il décrypte. Dans toute interprétation il y a de la subjectivité. Mais la subjectivité peut être rigoureuse.

Agir sur la cause, c'est soigner; agir sur le symptôme, c'est soulager. La cause n'est repérable que grâce à l'interprétation.

Le corps et l'esprit:


Lorsque nous consultons un médecin, c'est pour qu'il nous guérisse ou du moins qu'il nous soulage et ceci parce qu'il détient un savoir qui le permet. Ceci est réaliste en ce qui concerne le fonctionnement du corps, mais en ce qui concerne le psychisme c'est moins évident. Nos corps sont similaires et même très peu différents de ceux des autres mammifères. Par contre nos esprits sont très différents les uns des autres, tant dans leur fonctionnement que dans leur investissement.


Pendant longtemps nous nous sommes efforcés de nous croire que nous étions tous pareils. Dans un soucis égalitaire, nous avons gommé les vraies différences ou plutôt refusé celles-ci: il est plus facile de se croire l'égal d'un semblable que de quelqu'un ostensiblement différent: en fait, nous sommes des êtres peu tolérants.

Nos corps sont essentiellement la production des gènes qui sont les nôtres, soumis aux effets de l'environnement. Notre esprit est une construction qui hérite des gènes, mais doit aussi beaucoup aux relations et aux événements. Initialement passifs, en grandissant nous sommes de plus en plus actifs et interprétants dans cette construction de notre psychisme.

Mais qu'est-ce que le psychisme?
C'est une invention occidentale qui est devenue une croyance collective. Il est habituellement considéré comme étant composé de la pensée consciente et inconsciente et de l'affect (sentiments, émotions, perceptions)
Le psychisme contient la pensée, un organe particulier d'adaptation au monde, monde dont nous faisons partie. Les représentations "psyché et soma" sont des constructions imaginaires qui varient selon les sociétés. Étant essentiellement composé des croyances et des associations inconscientes, le psychisme est ignorant de lui-même et de son support; ainsi nous devons nous adresser à quelqu'un d'autre pour savoir ce qu'il en est de l'état et du fonctionnement de notre corps; quant à l'état de notre psychisme, il suffit d'écouter quelqu'un parler de lui-même pour entendre confusion et erreurs.
Les pensées sont chargées d'affects. De plus nous avons tous fait l'expérience que nous avons des pensées inconscientes. Nous tentons de stabiliser le rapport entre pensée et affect, mais sommes souvent surpris des résultats: "le cœur à des raisons que la raison ne connait point!"
Les symptômes nous affectent, mais nous ne savons pas quoi en penser; réfléchir ne permet pas, le plus souvent, de trouver une solution à la gêne qu'impose le symptôme.

 Pour réduire notre ignorance nous devons cheminer indirectement, grâce à quelqu'un d'autre. C'est par la parole adressée à quelqu'un que nous pouvons réduire cette ignorance sur nous-même. Notre pensée aussi réfléchie soit-elle ne nous donne rien sur nous-même! Nous ne pouvons pas nous penser.
Si nous ne pouvons pas nous penser, nous pouvons nous exprimer, nous dire. A défaut de la pensée, la parole peut nous permettre de saisir quelqu’intelligence du mal dont nous souffrons.
La parole n'est pourtant que l'instant du cheminement d'un sujet accroché d'un mot à l'autre; il lui faut un interlocuteur pour découvrir sa position subjective à travers les arabesques de son trajet et ce autour de quoi il tourne.
Le symptôme indique obscurément cela mais ne l'explique pas et encore moins ne permet de comprendre. Respecter le symptôme, c'est éviter de débrancher le témoins gênant, ce qui n’empêche pas d'essayer de réduire l'intensité de la douleur. Respecter le symptôme, c'est admettre qu'il a une fonction qui doit être prise en compte. Le symptôme est bien sûr un mauvais compromis, solution provisoire en attente d'amélioration grâce à un meilleur prise en compte de sa cause originelle.

Les symptômes sont d'une grande banalité dans leur expression, très liée au contexte socio-culturel et en même temps trace de notre relation à nous-même. Dans la forme, nos symptômes sont ceux de tout le monde, dans le fond ils témoignent de notre relation intime à nous-même et au monde qui nous entoure.
Leur banalité ne facilite pas leur traitement, sinon de façon superficielle, leur intimité rend inévitable notre implication active dans leur élucidation. Nous ne pouvons pas ni nous en tirer tout seul, ni attendre le salut d’autrui!

Acte symptomatique et acte artistique 

Le symptôme coûte et s'impose. Il est peu maîtrisable et malgré les explications, reste incompris. Nous souhaitons nous en débarrasser.
Initialement, l'artiste se trouve dans une situation similaire: soit il résiste, soit il s' identifie à cette contrainte. Bien des artistes ont exprimé combien ils étaient "prisonniers" de leurs art. Nous pouvons nous demander: les artistes sont-ils des névrosés identifiés à leur symptôme?
Bien sûr, s'il y a des similitudes, il y a des différences: L'artiste nous semble réussir quelque chose tandis que le névrosé échoue. La réussite de l'artiste est mystérieuse: elle ne saurait être mesurée en fonction de la notoriété. Nous savons que cette dernière est conjoncturelle et indépendante de la "qualité" de l'œuvre. Ce qui particularise l'artiste n'est pas son œuvre, mais son rapport à son acte créateur. Cet acte vise l’authenticité et non le bien. C'est d'ailleurs ce que l'amateur recherche dans l'œuvre: être touché par l'authentique; ceci n'est possible que dans la mesure où il y'a un effet de "résonance" en lui. L'acte de l'artiste vise donc le vrai, pas le bien. L'artisan ne peut renoncer au bien. L'artiste accepte ce renoncement premier au bien, ce qui ne signifie pas qu'il l'exclue!
Pendant longtemps, le bien à été indispensable comme laissé-passer pour l'œuvre d'art. Le contrôle par les sociétés soucieuses de leur pérennité, impose des limites aux menaces introduites par l'art: le nouveau. Du nouveau dans la façon de voir, d'entendre, de penser, d'agir, donc des perturbations de l'ordre existant par un éveil de la subjectivité! D'ailleurs la culture a à charge d'assimiler l'objet d'art pour en faire un objet social, assimilé, pacifié.

Nous devons distinguer artiste et objet d'art. L'artiste est dans le geste créatif qui s'appuie sur sa singularité; il en résulte un objet intime. Mais tout produit n'est pas objet d'art, car cette singularité n'est pas toujours dévoilée; en effet, nous constatons de nombreux produits artisanaux, résultants de savoir-faire plus que de création. La création vise le nouveau, pas l'originalité.

Qu'est-ce qu'un objet artistique?
C'est un objet qui touche le vrai qui est en chacun de nous (ce qui ne fait pas de nous des artistes!). C'est un objet qui réveille en notre intimité, notre singularité (pas nos particularités). Le plus souvent nous en sommes surpris, car nous sommes ignorants de nous-même. Ainsi des objets, qui n'ont pas la vocation initiale d'être des objets d'art, peuvent le devenir, pour quelqu'un par leur effet sur lui. Nous voyons actuellement des masques africains, qui étaient conjuratoires et thérapeutiques dans leur intention initiale et qui deviennent des objets d'art par un effet autre sur le spectateur, ce qui n'était pas leur but premier.
L'artiste dans notre société a comme particularité d'être désigné ou de se désigner comme créateur professionnel, produisant des objets hors utilité, ou des ajouts hors utilité. Une création peut devenir secondairement utile, par l'absorption par la culture qui s'efforce de ramener dans le social tout ce qui s'y produit.
Nous devrions dire que l'objet d'art n'existe pas en tant que tel, mis pour quelqu'un. Nous avons l'expérience d'expositions où nous cheminons en attente d'être cueilli par un objet surprenant.

Le symptôme dérange plus qu'il ne touche; il entrave plus qu'il ne réveille; il pose question plus qu'il n'est solution. Les thérapeutiques proposent de bonnes solutions, ou des mauvaises; mais sans l'élaboration du porteur de symptômes, pas de vrai solution!
Il nous faut être modeste et accepter les compromis, mais pas les compromissions. Au plus haut des prétentions thérapeutiques, nombreux sont ceux qui prétendent avoir Les solutions; quelques soient leurs grimoires et leurs talents de suggestion, soyons honnêtes avec nous-même: pas de solution satisfaisante sans implication personnelle véritable; beaucoup pensent s'en tirer par des efforts, cela ne suffit pas! les marchants de soupe ont encore de beaux jours devant eux, car il ont un complice en nous: l'angoisse et la tristesse.

Nous constatons donc que l'artiste est engagé par le geste créatif, dans une recherche d'authenticité là ou le porteur de symptôme névrotique triche à son insu avec la vérité qu'il devrait prendre en charge. Le premier, par sa rigueur coûteuse peut obtenir satisfaction, le deuxième par sa négligence et son ignorance se condamne à souffrir en vain pour... rien!  
I

mardi 13 août 2013

Le désir et les envies

Une confusion fréquente et regrettable est celle du désir et des envies.

Vérité et illusions:
Ainsi l'histoire de Midas qui demande à Dionysos que tout ce qu'il touche devienne de l'or. On sait la catastrophe qui en a résulté... Certains voient là l'incapacité de la richesse à faire le bonheur, mais d'autres plus subtils, croient y décerner que la satisfaction du désir nous laissent sur notre faim. En fait, Midas confond son envie de richesse comme moyen de plaisir et son désir véritable, ignoré et plus difficile, car il doit le découvrir ou plutôt l'élaborer avant de le réaliser.

