L'amour est devenu une préoccupation générale et une occupation essentielle.
En occident depuis "le Banquet" de Platon où tour à tour Socrate donne la parole à chacun pour définir l'amour, nous ne cessons générations après génération de tenter de cerner ce qu'il en est. Mais est-ce un sentiment, une émotion, une pensée, un acte, etc...?
Nous proposons par envisager son lieu principal actuellement en Occident: le couple. Celui-ci n'est pas seul lieu possible et n'est peut-être pas le lieu d'origine de l'amour, mais indique une relation particulière sous-tendu par un lien particulier.
La vie à deux, créations et turpitudes, est-ce un pari utopique, le fruit d'un sentiment particulier, une résignation de vaincu, un choix de prudence raisonnable, une complémentarité , une passion, un mode de réalisation, un moyen d'existence, etc...?
Après le paroxysme de la rencontre amoureuse, y a-t'il la fatalité d'un decrescendo de l'intérêt, voir de la désillusion? La vie commune finit elle forcément par un affadissement de la relation?
L'amour finit-il en cage, l'homme captif, la femme résignée? Enfermement ou piège qui conduit à la rupture ou à la fuite?
Rares sont ceux qui croient longtemps au merveilleux, mais beaucoup espèrent en secret, même sans chercher. Les hommes, dit-on finissent par y trouver refuge, là ou les femmes y verraient un point d'appuis à leur essor social. Entente donc ou plutôt mésentente assurée et sécurisante d'un bonheur insatisfaisant.
Le merveilleux n'est que croyance d'enfant, illusion confortable qui disparaît aux épreuves de réalité. Mais si les enfants inventent le merveilleux pour supporter leur dépendance, sommes-nous incapables adulte de le créer?
Essayer de comprendre l'autre? Mais justement il s'obstine à rester autre, échappant à toute explication, se dérobant à toute définition; je voudrais qu'il me rassure d'être-là comme je l'attend et le voilà ailleurs ou différent! Je voudrais qu'il me surprenne agréablement et le voilà identique à lui-même figé à la même place dans la même relation, fixité d'un miroir qui me reflète dans l'ennui voir dans le mortifère.
La rencontre, avec la surprise de l'importance attribuée à l'autre, n'est qu'un effet de séduction, de projection et d'illusion. Mais cette rencontre illusoire et ratée, ne peut-elle réussir au-delà de l'imaginaire, par un franchissement de éphémère grâce à l'engagement? La séduction n'est pas sans raisons, mais quelles raisons? Quelles valeurs ont elles?
Et le désir?
L'encombrante question du désir, est-ce possession pour les hommes et valorisation pour les femmes, attelage improbable et boiteux qui s'obstine à se joindre sans se rejoindre, sinon dans le fantasme?
L'amour cherche la réalisation du désir, mais ne trouve plus souvent frustrations et mal-entendus qu apaisement; faut-il s'obstiner et pourquoi?
Le culte de l'intensité a été une tentative pour palier au ratage amoureux, par exemple dans la passion amoureuse.
À notre époque, après les romantiques inventeurs de l'amour inaccessible, nous nous sommes précipités dans la consommation sans prudence. L'astuce des romantiques étaient que, suite au libertinage qui avait conduit à l'écoeurent, ils conclurent que l'amour réussi ne pouvait être que non réalisable. Ainsi l'amour prit la figure de l'être perdu à jamais, mort de préférence, permettant l'intensité extrême d'un amour sans rencontre véritable et donc sans démenti.
Moins prudents et plus ignorants, nous voulons mettre en application l'extrême sensation, comme si l'intensité émotionnelle était une garantie d'authenticité.
Mais à ce moment finie la paix au profit des convulsions qui, d'être imaginaires n'en sont pas moins confrontées au réel d'une relation tourmentée :disputes, fureurs et réconciliations entrainent chacun dans une sur-enchère d'épreuves. Le salut est dans la fuite, avec le mensonge de l'accusation, ou dans la soumission, avec le mensonge de la compromission. C'est l'adolescence de l'amour: l'intense et l'extrême de l'adolescent.
L'intensité peut néanmoins être plus qualitative que quantitative. Mais c'est plus difficile!
Pourquoi l'amour des parents est-il un échec?
Sauf idéalisation forcée ou ignorance délibérée , l'amour des parents est toujours un échec aux yeux des enfants.Un échec criant ou discret, mais un échec. Ainsi ils se promettent de faire mieux ou du moins autrement. De toute façon cela ne peut qu'être autre chose de réussir.