Le débat sur l'adoption et la GPA révèle en partie cette confusion: droit à l'enfant, droit de l'enfant, avoir un enfant, faire un enfant, etc... Nous savons qu'un monde où l'enfant serait réduit à n'être qu'un objet, fût-il extrêmement précieux, irait à la catastrophe! Quelque soit son statut, la protection dont il bénéficie, le bien-être qu'on lui accorde, il ne faut pas oublier qu'un enfant  évolue dans sa construction, dans ses relations, dans ses repères, dans ses valeurs et dans ses investissements. Il ne saurait donc être situé uniquement dans les registres des biens d'échange ou d'usage d'une société; d'ailleurs tous conviennent que l'enfant, du fait de la filiation, a un statut particulier.
Quel dispositif pour favoriser son développement ? Que va t-on lui transmettre ?

Il me semble que dans cette discussion est oublié qu'un enfant "se fabrique" progressivement en plusieurs années et pas seulement pendant la grossesse (sa maturité neuro-physiologique est vers 16-18 ans). Nul ne songe à réduire l'importance de celle-ci pour l'enfant, pour la mère et au delà. L'état de grossesse où la mère est habitée par l'enfant, est un changement pour elle qui peut être vécu de façons très différentes, avec un attachement à l'enfant qui peut considérablement varier dans sa forme et parfois dans son fond. La mère est celle qui accompagne l'enfant, assurant la satisfaction des besoins de l'enfant jusqu'à son autonomie, pendant la grossesse et encore après.
Le désir d'enfant ne peut se réduire à l'envie d'avoir un enfant, le désir d'enfant est un engagement à l'élever pour qu'il devienne autonome et à accepter qu'il s'en aille progressivement.

Désir, plaisir et satisfaction:
Avoir un enfant est l'accomplissement d'un fantasme. Faire un enfant oblige à composer avec le réel, à s'adapter à celui-ci, à s'engager au service de l'épanouissement de cet enfant, quelque soit le moment où la mère se trouve dans cette responsabilité.C'est une aventure dans laquelle l'auteur du choix accepte d'être vraiment présent. La satisfaction vient de l'engagement vraiment réalisé, le plaisir vient du résultat qui dépend en partie de ce travail. Notons que, quoi qu’extrêmement influençables, les enfants ne sont pas que l'œuvre de leurs parents. De même nous constatons que la satisfaction est un plaisir particulièrement profond et souvent intense.


Faire un enfant est l'illustration de l'accomplissement d'un désir. Nous constatons qu'il est préférable de séparer le geste, du résultat. Cette séparation peut devoir être radical pour pouvoir soutenir le désir. Ainsi l'artiste s'il publie, c'est pas pour la notoriété, qui peut être souhaitée par ailleurs, c'est pour éviter le piège narcissique de composer un miroir où il se chercherait en vain. Pour être vraiment dans l'accomplissement de son désir, il doit renoncer au produit qui en résulte, qui n'est qu'un moyen imaginaire d'évaluer sa supposée valeur.
Être ou avoir, il faut parfois choisir! Car chacun a à savoir et choisir où il renonce et où il existe. Les êtres humains doivent admettre ne pas avoir le don d'ubiquité!

Le problème de départ est que nous sommes tous élevés dans la référence à l'avoir et que notre société fonctionne ainsi: avoir l'amour des parents, avoir une bonne place, avoir de bonnes choses, avoir de la sécurité, etc... L'enfant croit au cumul des avoirs, comme nos politiques au cumul des mandats; L'enfant veut être bien vu, comme les politiques veulent être réélus, l'enfant invente le futur, comme les politiques l'avenir.
Néanmoins les sages de toutes époques nous mettent en garde par rapport aux richesses. En effet nous oublions que ce que nous avons, nous a et que nos "biens" nous asservissent. Bien sûr ils nous procurent du plaisir et accroissent un peu notre sentiment d'exister, mais ils réduisent souvent nos possibilités de désir véritable, c'est à dire nos possibilités d'engagement véritable dans des voies de réalisation satisfaisante.

Les jouissances:
La jouissance de la possession, proche de la jouissance du pouvoir, n'est pas la même que la jouissance de la réalisation. Elle ne sont pas du même ordre et souvent contradictoires.
La jouissance de la possession est d'ordre narcissique, c'est à dire au service d'une image de soi. Elle se constitue dans un asservissement du monde à soi, mais aussi dans un asservissement de soi au monde.
La jouissance de la réalisation est au service de l'être que nous sommes, en quelque sorte un asservissement à l'être que nous sommes réellement; c'est donc un renforcement de sa cohésion propre, de l'accord avec soi-même.
L'image de soi, quoi-qu’illusoire, nous est plus accessible et immédiate  que l'être que nous sommes. Il est plus facile de sauver les apparences que le fond. Nous n'avons pas d'accès direct à ce que nous sommes vraiment, au contraire de l’accès à notre image.
Avoir et/ou être:
Alors, avoir où être, faut-il choisir? Nombreux sont ceux qui ont opposé, qui opposent encore l'un à l'autre. Il est vrai que nos ressources sont limitées et que nous ne pouvons pas courir deux lièvres à la fois. Mais en fait il s'agit de références différentes et ce n'est pas parce qu'on vise la satisfaction qu'on rechigne à d'autres plaisirs; mais en ce cas le plaisir est un supplément, une chance: le baron de Coubertin disait que "l'important, c'est de participer" à condition de participer vraiment; la réussite est un bonus, très apprécié bien sûr
Il est à noter que le plaisir qui est une réduction de tension, peut avoir d'autres sources que l'avoir.

Il ne suffit pas de se priver pour être vertueux: le déplaisir n'est pas la voie de la satisfaction. Le plaisir est banal, commun à toutes les espèces. Le plaisir ne saurait être le signe de la réalisation du désir. D'ailleurs, si nous supposons un désir chez les autres mammifères, il se manifeste plus dans la lutte sacrificielle d'une femelle à défendre ses petits, que dans le plaisir qu'elle a à se désaltérer.
Le plaisir garde une valeur existentielle évidente: non seulement il rend l'existence momentanément plus agréable, mais il renforce le sentiment d'exister. Par contre il ne garantit rien, même sur le plan de notre fonctionnement physique ou psychique: le plaisir ne garantit ni le bien, ni le vrai. Donc le plaisir ne peut être une valeur identitaire suffisante pour les êtres vivants. La satisfaction indique un accord avec soi-même, qui ne garantit pas un accord avec le monde, qui lui est de l'ordre du bien; la satisfaction renforce notre identité car elle est de l'ordre du vrai. Le plaisir n'est qu'un apaisement qui à l’extrême tend vers l'inanimé,la mort.

Le désir authentique est la tentative d'accomplir un accord avec soi-même; accord entre là où je pense et où je suis, grâce à ce que je fais; ce n'est pas sans évoquer l'expression: "agir en son âme et conscience", maintenant démodée: l'âme est là où je suis, la conscience là où je pense. Le désir est au service du vivant, en prenant en compte chez l'être humain sa singularité.

Une idée répandue est que le désir sitôt exaucé entrainerait une insatisfaction. Cette représentation est issue de l'enfance. L'enfant, bien qu'il connaisse le plaisir, ne connait pa de satisfaction autrement que dans l'accord avec autrui. Sa satisfaction est une satisfaction exprimée de/par l'Autre. Cet infantilisme chez l'adulte est caractéristique de la position hystérique. Celle-ci reste dans l'insatisfaction pour conserver ses croyances en la possibilité de satisfaire autrui, fut-ce au détriment de sa propre satisfaction. En fait, l'insatisfaction est le stratagème indispensable pour éviter le deuil des pertes d'illusions. Le prix du stratagème est de se priver de satisfaction et, par conséquence, de réduire ses capacités d'adaptation à l'environnement. En philosophie la sortie de l'hystérie est illustrée par le voyage initiatique qui conduit au fameux: "il faut cultiver son jardin". Ce n'est pas un renoncement mais un deuil et un redéploiement des investissements en tenant compte du réel.
Le désir n'est pas la réalisation d'un rêve. Le désir peut être la réalisation d'un projet, mais de toute façon doit prendre en compte le réel. Le réel n'est pas négociable, il est entêté, stupide et permanent.
Nous voyons de nombreux adolescents qui fuient dans des mondes virtuels, sources de plaisir au moyen d'un pouvoir imaginaire évacuant les contraintes du réel. Leurs aventures mégalomaniaques sont l'expression de leur sentiment d'impuissance avérée, inversée en exploits fictifs. Comme nous le savons, l'alcool peut avoir un effet similaire: non seulement il désinhibe, mais réduit notre repérage du réel en tant que limite contraignante.

Un autre abord névrotique est celui du désir impossible. Autre façon de vouer le désir à l'échec! Un obstacle insurmontable est utilisé afin d'avoir une excuse vis à vis de soi-même; l'obstacle devient une condition indispensable du désir. L'échec est un stratagème pour se déresponsabiliser, en prétextant l'inaccessible. Tricherie caractéristique de la névrose obsessionnelle.

Se réaliser:
Notre difficulté n'est pas que de nous adapter au monde, elle est aussi de nous adapter à nous-même. Il nous faut répondre à ce vouloir de l'être dont le désir est une mise en forme: "qu'est-ce que je veux  vraiment?"
Le désir n'a pas d'avenir, il n'existe que dans le présent et même dans l'actuel. Un exemple de l'homme accomplissant son désir est le saint, ou le sage. Le saint n'est pas obligatoirement religieux; son accord avec soi peut prendre la forme de l'accord avec Dieu. Le saint l'est, de répondre présent à ses véritables valeurs; il ne triche pas avec lui-même sur l’essentiel, ce qui le positionne comme quelqu'un de vrai, pour ceux qui perçoivent cette authenticité.
Réaliser son désir, c'est réaliser ses valeurs, en acte. Cela ne peut se réduire à accomplir ses envies! Mais nos véritables valeurs ne sont pas forcement universelles, ni aisées à découvrir.

S'il est souvent aisé de ressentir ses envies, il n'en est pas de même de son désir.
Le désir est le désir d'autre chose, dans sa forme. En effet nous ne pouvons nous contenter longtemps de ce qui est, fût-ce le bonheur. Le bonheur est de l'ordre de l'agréable, plaisir apprécié quant il se présente. Mais J. W. Goethe ne disait-il pas que la vie serait insupportable si elle n'était qu'une suite de jours heureux! D'ailleurs, il suffit de regarder autour de soi pour s’apercevoir que le gens ne s'acharnent pas à essayer d'être heureux...
Notre désir reste un mystère pour nous et n'est pas notre préoccupation originelle. En effet, l'enfant est très vite préoccupé de ce que l'autre veut; ce n'est qu'à l'adolescence que la question du désir devient majeure.

La relation amoureuse est un champ particulièrement investi pour la réalisation du désir. Pourquoi?
La raison majeure est qu'aucun de nous n'a un accès direct à son désir, nous devons en passer par l'Autre. A partir de là, toutes sortes de confusions se mettent en place; cet Autre est l'élu en fonction de critères artificiels multiples et variés selon notre éducation, notre vécu, notre culture.
L'importance du choix amoureux est lié au fait que dans notre société la satisfaction trouve de moins en moins à se loger dans les relations avec les autres et donc doit se rabatre de plus en plus dans la relation avec soi-même; cela peut conduire à l'hédonisme et favorise la perversion.

Quelques soient les critères de choix, la question est moins quelle personne que quelle relation? Nous comprenons de suite qu'il vaut mieux que ce soit une relation de confiance. La confiance est la nécessité de pouvoir faire de la relation un lieu de découverte, d'exposition, d'expression et de réalisation du désir.
La séduction n'est qu'un moyen de se rassurer faussement sur ce que le partenaire mettra dans le panier commun; la séduction relève du principe du plaisir et pas du désir; la séduction est une hypothèse de jouissance, pas de satisfaction. Mais la séduction n'est pas incompatible avec le désir.
Ainsi la confiance est une nécessité logique, plus qu'un sentiment. Nous devons faire confiance pour avoir quelques chances de réussir. La confiance ne peut se prouver; par contre il est possible d'être confronté à la preuve que je ne peux pas faire confiance.

La possibilité de réussir son désir s'inscrit la relation à l'Autre. Mais tous les autres ne peuvent être l'Autre! Pour que cela soit possible, il faut qu' au delà de toutes qualités ou vertus, il y ait des valeurs fondamentales communes. Ainsi nos valeurs, nous les découvrons chez l'Autre, avec qui "on se comprend, on s'entend, on s'aime"...
C'est grâce à l'Autre que nous pouvons être non seulement sincère, mais authentique. L'amour n'est pas une utopie, bien qu'au départ il commence en s'appuyant souvent sur des illusions. Il n'est pas un moyen de bonheur mais d'accord avec soi-même, grâce à l'Autre aimé. Cette relation n'est pas une complétude, mais une possibilité de se compléter avec son désir, en agissant.
Pas de désir sans l'Autre, certes, mais pas de désir sans objet d'investissement.

L'Autre n'est pas l'objet du désir, il en est le moyen. "Qu'est-ce qu'on fait ensemble?" Pour ne pas être qu'à côté et être vraiment ensemble, il faut faire en sorte qu'il y ait des objets d'investissement communs qui permettent la réalisation du désir. Le réalisation du désir permet l'accomplissement de la satisfaction par le respect des valeurs subjectives, combinaison du réel et du subjectif.

Ainsi nous constatons que le désir est une expression de l'être, au delà de l'image. Il n'est possible qu'au delà du miroir narcissique. Ce mirage narcissique est le principal support de l'éducation. Cette éducation est une aliénation nécessaire à la pérennité de l'espèce humaine; mais sans renoncer à en faire partie, nous ne pouvons nous réaliser qu'au delà. C'est ce dont témoignent l'engagement des artistes au travers de leur produits.
Ce n'est pas parce-que le désir est source d'émotions et de sentiments, qu'il n'est qu'affect. Ce dernier accompagne l'acte, mais ne peut suffire à le gouverner. Nous devons intégrer notre expérience, accepter d'être enseigné par notre passé. Le désir oblige à combattre l'ignorance. Dans la débilité, le choix est celui de l’ignorance comme moyen de bonheur, mais au prix du sacrifice de la satisfaction. La débilité consiste à jouir sans désir. Nous pouvons dire que notre société de consommation est un société débile puisqu'elle soutient la jouissance dans toutes ses formes et intensités, sans prise en compte du désir. Elle favorise le quantitatif au détriment du qualitatif et chemine donc vers la pornographie plutôt que vers l'amour.
La passion est l'identification au sentiment, pas le signe de l'amour. La passion est intense, pas forcément vraie. Il y a des passions folles et trompeuses. Le passionné se laisse emporter par l’éprouvé, ce qui le conduit à refuser de construire un jugement, y préférant une croyance. Croire en l'Autre n'est pas faire avec l'Autre. La passion, est la négation du partenaire réduit à être un "porte-fantasme". Souvent, dans la passion, ce n'est pas la relation qui compte, mais l'appropriation du conjoint-objet, enjeu d'une appropriation qui permettrait une supposée complétude imaginaire.


La sexualité:
Le désir est-il sexuel?
La différence sexuelle est au fondement de notre identité. Cette différence ne permet pas d'établir notre identité, mais nous contraint à devoir choisir et construire une identité. Qu'on soit homme ou femme a comme conséquence que nous devons répondre de notre identité sexuelle. Mais d'être un homme ou une femme anatomiquement, ne définit pas suffisamment notre identité. Ce n'est pas l'anatomie qui répond, ce n'est pas non plus la culture ou la position sociale, ce n'est pas par rapport aux autres que nous pouvons répondre, c'est à notre propre question que nous avons à répondre: "qui suis-je" ou plutôt "que suis-je?"
Le choix sexuel est relatif et sous influence. Nous savons qu'on ne choisit pas d'être homosexuel ou hétérosexuel, comme l'on choisirait un métier. Ce choix est relatif aux relations, à l'environnement, aux événements, à notre développement physique et physiologique, etc. Donc un choix restreint mais réel, quoi qu’essentiellement inconscient. Nul ne peut évaluer la responsabilité des autres dans ce choix, véritable construction progressive, sous influence, avec des moments intenses et des moments importants. Nul autre que celui qui subit et effectue ce choix n'est en mesure de le valider. Il ne devrait en aucune façon être contesté par les autres, chacun "bricolant" une réponse comme il le peut aux exigences de l'être.
Une théorie à la mode tente de nous faire croire que nous pourrions nous auto-déterminer et décider selon notre envie d’être garçon ou fille, sans tenir compte de la génétique ou des apparences. Cette démagogie qui résulte d'une falsification de la notion de réalité, veut transformer un choix relatif en choix absolu. Cette hypocrisie sociale de l'auto-engendrement est la perversion même du désir. Faire une réponse authentique c'est faire une réponse singulière, ce ne peut en aucun cas faire n'importe quelle réponse! Nous ne pouvons choisir d'être homme ou femme, pas plus que de choisir ses parents; par contre nous pouvons/devons choisir notre réponse d'homme ou de femme avec un souci d’authenticité qui ne peut se prévaloir de l’approbation du bienpensant du moment.

De toute façon la construction de notre identité sexuelle, comme place, est inefficace à se suffire à elle-même: ceux qui disent le contraire sont des menteurs! Aussi nous aurons tous à charge d'y suppléer ou d'étayer de diverses façons: l’authenticité de l'acte dont nous sommes auteur, est essentielle comme réponse. Alors, essayons de ne pas compliquer la vie des autres et la sienne propre en décernant un qualificatif de bien ou mal à nos élaborations! Bien sûr les sociétés décident de ce qui est bien ou mal en leur sein, mais heureusement différencient le public du privé. Tout citoyen est membre d'une société, mais ne peut pas être seulement réduit à n'être qu'un citoyen: il est aussi inévitablement homme ou femme.
L'identité sexuel ne permet pas une adéquation entre homme et femme: " il n'y a pas de rapport sexuel" signifie qu'il n'y a pas de rapport et qu'en conséquence il faut construire une relation avec l'autre qui a telle ou telle figure, séduisante et support de fantasme, mais qui reste radicalement Autre.

Une tentation fréquente est de vouloir s'en tirer par la place occupée, d'autant plus si celle-ci est unique comme dans le cas de l'exclusivité; mais l’inconvénient est de placer le partenaire comme garant, ce qu'il ne peut pas être: c'est une imposture; chacun est responsable de sa réponse, vis à vis de soi-même, une fois sorti de l'enfance. C'est encore un stratagème narcissique, source de bien des déceptions.

Si notre désir ne peut se contenter d'un Autre comme adresse, c'est qu'il porte aussi sur un investissement d' objet. Le problème de tout couple est d'abord: qu'est-ce qu'on fait ensemble, pour être ensemble? Le partenaire est l'adresse, pas l'objet de la relation. L'objet de la relation est le support de la relation. Le désir se complète de l'acte en s'appuyant sur l'objet, ceci grâce au partenaire. La réalisation est dans le geste qui nous relie à l'autre, moment de rencontre au delà de l'image. Cette rencontre innommable, le poète la désigne dans la métaphore: elle ne peut pas se dire, mais juste être désignée par une trace, pour qui sait la voir!

mardi 11 juin 2013

Le Mal et la Jouissance

Le mal a plus de rigueur que le bien: nous trouvons les pavés de l'enfer pleins de bonnes intentions, mais pas ceux du paradis! Pourquoi?