En effet nous pouvons jouer, écrire, danser, chanter, peindre, parler à la manière de, mais nous ne
pouvons pas aimer à la manière de! Parce qu'aimer c'est créer! Le rejet des enfants traduit moins un échec patent qu'une impossibilité à imiter. Il va falloir inventer une solution nouvelle avec peu de savoir-faire.
Le couple ne trouve pas sa seule raison d'être dans l'amour. Il suffit de regarder autour de soi. L'amour reste pourtant le signe de la réussite du couple, au point qu'il en fait l'affiche parfois comme moyen d'auto-conviction. Il semble y être essentiel, le plus souvent raison d'être du couple, du moins à l'origine.
L'amour est d'actualité, cela n'a pas toujours été. Lorsque leurs parents mariait au 18 ême siècle, la Marie avec le Fernand, ils n'était pas toujours question d'amour et cela ne se passait pas forcément mal. C'était une autre société. Le sentiment amoureux était moins prisé, bien que l'attachement réciproque se produisait le plus souvent.
La jouissance du corps:
Et le corps avec la jouissance et l'effusion: est-il une primauté, une obligation? La jouissance est-elle signe de l'amour? L'ennui est-il le signe de l'échec? Ou est-ce l'indifférence? La répétition tue-t'elle le désir, tue-t'elle l'amour?
Nous voulons un épanouissement sexuel en dédommagement du coût, le confort et la tendresse ne suffisant plus. Et voilà que la sexologie s'en mêle, conduisant les relations sexuelles à des pratiques de gymnastique et d'hygiène décomplexée, en place d'un dévergondage craintif. Le dérisoire devient le standard du grotesque partagé où "le normal" devient l'étendard à suivre.
La sexualité rassure par sa pratique quantifiée en durée et en rythme, en figure et en position, miroir où chacun se regarde attentif à l'obtention d'un orgasme fantastique à défaut d'être fantastique. Et si vous n'êtes pas content veuillez vous rhabiller ou vantez-vous comme les autres, persuadez-vous qu'à prendre votre pied la vie vaut la peine d'être vécue!
Et l'érotisme est-il le secret de l'amour? Faut-il alors s'éviter, rester dans un éphémère qu'il s'agit de faire durer encore et encore? Y a-il une pratique de l'érotisme qui, tel que l'enseigne le Kamazoutra correspondrait à une typologie, permettrait l'entretien de l'amour comme d'un jardin secret? La rencontre transgressive permet-elle un érotisme garantissant la perpétuation de l'amour?
La répétition:
Y a-t'il un bonheur possible dans la répétition ? Mais est-ce au prix de la satisfaction?
L'amour est-il une tragédie consentie par sagesse ou par persistance d'un fantasme d'aboutissement?
L'amour satisfait se termine-t'il, la fin étant la finalité?
Le désir est-il l'obstacle de l'amour cherchant toujours plus, ailleurs, du nouveau. Le désir se répétant ne peut-il se fixer que sur ce qui lui échappe, réduisant tout partenaire à être qu'un passager d'amour? Peut-il trouver à se renouveler dans la même adresse avec exultation, sans être écrasé par l'identique?
L'amour doit-il être bête et obstiné, conservation d'un bien, d'un avantage social au delà ou en dépit du sentiment, est-il intéressé par autre chose que lui-même?
Et l'espérance est-elle nécessaire, indispensable? La répétition permet elle d'atteindre l'authenticité ou l'épuisement?
Et la dispute?
Meilleure moyen d'éviter l'ennui? Moyen cathartique d'expulser les malentendus?
Recordage nécessaire d'une relation qui se délite?
Y a-t'il de l'amour sans conflits? Faut-il les exprimer ou les taire, les résoudre ou les fuir?
La raison est-elle le pilote ou le sentiment doit-il gouverner? Et l'émotion n'est-elle pas l'essentiel?
Tous trois sont si difficiles à accorder, tout d'abord avec soi-même, alors comment faire avec l'autre!
Les bonnes résolutions peuvent-elles aider? À tête refroidie est-on meilleur amoureux que dans la passion? Y a-t'il amour sans passion et passion sans dispute?
La passion est-elle un danger ou une nécessité? De plus elles nous tourment par leur survenues comme par leur départ. Et puis ,lorsqu'elles sont là, elles nous dominent plus que nous
les dominons, conduisant à la confrontation plutôt qu'à l'entente, à la lutte contre plutôt qu'à la lutte pour!
Vieillir ensemble sans céder sur son désir, dit-on, mais est-ce que le désir c'est l'envie? " j'ai envie de
toi" est-ce de l'amour?