D'abord quelle définition du mal?
Je propose: le mal c'est ce qui coûte trop. Trop pour quelqu'un ou pour un groupe. Ce coût est subjectif, même lorsqu'il s'appuie sur des critères précis. Les échelles de valeurs sont multiples, mais toujours nécessaires. Il ne peut y avoir de mal que relatif, c'est un jugement de valeur. Le "mal absolu" est hors de notre portée!

Nous associons habituellement le mal à l'image du "méchant sadique".
Le sadique par son scénario pervers tente d'instaurer une supériorité qui le soustrairait à un manque insupportable pour lui. Son stratagème est de se servir d'autrui pour se faire croire qu'il n'est pas soumis aux limites de tous ; pour cela il va délibérément franchir ces limites, attribuées et supportés par les autres. Mais lorsqu'il est démasqué, il perd de sa superbe et se déprime ou se met en colère: "à pervers, pervers et demi". Ce n'est pas la culpabilité qui l'arrête, comme nous pouvons le constater lors des jugements publiques, mais le démontage de son système de dissimulation, de son escroquerie. Il s'agit de dégager chez lui ses limites dissimulées, un peu comme il le fait avec autrui.
Le pervers cache sa faiblesse au moyen de ses transgressions, établissant son déni en s'appuyant sur la crédulité d'autrui. Il sait qu'il ment, que ses passages à l'acte masquent son impuissance à être celui qu'il prétend être et que quoiqu'il fasse, il ne sera jamais authentiquement celui qu'il prétend être. Aussi, il recommence et recommencera s'il n'est pas arrêté par la force. Son scénario ne marche que provisoirement, le temps qu'il manipule sa victime. Pour obtenir l'adhésion d'autrui, il est capable du pire!
Sitôt seul, le voici avec les "preuves" qui s'effacent, son être qui s'affaisse, son "triomphe" qui sombre; alors il repart en chasse d'une victime/public pour son exploit, pour prouver qu'il n'est pas tout le monde ou n'importe qui. On ne change pas un pervers, mais on peut l'aider à modifier sa forme de réalisation, son scénario.
Tout les pervers ne sont pas des salauds. De nombreux se fondent dans une normalité socialement acceptable et nuancent leur pseudo-supériorité imaginaire auprès de ceux qui y croient. Il préfèrent les jeux relationnels où ils ont l'impression de tirer les ficelles qui empêtrent les autres. Ainsi ils jouissent de l'existence, peu soucieux de leur image car s'appuyant sur le pouvoir de leur acte, prétendant se soustraire à la censure subie par les autres.
Mais n'est pas pervers qui veut!

A notre époque, nous voyons des pervers partout, en particulier "narcissiques". Nous confondons perversion et perversité. Il semble que notre société favorise la perversité comme fonctionnement relationnel : "les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent!" disait un ministre à la télévision... L'effondrement des valeurs relationnelles traditionnelles (qui entravent si douloureusement les névrosés), font que les censures changent. Si certains s'interrogent sur leur droit à jouir de ceci ou de cela, de plus en plus pensent surtout qu'il ne jouissent pas assez et cherchent par quel stratagème parvenir à davantage. La jouissance est devenue obligatoire et les entraves sont dénoncées et rejetées. Mais jouir plus n'est pas jouir mieux! L'augmentation de la quantité ne peut se faire qu'au dépend de la qualité. Jouir beaucoup c'est souvent jouir mal et la jouissance n'est pas sans effet sur nous, sur notre psychisme et nos investissements.

La jouissance
Qu'est-ce?
La jouissance est la perception de notre existence: Jouir  de la vie, jouir pour se sentir exister!
Notre identité est instable, parfois fragile. De nous sentir exister nous rassure, car renforce notre identité. C'est tout d'abord dans la satisfaction de nos besoins que nous l'éprouvons. Mais nous sommes incapable de nous contenter que de cela. C'est une jouissance certes, mais toute jouissance est provisoire et partielle (laissons de côté les supposés paradis et nirvana). Si la jouissance accentue notre sentiment d'exister, c'est pas toujours de façon consciente. Parfois on ne s'en rend compte qu'après coup.

La jouissance n'est pas forcément agréable, car c'est une mise en tension du corps. Ce qui est agréable c'est la baisse de tension. Nous soutenons notre sentiment d'exister au moyen de toutes sortes de tensions qui accroissent notre excitation. Nous préférons jouir de façon agréable, mais acceptons des tensions désagréables, par exemple pour bénéficier de leur réduction ensuite, comme moyen artificiel de plaisir. Mais lorsque nous disons : "pince-moi pour me prouver que je ne rêve pas!", bien que déplaisant, nous misons aussi sur la douleur pour exister. La douleur est aussi une jouissance, mais désagréable. Elle renforce notre sentiment d'existence.
C'est la jouissance qui nous dégage de l'ennui et de la tristesse, pas le plaisir. Mais la jouissance n'installe pas une identité, elle ne fait que la souligner provisoirement.

Notre identité dépend essentiellement du sens que nous mettons dans ce que nous faisons de notre vie. Pour les autres animaux, ce sens est d'assurer la pérennité de l'espèce. Pour nous, ce sens est à notre charge individuelle et se construit en fonction de notre éducation, des valeurs transmises, des événements, des sensibilités...
Étant donné ces références, nous devrons faire le tri entre les bonnes et les mauvaises jouissances, puis entre les jouissances satisfaisantes ou pas. Nous devrons apprendre à miser sur la qualité plutôt que sur la quantité, mais ne disposons pas d'un instinct pour faire le tri.
Notre identité s'étaye pendant l'enfance, sur la place que nous occupons par rapport aux autres; ensuite lors de l'adolescence, par les actes dont nous sommes auteurs.

Ainsi, nous pouvons constater qu'en chacun de nous existe un "alien" jouisseur prêt à ce repaître de toute jouissance, si on le laisse agir. À nous de veiller à ne pas le laisser nous dominer : il s'agit davantage de se gouverner que de se maîtriser. Néanmoins nous ne devons pas nous leurrer : cet alien peut prendre un aspect séduisant, convainquant ou discret... et prendre le dessus, si nous n'y prenons garde!
Mais cette nouvelle figure du Diable ne saurait épuiser la question du mal.


Un état qui favorise le mal, connu depuis longtemps, est l'envie. L'envieux soupçonne autrui de profiter d'une jouissance à lui inconnue. Cette jouissance dont il est privé peut susciter la haine, voir la destruction de l'objet qui permet cette jouissance. Ainsi les vases de Soissons cassés pour priver Clovis de pouvoir les rendre à l'évêque. Le soldat destructeur sait que s'il rend ces vases lui-même, il ne bénéficiera pas du même avantage que Clovis. L'envieux n'est pas narcissique, il est consommateur. C'est l'envie qui fait tourner notre société de consommation. L'envieux a besoin d'objets nouveaux qui sont des promesses de jouissances nouvelles ou de plus de jouissances. Il est dépendant des objets qu'il veut posséder.


Le jaloux est jaloux de la place. Il se situe plus par rapport à l'autre que par rapport à l'objet. Plus infantile que l'envieux, il est plus narcissique. La frustration entraîne sa colère ou sa déprime.
Le jaloux veut croire et est sensible aux apparences. Le jaloux a besoin des autres, il recherche des plaisirs relationnels et un renfort identitaire. Passif ou actif, il est dépendant des autres dont il veut la considération. Il veut récupérer une jouissance perdue, celle de la complétude et qu'un autre détiendrait.

Revenons au Mal.
Hannah Arendt a choqué lorsqu'elle a souligné la banalité du mal : le pire, tel l'extermination, le génocide, est l'œuvre d'agents zélés et ignorants et pas uniquement de monstres sadiques ; ils ne s'agit pas de tortionnaires qui jouissent de la souffrance qu'ils infligent, mais d'exécuteurs étrangement consciencieux dans l'accomplissement d'une horreur immédiate qu'ils ignorent. Certains peuvent même être très satisfaits de leur travail "bien fait".

Donc mauvaise nouvelle: sauf à de rares exceptions près, le mal n'est pas pathologique.
Ceci ne signifie pas qu'il soit considéré comme normal! Le mal est à combattre. Mais le mal est d'une présence ordinaire, facile d'accès et souvent facile de réalisation. Chacun de nous peut être tenté d'agir mal, pour des raisons conjoncturelles propres à chacun et pour des raisons structurelles communes pour tous. Dès le plus jeune âge, l'enfant est tenté.

Le mal, comme le bien, est une façon de jouir de l'existence ; certes une mauvaise façon, mais qui a une supériorité sur le bien. En effet, il est connu de tous qu'il est plus aisé de lever des armées pour casser la figure de ceux d'en face, plutôt que pour les aider ; pourtant les risques sont moindres. Alors pourquoi?
Il me semble qu'une explication est que la jouissance la plus accessible est la jouissance du pouvoir. En effet, dans les deux situations il s'agit du pouvoir sur autrui. Comparons.
Si nous aidons quelqu'un, où se situe le pouvoir? Est-ce lui qui détient ce pouvoir sur moi, ou moi qui ait un pouvoir sur lui?
Si je fais du mal à autrui, je suis sûr de ne pas être sous sa domination et ainsi je garde une jouissance pleine et entière. Pour peu qu'on croit être dans son droit, quel plaisir il y a à châtier l'autre! C'est tellement plus pénible de l'aider, car c'est beaucoup moins jouissif. N'en déplaise à Socrate qui affirmait que "commettre l'injustice est pire que la subir", toute l'histoire des hommes va à l'encontre!

Que je serve une cause valable pour moi me permet de me soustraire imaginairement à cette perte, en acceptant de m'asservir volontairement à cette cause. Mais je perds quand même de la jouissance, même si je récupère de la satisfaction d'être en accord avec moi-même. Me soumettre à une cause véritable est contraignant, tandis que si cette cause n'est qu'un prétexte, elle permet la conservation complète de cette jouissance dissimulée, au risque d'être en désaccord avec moi-même.

Mais si je suis soumis à un ordre et si j'ai peur de m'y opposer, je peux aussi par un excès de zèle avoir l'illusion de me soustraire à la contrainte, en m'identifiant à l'ordre lui-même : "c'est la consigne!" Ainsi, sous prétexte de bien faire, je peux ignorer cette soumission à la peur ; ceci à condition d'ignorer ce que je fais vraiment. Ce n'est pas un défaut de penser, mais un refus de penser le sens. Pour cela il faut refouler le savoir : "je ne savais pas!" Refus d'un savoir qui conduirait le sujet à comprendre et devoir en tenir compte pour agir. Il est plus facile d'ignorer que de choisir en connaissance de cause.

Nous savons que l'on peut faire du mal par indifférence à l'égard d'autrui. Nous avons tous rencontré ces blasés, sourds à toute explication sincère qui vous regardent sans vous voir. Ce manque de compassion menace le lien social nécessairement réciproque, qui lie responsabilité et pouvoir. Certes, certains sont de petits sadiques qui jouissent de leur pouvoir de nuisance, mais beaucoup d'autres se situent différemment.
Si nous nous référons à la "dialectique du maître et de l'esclave" de Kant, nous constatons que l'esclave, pour ne pas être réduit à un objet-instrument du maître, doit s'échapper. S'il ne peut se révolter, craignant d'y laisser la vie, il lui faudra exister en interférant avec le travail imposé. Une solution est de se soustraire au travail, mais ce n'est pas sans risque de punition; c'est le jeu "du pas vu, pas pris". Une autre solution est de s'identifier au travail. Mais pour qu'il ne soit pas un simple asservissement, il faut introduire "un plus" à la consigne pour faire émerger son existence. Deux façons de faire se faire exister.
Comme nous l'avons constaté, le saboteur prend un risque, tandis que le zélé se met à l'abri par son bon rapport au pouvoir. Il outrepasse la demande qui lui est adressée, et se dissimule derrière la consigne en tant qu'agent exécutant. Il ne prend pas en compte la cause qu'il sert, car il lui faudrait interpréter et assumer une responsabilité qu'il refuse. Pour cela il écarte le sens de ce qu'il fait et donc ce qui se passe avant ou après. Interpellé, il se défend en prétextant l'ignorance.
Comme nous le savons, cette défense est de mauvaise foi, car chacun doit se donner les moyens de savoir le sens de ce qu'il accomplit, d'autant plus que c'est important et que cela peut éventuellement nuire à autrui. Au procès de Nuremberg, chacun se défendait en arguant de son ignorance et du peu d'importance de son action. De nombreux voisins de camps d'extermination croyaient qu'il s'agissait de fromageries sans se poser les questions qui fâchent.

L'Ignorance:
Il y a longtemps que le bouddhisme affirme qu'il y a trois passions: l'amour, la plus difficile, la haine, la plus puissante et l'ignorance, la plus répandue.
L'ignorance est d'abord un défaut de savoir qui a poussé les occidentaux à vouloir en savoir toujours plus sur tout. Mais comme nous le savons, le savoir vaut en fonction de ce sur quoi il porte et à quoi il sert. Il y a des savoirs utiles, nécessaires, indispensables...
Le savoir répond tout d'abord à la curiosité qui résulte de l'énigme pour chacun de sa propre origine. Il remplace les croyances initiales, les fonde en raison et les stabilise en les transformant. Mais l'acquisition du savoir fait perdre les illusions de la croyance. Le savoir, aussi rigoureux soit-il, ne peut épuiser ce qui est à son origine, car il répond à côté et peut toujours se prolonger sans fin. Cela se constate par exemple, à ce que le savoir ne définit pas son usage : aucune sagesse n'est à attendre dans l'acquisition du savoir. Par contre, le savoir procure du pouvoir.

Nous avons intérêt à distinguer différentes formes du savoir, en particulier celui qui est transmissible et celui qui ne l'est pas. Grosse modo, le savoir transmissible concerne notre relation au monde, celui qui n'est pas transmissible concerne notre relation à nous-même. Or, la pensée n'est efficace que dans notre relation au monde, elle est inopérante dans notre relation à nous-même. Notre pensée est impuissante à nous permettre de nous connaître!

Notre éducation se réfère à notre relation au monde et non à nous-même. Elle nous apprend à différencier le Bien et le Mal, mais c'est une croyance partagée et acceptée parce que nous pensons que les parents détiennent la vérité. Lors qu’à l'adolescence nous découvrons que la vérité est subjective, les lignes de partage du bien et du mal sont remisés en question.
Le Bien n'est plus une référence fixe et claire mais devient un compromis prenant en compte différents interprètes. Le Bien et le Mal, après avoir été une croyance, doit être fondée en raison par le jugement subjectif.
Un nouveau "bien" est à prendre en compte, celui de la relation à soi-même : ce qui est bien pour moi et de mon point de vue. Cela rend nécessaire de combiner le savoir sur le monde et le savoir sur soi-même ; ne pas être dupe du monde, ni être dupe de soi-même. Ne pas être dupe du monde conduit au cynisme, ne pas être dupe de soi-même entraîne une éthique.

Penser résulte d'une "mise à distance" subjective imaginaire et fictive. Mais plus l'émotion est grande, moins la pensée est opérante. Penser c'est établir des liens entre des représentations. Différents liens et différentes sortes de liens. Ces liens n'ont pas d'autre validité que leur référence à un système de pensée, d'une part et aux résultats observables, d'autre part. "Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement" est contredit constamment, ne serait-ce que par les bonimenteurs qui nous font "prendre des vessies pour des lanternes".
Quoi qu'il en soit, la pensée ne sert que dans notre adaptation au monde, pas dans notre adaptation à nous-même. Or la question du Bien/Mal ne peut pas se traiter uniquement dans la relation à autrui, une fois l'enfance passée.
Donc, au delà de l'enfance, notre rapport au Bien/Mal ne peut pas s'établir que suite à notre éducation. Nous devons aussi tenir compte de notre expérience propre, accepter de savoir ce que nous savons et accepter de rectifier notre position avec ce que nous apprenons. À chacun de chercher à savoir, surtout en ce qui concerne l'important et ceci, même si ça nous dérange!
La pensée, aussi intelligents que nous soyons, ne préserve pas du mal. Seul le savoir articulé aux valeurs le permet. Ainsi l'expression "en son âme et conscience" signifie : pour autant que je sache et en fonction de mes valeurs.

Ainsi nous déduisons que le mal résulte de valeurs non respectées, qui doivent être communes à la société et donc reconnues par tous et respectées et soutenues par tous. Cela entraîne un coût que chacun doit supporter : L'ignorance ne peut être une excuse valable à l'égard des autres, mais surtout à l'égard de soi-même.
Une autre raison à ne pas référer le Bien/Mal à la pensée, est que ce rapport est de l'ordre de l'acte et de la parole et non de la pensée. Il est stupide de reprocher à quelqu'un ce qu'il pense ; il ne peut être responsable que de ce qu'il fait et dit. Ce reproche relève d'une volonté d'exercer un pouvoir sur autrui. Il est légitime d'aider un enfant à penser pour qu'il dispose de moyens d'adaptation. Penser n'est ni bien ni mal, mais utile.

Ainsi, il incombe à chacun de savoir ce sur quoi il ne doit pas céder. Cela n’empêche pas les compromis, mais devrait éviter les compromissions.

jeudi 23 mai 2013

Paternité et différence(s) sexuelle(s)

Le droit à l'enfant semble le droit le moins contesté et le moins réglementé. Aucun minimum n'est prérequis. Que vous soyez sans ressources, mineur, vieillard, délinquant, malade et en fin de vie, que l'on vous ait retiré vos enfants précédents, que ce soit de façon dérobée, nul ne peut vous empêcher de faire un enfant! Dans certains immeubles on peut vous interdire d'avoir un animal, pas d'avoir un enfant. Et ce droit est en extension: malgré la stérilité, malgré les déficiences anatomiques et génétiques, malgré les limites sexuelles, ce droit doit s'étendre au fur et mesure des possibilités de la science. "un enfant quand je veux" et de plus en plus "comme je veux".
Ainsi après l'adoption, voici les prix Nobels qui mettent en vente leur sperme, les mères porteuses qui loue leur ventre. Bientôt les sélections intra-utérines génétiques, les modifications génétiques, la course vers l'enfant "parfait" fantasmé par les parents... Que du bonheur en perspective! Mais est-ce certain et pour qui?

Ce droit évolue en fonction des sociétés. Il s'accompagne de plus en plus d'exigences par rapport aux résultats; lesquels? Dans quels buts? Avec quelles incidences relationnelles?

Ne vous inquiétez pas, nous dit-on, la Science veille à notre bien et nous donne de plus en plus de choix. Et comme le savoir s'étend de plus en plus, faites confiance à ceux qui savent, conseillent, décident, dirigent...