À suivre...
mercredi 17 décembre 2014
vendredi 4 juillet 2014
Brantôme et l'amour courtois
Pierre de Bourdeille, dit Brantôme et les Dames (1540/1614)
(Conférence effectuée en 1993 pour les amis de Brantome et représentée à leur demande en 2014)
Remontons quelques temps en arrière de l'époque de Brantome pour interroger de ce qu'il en était de l'amour en occident.
La femme est considérée comme un être faible qui doit être soumis hiérarchiquement à l'homme dans le mariage; elle doit être la servante de son maître. Celui-ci doit être vigilant et même sévère pour éviter que le malheur et la faute ne s'introduise dans la famille. Le "senior" et maître doit se protéger, protéger ses enfants et protéger son épouse contre elle-même. N'est-ce pas Ève qui a cueilli la pomme et la tendue à Adam?
L'homme a en conséquence la charge de gérer ses biens pour les faire fructifier selon la volonté de Dieu. Sa femme est un de ses biens, le plus précieux, le plus vulnérable et le plus dangereux. Sa propriété s'étend sur le corps de sa femme dont il ne doit user que sous le regard divin. Ainsi Adam de Persegne (1145-1221) précise que " Dieu ne permet pas que l'âme passe en possession d'un autre" que Dieu. Il éclaire la comtesse de Perche qu'elle a deux maîtres, un pour son corps et un pour son âme. Son corps n'est que le moyen d'accomplir la reproduction des âmes dont Dieu ne se lasse pas: "il serait injuste de transférer le droit de l'un ou de l'autre à un usage étranger" écrit-il. Donc mesdames jouissez de la vie, mais seulement pour la gloire de Dieu!
Nous voyons là le religieux se glisser entre homme et femme, jusque dans l'étreinte intime et veiller à ce que l'union des corps ne soit pas celle des âmes. Il semble que l'on peut trouver là une raison de l'obscurantisme maintenu sur le sexuel. L'érotisme reste de l'ordre du vulgaire, du grotesque ou de l'obscène. La brutalité reste la défense masculine face à l'angoisse de l'autre sexe et le masochisme est la vertu féminine prônée par tous.
Mais alors apparaît l'amour chevaleresque.
La redécouverte d'auteurs latins comme Ciceron et son "Amicilia", conduit à modifier la relation amoureuse. Il y énonce les valeurs de l'honnête homme, nécessaires pour être respecté et aimé. Se met en place une tentative de réaliser un lien amoureux harmonieux avec soi-même, permettant un progrès, c'est-à-dire une purification de l'âme au moyen de la relation à autrui.
La croyance en un destin prévisible auquel il faudrait se soumettre avec humilité est délaissée au profit de la recherche du vrai par la rencontre dans l'aventure, l'exploit, l'épreuve. Ainsi on se réfère indirectement à Platon pour qui " l'utile c'est l'honnête", par exemple défendre la veuve et l'orphelin.
L'Amadis de Gaule (1508) est le livre de chevet de François 1er: c'est l'histoire rocambolesque du fils du roi de France Périon. Amadis est le type même du chevalier errant, pétri d'idéal d'honneur et de galanterie.
La justice suprême redevient l'amour universel du genre humain. Ainsi le chevalier s'érige en défenseur de la justice, voir en justicier veillant à son application.
Roland Furieux, de l'Arioste (1516), commet une succession d'exploits toujours plus héroïques avec des rebondissements prodigieux, mais où curieusement les femmes sont capables, en combat singulier, de défaire les plus puissants chevaliers lorsqu'ils sont en faute.
Mais les applications laïques sont une déviation des réflexions des religieux. L'histoire de l'amour chevaleresque puis de l'amour courtois est celle de cette rencontre et de cette division entre deux courants cultuels, l'ecclésiastique et le chevaleresque, le religieux et le laïc.
Nous ne reprendrons pas la question de l'amour de Dieu qui relève de la théologie, mais celle de
l'organisation des liens amoureux entre hommes et femmes.
L'amour chevaleresque vient en opposition à cet enfermement. Il s'illustre par le voyage, la
découverte, l'ouverture sur le monde extérieur et par la publication de la relation amoureuse où le
tiers n'est plus le confesseur/directeur de conscience mais le semblable, l'alter-ego, le frère d'arme. Le partenaire, la femme n'est plus la servante du seigneur, la domestique (domus), mais la récompense et
l'adresse de l'exploit, enjeu immobile idéalisé. Il en résulte une particularité de cette forme d'amour: repousser dans l'avenir la rencontre définitive, la conclusion de l'alliance, la conclusion merveilleuse.