Néanmoins il me semble utile de rappeler quelques évidences:
Dans l'histoire des civilisations, les enfants ont toujours eu une mère connue et un père référé. Mère qui assure la survie de l'enfant et père qui ordonne les relations de l'enfant aux autres. Il faut aussi constater que l'enfant est toujours confronté à l'existence de deux sexes différents.
Il en résulte qu'il est désigné fille ou garçon.


Par contre, bien qu'il y ait deux sexes constatés, ceux-ci restent indéfinis. La différence anatomique affirme qu'il y a différence, mais l'anatomie ne suffit pas à leur définition! Il y a aussi une différence sociale avec des rôles différents, des accoutrements et des attitudes, des investissements sportifs et culturels, des jeux et des relations différents. Mais quelques soient les références rassemblées, les  différences ne suffisent pas à définir un sexe. Par contre, même si on ne sait pas en quoi ça consiste, chacun ne peut être que d'un sexe; c'est un problème que chacun aura à résoudre. La différence sexuelle est certaine mais énigmatique!

La différence sexuelle
La différence sexuelle ne peut se réduire à la place occupée: il est nécessaire en plus, de l'assumer en tant qu'acte. C'est une des raison pour lesquelles l'enfant est incapable de construire une identité sexuelle stable et qu'il doit être protégé, comme l'a admit le législateur. En effet, l'enfant ne peut être considéré comme auteur de son acte. Il ne peut être considéré responsable que de la forme qu'il y met.
La différence sexuelle est un faux problème, car l'autre sexe ne permet qu'une approche superficielle, même lorsqu'on admet que chez chacun il y a du masculin et du féminin. Que l'autre sexe reste une énigme, permet d'ailleurs la relance du désir et la perpétuation de l'amour. La différence sexuelle ne permet pas de nous identifier, mais crée  une nécessité logique de recherche d'identité, indispensable à la construction effective de notre identité. Celle-ci tente de se repérer initialement sur des différences apparentes (homme-femme), mais se fonde réellement par un choix et un engagement. On ne peut être qu'homme ou femme, mais à part Tirésias nul ne peut être l'un et l'autre (encore ne l'a-t il été qu'alternativement)...
Or, quelque soient nos étayages, aucun attribut ne suffit à stabiliser notre identité sexuelle. Nous pouvons accumuler les signes d'appartenance à un sexe, aucun signe ne fera preuve! Ce qui stabilise le plus notre identité d'adulte, c'est l'acte: "dis-moi ce que tu fais et je te dirais qui tu es!"
Plus précisément, il s'agit de l'acte et pas de l'action, l'acte dont je suis l'auteur, à la fois créateur et soumis à celui-ci dans un lien indéfectible, acte qui m'inscrit auprès des autres.

Notre identité est fondamentalement sexuelle: elle nous exclue de l'autre sexe, de façon active
et/ou passive. Ainsi le petit garçon a peur de devenir une fille et la petite fille constate qu'elle n'est pas un garçon. Deux positions qui conduisent aux rejet (initial) de l'autre sexe ou, au contraire, à l'intérêt pour l'autre sexe...
Donc dés le départ, n'ayant pas d'instinct qui nous dirige, il nous faut construire puis inventer une solution. Celle-ci n'est vraiment accessible qu'à l'adulte. En effet, quel que soit notre héritage, quelle que soit la "qualité" de notre naissance, des soins qui nous entourent, il nous faut de plus en plus dans notre société inventer une réponse dans notre relation à nous même et pas seulement dans notre relation à autrui, qu'il soit du même sexe ou non.

Plus une société est figée et rigide, plus l'identité de chacun se joue dans la relation aux autres. Plus les individus sont libres, plus leur identité se joue dans la relation à soi-même. Cette liberté tant désirée est coûteuse et nécessite des repères internes pour effectuer des choix. La liberté nourrit la solitude et nombreux sont ceux qui refusent ce prix! Nous voyons les effets de nombreuses croyances, coûteuses elles aussi, mais qui permettent de ne se croire pas seul. N'oublions pas que ça n'arrive pas qu'aux autres; la très grande majorité d'entre nous est hypnotisable, donc capable de démissionner de sa conscience au profit d'un autre. Quel bien-être de s'en remettre aux mains du Seigneur, du moins quant on a confiance...

Pour en revenir à l'enfant, il est évident qu'il doit bénéficier de conditions de vie où doit être assuré son sentiment de sécurité et favoriser son acquisition d'autonomie. Le plaisir n'est pas un but en soi mais un moyen de favoriser son développement. Les enfants gâtés sont des instruments au service de la mégalomanie des parents: une façon de se faire plaisir en instrumentant l'enfant! L'enfant roi perd son trône plus tard et est mal préparé à un monde qui lui fera pas de cadeau.
Tout ceci est connu et souvent respecté. Ce qui devient plus problématique est l'évolution de la fonction paternelle qui perd de sa visibilité étant donné l'affaiblissement de sa représentation sociale. La fonction maternelle reste constante, car au service de la survie et valorisée par l'espèce; la fonction paternelle a une référence sociale d'insertion, mais aussi est l'adresse du désir de la mère. Ainsi elle met en scène l'énigme de la relation des deux sexes: pourquoi ma mère a-t-elle choisi mon père?...

Il est indispensable que les enfants sachent qu'ils sont issus de l'union de de deux sexes différents et qu'il sont soit d'un sexe, soit de l'autre. Ceci est independant de leurs pratiques sexuelles. Un homme homosexuel n'est pas moins homme qu'un homme heterosexuel et doit faire face aux même problèmes identitaires. Par contre il ne faut pas laisser l'enfant croire à un monde unisexuel, cela perturberait dangereusement la construction de son identité, fondée sur l'existence de deux sexes exclusifs. Le fait qu'un enfant soit élevé par d'autres que son géniteur ou sa génitrice n'est qu'une situation particulière, propice à alimenter un peu plus l'interrogation normale sur la filiation.
La question essentielle est le fonctionnement de la fonction paternelle, une fois les besoins assurés. Est-elle plus difficile à faire exister dans un couple homosexuel? Nous ne pouvons le dire étant donné le peu d'expérience. Ce qui est certain, c'est qu'à notre époque, certains éléments de cette fonction sont affaiblis socialement.

La tradition constante dans les civilisations passées était que les enfants héritaient de la position sociale de leurs parents, mais surtout de leur père: même profession, même importance sociale, même fonctionnalités. Bien sûr, il y avait des exceptions qui confirmaient la règle, tout en flattant la possibilité que, par son mérite ou grâce à la chance, chacun puisse aller au delà du sort. Cette constance imposait le respect du père qui transmettait sa place et sa charge. N'oublions pas que le parricide a de tout temps, été considéré comme le pire des crimes... le père était le représentant légal et social de/pour la société, au-delà de la famille qu'il avait fondée. Il était le maillon fondamental, officiellement, à l'existence sociale de tout descendant.

À notre époque, nous "recentrons" le paternité à l'intérieur de la famille. L'enfant est de moins en moins dans l'imitation tout en conservant l’exemplarité du père. Celle-ci n'est plus seulement validée par la réussite sociale, mais se centre sur des valeurs plus authentiques. Combien d'hommes connus ont des enfants qui dénoncent cette fausse réussite apparente, par leurs propres agissements, et démentant ainsi l'image parentale! Que de faces cachées révélées indirectement, pour ceux qui acceptent de voir; ceci de plus en plus, en particulier par ceux qui mettent en avant les valeurs morales et qui sont souvent ceux qui les contournent le plus. L'hypocrisie est de plus en plus dévastatrice et nous en arrivons à refuser un jugement parce qu'il est dit "jugement de valeur" et refouler le mot "morale" qui pourtant est inévitable puisque ce mot indique les mœurs pratiquées.

L'Acte
Nous sommes donc à devoir chercher de plus en plus le fondement de l'acte, celui-ci étant de plus en plus ouvert aux interprétations. Aussi le père n'échappe pas à son époque et ne pouvant plus s'appuyer comme avant sur le respect du bien publique, comme justification, il est interpellé sur le bien qu'il sert vraiment. Il est de plus en plus isolé et convoqué à s'expliquer, parfois à se justifier.
Progressivement le vrai remplace le bien comme référence, dissociation déjà manifeste dans l'art, par le renoncement de ce dernier au beau. Ainsi, comme dans l'art, nous constatons de plus en plus d'impostures et de rois nus dans ses habits neufs. La perte du "bon sens", qui n'est que la temporisation par la tradition, précipite dans le désœuvrement et l'angoisse du choix singulier. L'absence de soutien sociale et de valorisation de la place du père le désidéalise. L'enfant sera plus vite plus soucieux de juger son père plutôt que de l'aimer, dans l'attente là comme ailleurs d'être séduit.
Cette séduction est souvent à l'inverse de l'intérêt de l'enfant qui a bien plus à gagner à pouvoir croire initialement à un au delà de l'immédiat, même s'il doit déchanter plus tard...

les Croyances et le jugement
En effet l'enfant se construit et s'organise grâce aux croyances qu'il met en place, s'invente un avenir qui l'aide à supporter un présent incomplet. Ses croyances s'étayent surtout sur le père. La mère, il n'y croit pas parce qu'elle est indispensable, source du réel de la satisfaction de ses besoins; tandis que le père est initialement une croyance imaginaire sur laquelle il projette ses espoirs et ses craintes, mais aussi la possibilité d'une autre satisfaction que celle des besoins. Ce père imaginaire admiré, aimé ou haï, oriente ses aspirations. La plus grande souffrance de l'enfant est la honte qu'il pourrait éprouver à son égard. On n'oublie jamais l'humiliation de son père!
Le père est celui sur qui l'enfant mise, de façon différente selon qu'il soit garçon ou fille: être comme lui, ou se situer par rapport à lui.