Georges Duby décrit le modèle initial: "un homme assiège, dans l'intention de la prendre, une dame, une femme mariée, une femme entourée, protégée par les interdits les plus stricts" (nous retrouverons cette construction dans le romantisme où la mort dérobe la femme aimée à l'amoureux)
Donc, à l'inverse de la situation précédente, il n'est pas question de prendre d'emblée le corps de la femme, mais tout d'abord de capter son âme et pour ça la mériter. Le danger est que la femme cède trop vite, car c'est son refus qui oblige le soupirant à se perfectionner toujours plus, selon la volonté de Dieu, pour que la Dame soit bien le signe de son accomplissement.
L'amour chevaleresque est un jeu existentiel permettant à l'homme une conquête de lui-même au moyen de l'exploit. Sa Dame est le miroir d'où il se regarde mériter, en particulier dans les joutes guerrières. C'est un amour narcissique.
Nous pouvons y constater une tentative de libération du guerrier du contrôle de l'ecclésiaste par déplacement sur la Dame. Mais ce n'est pas pour autant une libération du religieux!
La femme à l'extrême n'est-elle qu'un leurre?
Initialement, pour le chevalier qui part à l'aventure, elle est le lieu d'inscription de ses exploits, comptable passif de son mérite: du statut de servante elle est passée à celui de trophée.
L'Eglise ne s'avoue pas vaincue et essaie de reprendre pied dans cette nouvelle intimité du couple. Sentant le danger, André le Chapelain (1186) avait tenté d'introduire quelques règles moralistes à
propos du mariage. Celles-ci ordonnent la civilité de l'amour à l'époque où l'état monarchique tente d'organiser et de codifier les relations des féodaux. Ainsi l'effusion sanglante du guerrier est progressivement remplacée par la parade virile du chevalier. Les combats sont ritualisés, tous les coups ne sont pas permis.
Bien sûr, il faut différencier le déroulement des histoires personnelles au cas par cas et les fantasmes collectifs qui organisent la réalité de l'aristocratie de l'époque. La croyance en une forme véritable de
rencontre amoureuse ne se retrouve que rarement dans les anecdotes des alliances. Celles-ci sont
souvent mercantiles.
Il faut aussi prendre en compte la situation de beaucoup, écartés du mariage par leur condition. Ainsi il est plus difficile pour un cadet comme Pierre, que pour l'aîné André de convoler en justes noces.
De même, pas plus à cette époque qu'à une autre, on confond relations sexuelles et véritable
rencontre amoureuse. D'ailleurs Brantome se moque des chastes: "si nous sommes doter de parties si
nobles, c'est pour en user". Sa préoccupation n'est pas la jouissance vulgaire du corps, mais les félicités de l'âme apaisée.
Dans l'amour courtois le "senior", chef de maison, accepte que son épouse paraisse, qu'elle soit honorée, que lui soit dédiée la bravoure du combattant, car elle est ainsi désignée comme sage et
vertueuse. Elle couronne le meilleur de ceux qui servent son mari ou son roi.
Respectée, la Dame est le lieu où s'énonce la prouesse, où elle est validée, reconnue. La Dame devient parlante et jugeante! Le triomphe du champ de bataille et les témoignages des frères d'arme ne suffisent plus, il faut s'inscrire auprès d'une dame digne de foi. Un pacte secret uni le couple en rupture avec le monde et même à l'écart de Dieu.
Dans le "fin ´amor", l'amour courtois, la Dame devient le lieu précieux de la pureté de l'âme; si bien qu'à partir de ce moment va se poser la question de la Féminité, comme garantie de la pureté de son âme et ceci en particulier sous la forme de la parure et de l'écrin. À ce moment elle n'est plus passive, mais partenaire d'un pacte intime qui progressivement isole le couple du monde par une connivence cachée.
Après le "fine amor" advient le courtisan.
Hélas, l'intensité du sentiment amoureux, l'émotion et l'exploit ne suffisent pas à affirmer
l'authenticité de l'amour. L'amoureux transi ou héroïque n'a pas la garantie suffisante de connaître le "vraye amour". Une fois l'exploit accompli, que faire pour que l'amour soit "parfaict"? On ne peut
laisser le couple livré à lui-même, car soucieux de réussir, il peut s'établir une complicité d'apparence. En effet, il existe toujours un contrat secret entre la dame et le chevalier et comme Dieu n'est plus là pour contrôler la bonne marche des affaires, que faire?
Baltassar Castiglione (1528) publie le "Livre du Courtisan", véritable événement qui devient le
code d'honneur des cours d'Europe. Le courtisan est un homme de cour mais aussi celui qui
courtise, c'est à dire qui fait la cour. Il s'agit de l'art et la manière d'aimer; chacun doit s'efforcer de
respecter la Beauté, seul moyen d'éviter la tromperie.