Ce père imaginaire sera soumis aux épreuves de réalité. Confronté au père réel, l'enfant a ses croyances attaquées et amoindries. Il en résulte un déplacement de l'image investie vers la cause soutenue par celui-ci. Souvent la magnificence de l'image semble détenir peu de valeurs réelles.
Il faut donc, non pas juger son père, mais juger de ce qu'il y a bon à prendre de/en/chez lui. Car, pour la plupart des humains, il est impossible de ne pas intégrer des valeurs paternelles pour stabiliser son existence et construire son identité. Néanmoins, on ne peut réussir ni pour son père ni contre lui, mais au-delà (ce qui ne signifie pas au dessus). Le passage par le père est obligatoire et c'est ce dont se plaignent les névrosés. Leur refus d'héritage les encombre d'un passé qu'ils ne parviennent pas à modifier. Il n'est pas indispensable d'aimer son père, mais il est nécessaire de trouver chez lui quelque chose à respecter. C'est là dessus que chacun peut s'appuyer pour s'adapter au monde et surtout à soi-même; c'est à dire remplacer les croyances par le jugement.

Le père réel est moins séduisant que le père imaginaire projeté par l'enfant à sa convenance. Il a le rude du réel, du réel bête et obstiné à être là quoiqu'on en dise!
Le réel a cet inconvénient de n'être pas négociable: il faut faire avec. Or, nous pensons pour la plupart que notre père réel est mal foutu, sinon nous serions nous-même beaucoup mieux... sans doute! Le réel n'est pas juste, il est vrai. L'enfant doit faire avec. Néanmoins l'enfant n'acquière que progressivement les moyens de prise en compte du réel et ses parents doivent suppléer activement à ses carences. Ce réel sur lequel se fracasse le merveilleux de l'imaginaire, est insupportable sans "l'enrobage" du langage. La langue permet de communiquer, mais plus encore elle permet de circonscrire les choses et d'y placer plus ou moins de valeur. Le jugement doit composer avec les limites du réel et la hiérarchie des valeurs qui s'originent du coté paternel.

Le père est restrictif par sa simple présence: l'enfant doit tenir compte de sa présence sans bénéficier d'une impression de complémentarité, comme avec sa mère. Tout d'abord ce père est un gêneur qui suscite plutôt un rejet, s'il n'est situé que par rapport à la mère. D'où l'importance de la relation qu'il crée directement avec l'enfant.
L'amour maternel est considéré comme "naturel" et indispensable. L'amour paternel est considéré comme une chance. L'amour maternel sécurise, l'amour paternel valorise. Les enfants sont très sensibles à l'amour de leur parents pour se sentir en sécurité et pour entreprendre.
L'amour du père rassure l'enfant; il protège initialement l'enfant de sa propre agressivité envers son père et ensuite celle, éventuelle, des autres à son égard. Il est à la fois référence et soutien.

Nous constatons que la "composition" paternelle est importante dans sa représentation, dans ses investissements, et dans ses relations  particulières avec l'enfant. Le père est celui par qui tout peut arriver, mais qui fait que tout n'arrive pas. Le pire est évité et le meilleur est espéré par la fonction paternelle. Mais ainsi il est encore une fois réducteur: Il réduit le passé à avoir été ce qu'il a été et rien d'autre.
Le névrosé n'accepte pas son passé; en général parce qu'il le croit pas assez bon, pas assez bien. Mais s'il ne l'accepte pas c'est tout d'abord parce qu'il est restreint à ce qu'il a vraiment été. Dieu est, comme le père, celui qui peut tout et grâce à qui tout reste possible; donc rien n'est perdu, du moins dans l'au-delà. Mais, quant au passé, même Dieu ne peut le changer. Avec le père, hélas, il y a de la perte! Abandonnant le père imaginaire tout-puissant, l'enfant va progressivement devoir s'adapter à son père réel. Le père réel ne permet pas d'espérer, il contraint à devoir s'adapter. C'est pourquoi il est "représentant" de la loi, là où le père imaginaire est le maître de La Loi. Le père réel subit et supporte La Loi, il ne fonde la loi que dans la mesure où il l'accepte comme nécessaire aux relations aux autres et à soi-même. La loi n'existe pas parce qu'elle est bonne, ni juste, mais parce qu'elle est indispensable pour sortir de la confusion (ce qui n'empêche pas de soutenir le juste).

Le père est donc dans la servitude volontaire et assumée, sans renoncer à tendre vers la justice, dans laquelle l'enfant croit. C'est cette croyance en la justice qui rend la Loi supportable. Si cette croyance en la justice est démentie par le comportement du père, il ne peut être le représentant adéquat de la Loi dans la fonction paternelle. Dans un premier temps il peut incarner Zorro, figure sympathique du père imaginaire d'une forme de justice paranoïaque.
Hélas il faudra abandonner cet univers manichéen, séparation confortable entre le bien et le mal, si reposant dans tant de films héroïques... Hélas il faudra construire son propre jugement, relatif, avec peu de savoir, dans la solitude de l'honnêteté! Hélas à défaut de garantie externe, il me faudra compléter mon jugement de l'examen de la cause qu'il sert! L'adolescence est "l'agonie de l'enfance", n'est-ce pas?

samedi 13 avril 2013

Que peut nous apprendre la Mort ?

Définition:
Savez-vous qu'il n'existe pas de définition ni médicale, ni juridique de la mort? ni d'autres définitions d'ailleurs. Ce n'est pas sans raison: la mort est indéfinissable, mais il ne faut pas la négliger pour autant! Elle est une référence essentielle pour tous le êtres vivants, bien que de façon différente.
Lorsque nous parlons de la mort, nous en parlons en tant qu'événement et des conséquences de celui-ci. Nous opérons le plus souvent par déplacement; il est moins difficile d'aborder la mort des autres que la sienne, celle des lointains que des proches...
Je propose d'admettre que la mort est impossible à définir, voire même impossible à dire. Même la poésie défaille! Néanmoins elle a une conséquence essentielle: elle est au fondement de la certitude.



La certitude:
Cette certitude nous encombre. Nous jonglons dès l'enfance avec les croyances, les convictions, les persuasions, mais nous sommes tourmentés par cette certitude.
Les croyances sont des étayages imaginaires nécessaires à supporter l'enfance, les convictions veulent forcer les autres à ne pas nous laisser seul, les persuasions nous enferment dans un imaginaire pour nous soustraire illusoirement aux contraintes du monde.

Jacques Lacan nous dit de la mort: "la certitude que tout ça finira un jour", ce qui nous indique que la mort est une certitude, mais non définie pour autant. Une certitude vide, mais réelle. La mort est plus qu'une certitude, c'est La certitude. C'est parce qu'elle est vide que nous pouvons/devons y placer nos valeurs essentielles.
La certitude nous travaille par notre difficulté à l'établir, à la "meubler". Etant donné qu'elle est initialement vide, nous nous retrouvons en souffrance. Nous prêtons au sage d'être parvenu à la compléter et de bénéficier de tranquillité en conséquence. Par rapport à la certitude, tout le reste est dérisoire sur le plan identitaire. Elle est seule possibilité véritable que nous ayons de stabiliser notre identité défaillante.

L'acte:
Mais la certitude n'existe pas sans l'acte. C'est par l'acte, pas l'action, que la certitude s'inscrit et qu'elle fonde l'auteur. Nous en voyons une illustration dans l'acte créatif de l'œuvre artistique.
Ainsi, à la différence de la réponse d'espèce, valable pour tous les individus chez les autres mammifères, l'être humain doit produire une réponse singulière, qui peut être particulière et incompréhensible à ses semblables. Cette réponse est la base de l'éthique. En effet, les réponses sociales et culturelles ne suffisent pas. Il faudra pour chacun, chercher au fond de son être pour en extraire les valeurs qui lui sont indispensables à soutenir, faute de quoi il restera en errance. 

Les autres mammifères ont aussi une certitude: la nécessité de devoir maintenir la pérennité de l'espèce. Ceci se constate dans leurs actions, en fonction de leurs capacités; c'est le sens de leur vie. Cela ne se voit que beaucoup moins chez les humains, que ce soit à titre personnel ou à titre collectif...

Un traitement particulier de la certitude est celui du religieux qui tente d'y répondre à la fois de façon subjective et en même temps de produire une réponse d'espèce. Pour cela, il est contraint de parier sur un au delà de la mort et d'interpréter celle-ci comme étant surtout un changement radical. Pour cela, il lui faut un garant externe (Dieu), puisqu'il ne peut pas trouver en lui de vérités universelles, mais seulement une vérité singulière. Cette réponse se veut à la fois singulière et collective, éthique et morale confondue. C'est là qu'il faut différencier croyance et foi, référence imaginaire et acte réel (la croyance rassemble alors que la foi engage en acte).

Néanmoins, celui qui ne pourra compter sur Dieu pour lui proposer des références certifiées devra supporter cette "enveloppe vide" qu'il lui faut garnir. Il sera dans le tourment de devoir se répondre: "que veux-tu vraiment?" Question à laquelle il ne suffira pas de répondre par la pensée, mais en acte.

La mort ne peut être connue, ne peut être conceptualisée, ne peut être circonscrite, en fait, en fait elle échappe à l'esprit. C'est en réponse à ce besoin de situer la certitude que sera produite l'éthique, par l'acte que je réalise comme auteur. Ainsi par exemple, le héros tragique s'engage dans un acte qui pourtant le condamne à la tristesse, voir la fatalité.
La pensée ne peut soutenir l'être, elle défaille déjà à soutenir l'existence! Bien d'autres choses échappent à la pensée et peuvent se révéler autrement (par la parole, par l'acte).

L'enfant:
Cette question ne se pose pas à l'enfant qui est préoccupé surtout par ce que veulent ses parents et ses proches; question qui ne devrait s'actualiser qu'à l'adolescence, normalement. L'absence de possibilité de certitude chez l'enfant fait qu'il n'est pas considéré comme responsable dans le fond, même s'il l'est dans les formes. C'est pourquoi l'éducation porte essentiellement sur les formes. Les questions du sens de la vie ne résulte pas de l'acte, pour l'enfant, mais de l'origine: la question des origines intéressent beaucoup les enfants. Pour les enfants, mourir c'est partir et ne plus revenir: mourir c'est abandonner les autres.

La fin de la vie n'est qu'une conséquence de la mort, d'ailleurs la plupart ne croient qu'en une fin partielle, la fin de l'actuel conduisant à un changement et donc à une nouveauté. Toute personne qui dit: "quant je serais mort", est dans ce cas...
Donc nous sommes certains, mais sans savoir de quoi... Toutes les spéculations sont ouvertes: bien sûr religieuses, mais aussi "l'angoisse de mort" dont Freud nous dit qu'elle n'est qu' angoisse de castration! 
La mort est probablement le seul fondement de la certitude chez l'être humain; chez les autres mammifères "sauvages", la mort n'est sans doute perçue que dans une référence collective: la mort de l'espèce, leur certitude est donc de vouloir à tout prix l'éviter, fusse au prix de leur existence individuelle.

La  psychanalyse, les philosophies et les religions, me semble-il, s'intéressent aussi à la certitude, celle de l'éthique, mais c'est un autre débat!
Cette certitude ne peut être située dans notre relation avec le monde, elle ne peut être que certitude dans notre relation à nous même. La certitude est certitude de ce qui est, or nous ne pouvons être certains que d'être et ceci parce que nous sommes mortels. Nous ne sommes même pas certains d'exister, ni même de l'existence du monde ou des autres! Bien qu'il soit préférable de l'admettre...

L'existence:
C'est parce que nous ne sommes pas certains d'exister, que nous tentons de renforcer notre identité de multiple façons, comme je l'ai indiqué ailleurs...
Être ne suffit pas à exister, qui nécessite une permanence subjective. Or cette dernière  n'est ni  constante, ni immuable. Notre existence doit être étayée par de multiples constructions, dont la pensée n'est pas la plus solide.

Notre existence a à charge de situer notre identité et de lui assurer une permanence. L'existence est subjective et relative à l'environnement, aux autres, à ce qu'on fait. Il arrive souvent que l'on sollicite autrui pour exister... "par rapport à" lui, donc grâce à lui. Il nous arrive aussi d'exister en tant qu'auteurs d'un acte. L'existence est de l'ordre la filiation, elle vient donc d'ailleurs.
Notre existence ne peut se fonder sur la certitude qui se suffit à elle-même. L'existence est construite de doutes auxquels elle tente de répondre... provisoirement.

Le temps:
Un autre effet de la mort est l'invention du temps. Réellement, le temps n'existe pas en nous. C'est une croyance de plus en plus ancrée dans notre monde, au point qu'il devient une référence mondiale uniformisée sur toute la planète.

En réalité nous nous appuyons sur la notion d'espace, au moyen de nos perceptions. C'est pourquoi nous constatons des désorientations spatio-temporelles lorsque cette croyance n'est pas suffisamment ancrée! L'espace peut avoir la qualité de ce qu'il contient, bien qu'il n'ait pas de qualité propre.
Le temps perçu n'est qu'une objection dérisoire à la mort, qui est la fin et la finalité du temps. D'ailleurs le sage est sensé ne pas tenir compte du temps, car il ne tient compte que du réel. Le temps est la combinaison de l'acte et du lieu.
C'est l'acte qui accrédite le temps, c'est lui qui lui donne sa consistance et le rend variable dans le vécu: moments intenses et moments vides. Le temps est une figure de la mort, comme nous le constatons souvent dans l'histoire. Perdre son temps c'est perdre sa vie...
Le temps est une invention de l'horloge. Il n'existe pas en nous. Pour peu que l'on perde ces références externes, nous nous apercevons rapidement que nous sommes incapables d’intérioriser le temps.

Le paradoxe apparent est que la mort donne à la vie individuelle sa valeur. Par exemple, dans le film "Pandora", le Hollandais volant l'illustre par la perte d'intérêt qu'a la vie à devenir éternelle. La mort contraint au choix et en fait le prix.

L'autisme IV

Il est à la mode de critiquer le Dr Bruno Betelheim. Celui-ci appuyait sa théorie sur une accusation des mères. C'était non seulement une erreur, mais une source de souffrance inutile! Néanmoins, il y a peut-être quelque chose à comprendre de ses réflexions.
Dans les faits, Betleheim diagnostique "autistes", ceux que traditionnellement en France nous désignons par autiste, mais aussi par psychotique. Pourtant cette distinction me parait utile...

Il ne s'agit pas de reprendre toute l'œuvre, mais de partir de l'expérience essentielle de sa théorie: les camps de concentration. Betelheim a perçu quelque chose de ce que vivaient les enfants autistes. Sa grande erreur a été de penser que les mères étaient à l'origine de leur souffrance, alors que c'est la langue elle-même qui déchire l'enfant.

La langue  met de l'ordre dans le fonctionnement humain. La biologie n'y suffit pas! L'être humain à cette particularité, seul animal connu ayant besoin d'une mise en ordre aussi radicalement importée. C'est vraisemblablement lié à sa grande prématurité neurophysiologique...

Les langues, dans leurs diversités, influent sur notre organisation psychique, notre vision du monde, nos valeurs, etc. Nous sommes très, très influençables, d'où notre soucis de l'éducation des enfants.
Or, il, se trouve que les enfants sont plus différents les uns des autres que nous ne l'admettons, même si au départ les différences sont réduites. Tout nous le confirme par la suite, dans leurs acquisitions et leurs performances. Cela ne justifie pas pour autant de les hiérarchiser en terme de valeur, mais il est utile d'accepter de constater ces différences et d'en tenir compte dans l'intérêt des enfants.
Ces différences nous les admettons dans les activités sportives et intellectuelles, mais elles existent dans l'acquisition du langage et dans ses effets. Ces différences peuvent avoir une origine génétique, congénitale, mais aussi du fait de l'influence de l'environnement. Cette influence se constate dans les acquisitions physiques et intellectuelles, mais aussi dans l'organisation psychique et relationnelle.

Le langage ne permet pas que l'acquisition de moyens,  il est un organisateur essentiel de l'être humain dépourvu d'un instinct étant donné cette grande prématurité spécifique. La plupart des enfants se laissent envahir, habiter et être organisés par le langage. Cette langue maternelle se coordonne aux sensations et perceptions qui deviennent identifiées, référées et organisatrices de la relation. Bien sûr l'adéquation de l'interprétation par la mère est essentielle à l'assimilation de l'enfant. Malheureusement certains enfants ne sont pas en synergie avec le langage et le subissent comme une souffrance et non un moyen d'apaisement. Ils sont persécutés par le langage, parfois jusqu'à le fuir!
Une comparaison superficielle pourrait être effectuée avec les enfants infirmes moteur cérébraux. Ceux-ci ont longtemps été confondus avec les enfants débiles. À l'observation superficielle il peut y avoir confusion, d'autant qu'il n'y a pas d'incompatibilité. En effet était confondues des capacités intellectuelles d'élaboration et des capacités d'expression.

La confusion entre autisme et psychose me semble dommage. L'autisme véritable est une position défensive contre le langage, tandis que la psychose est une organisation langagière particulière, ou plutôt un positionnement particulier dans le langage. L'expérience m'a montré que la "sortie" de l'autisme s'effectue en direction de la psychose, quant cette sortie a lieu. Ceci n'est d'ailleurs possible que sous la pression forte de l'environnement, car l'enfant autiste est plutôt dans l'évitement de ce qui le fait souffrir.
Le travail effectué par le Dr Bruno Betelheim est plus à considérer en référence à la psychose qu'à l'autisme... En tout cas il a tenté une prise en charge, là où les autres avaient renoncé.

Les méthodes de prise en charge des enfants autistes sont actuellement éducatives, c'est à dire de conditionnement. Elles contraignent l'enfant à entrer dans le langage, tout d'abord et principalement au moyen de système de signes. C'est un dressage plus ou moins doux, toujours contraignant. Mais pourquoi pas? Mais aussi pourquoi et à quel prix?

Certains accéderont ainsi aux moyens de communication qui permettent plus de satisfaction et de liberté, pour d'autres l'évolution sera moins bénéfique et accompagnée de l'apparition de maladies et d'accidents.
Il me semble que pour les enfants présentant un autisme comme décrit par le docteur Kanner, ces prises en charges sont peu concluantes. Pour les autistes décrits par le docteur Asperger, entités beaucoup plus larges, nous rencontrons des enfants psychotiques déficitaires ou non, des enfants atteints de troubles psychomoteurs fins, d'hypersensibilité, de troubles de la perception, de disharmonies évolutives, etc...
L'amalgame me semble une escroquerie qui vise a promouvoir des méthodes dont les résultats réels sont rarement rigoureusement vérifiés, malheureusement soutenues par des associations qui visent plus à déculpabiliser les familles (ce qui est utile) qu'à établir des modalités précises qui limiteraient les indications des prises en charge efficaces. Celles-ci ne peuvent qu'être diverses et spécifiques au cas par cas, sans militantisme, avec détermination et acceptation de réévaluations au fur et à mesure.