Castiglione écrit: "la première et la plus importante (des règles) est que (le courtisan) fuie surtout l'affectation", ce que Montaigne reprendra dans ses Essais, car c'est l'authenticité, au delà du paraître, qui est visée. Ce changement tente de corriger l'effet à-social de l'amour courtois, c'est à dire l'isolement du couple qui se suffit à lui-même. La Beauté ne saurait tromper, croit-on!
La prouesse du courtisan évoque celle antérieur du chevalier, mais elle ne saurait être confondue avec l'exploit chevaleresque qui est une parade devant les autres avec tout ce que ça implique de
mascarade. La prouesse du courtisan du 16eme siècle est l'aventure du désir en produisant le Beau, avec son prix qui est de le faire exister encore et encore et non de cumuler les attributs qui serviraient de preuves; c'est l'introduction à une société du spectacle qui ne serait pas du simulacre.
Mais pourquoi la beauté? Parce que la Beauté est d'essence divine et donc permet de se mettre en accord avec Dieu. Grâce à la Beauté l'accord du couple peut être parfait, puisque Dieu l'approuve.
L'amour courtois évite la présence du tiers; tout se passe à deux. Les amants se logent dans le même fantasme secret. Le tiers ici est le rival qui fait que la femme est exposée à une perte toujours possible pour son amant. En fait ce secret est un stratagème pour faire croire au tiers qu'un lien mystérieux,
quasi magique, unit les amants. En fait ce lien n'existe que dans la mesure où l'autre y croit!
Pour le courtisant ce lien devient publique et visible. Il peut être évalué par les témoins. Sa valeur est
fondée sur l'accomplissement du beau; c'est un culte de la beauté sous toutes ses formes. Là où le
chevalier engrangeait des valeurs par ses exploits, le courtisant témoigne de sa valeur par son attitude
constante et sa fidélité au partenaire et à Dieu.
Catholiques et protestants sont en désaccord.
Cette évolution des mœurs à des répercutions religieuses immédiates. Les courtisants ne sont que
catholiques, pourquoi?
Lors du célèbre débat entre Erasme et Luther, Erasme soutient que la grâce résulte des bonnes actions effectuées, alors que Luther affirme que Dieu est seul juge de la grâce qu'il accorde. Donc, pour un courtisan, bien faire c'est créer de la beauté pour réjouir Dieu et en profiter en retour; le baroque, c'est la jouissance de Dieu étalée au grand jour au moyen de la beauté. Les réformés y voient la porte ouverte à tous les abus et se rapprochent de la position stoïcienne qui se méfie du plaisir, recommande la méditation, l'humilité et la modération dans l'usage du monde. Le courtisant stimule la jouissance divine par l'amour de la beauté, le parpaillot se méfie des débordements de la jouissance qu'il corsète par la discipline et la rigueur.
Et Brantome?
Pierre de Bourdeille est élevé dans la révérence de l'amour courtois. En 1545 à la cour de Margueritte de Navarre, sœur de François 1er, règnent les femmes, donc la culture. Margueritte d'Angoulême, duchesse d'Alençon puis reine de Navarre, nous a laissé un témoignage du raffinement intellectuel de
sa cour à travers les nouvelles qui forment "l'Heptaméron", revanche des femmes sur les hommes brutaux et les moines paillards.
Orphelin de père, Pierre est élevé par sa mère Anne deVivonne et sa grand-mère Louise de Daillon, confidente de la reine. Pierre se passionne pour les anecdotes et contes, avec l'emphase du sud-ouest.
Après de brèves études à Poitiers, il gagne à 16 ans la cour du roi de France Henri II. Il bénéficie du cousinage de La Châtaigneraie considéré comme un héros, célèbre jusque dans sa mort en duel par le
fameux coup de Jarnac. Mais il s'agit là d'une autre cour et sa tante Jeanne de Dampierre l'initie. L'esprit chevaleresque y est dominant. Aussi Pierre ne rêve que d'exploits prestigieux et d'aventures
renommées auprès des Grands qu'il admire. Mais à la cour, Catherine de Médicis promulgue le courtisan. Ses belles manières et son esprit agréable nécessitent un art délicat et un apprentissage raffiné. Les règles sont contrôlées par les dames grandes par le rang ou par l'âge.
Le courtisan français à le culte de l'apparence: beauté de l'image, du geste, du propos, mais surtout ne jamais être discordant! Mentir, tromper, tricher, voir tuer, oui mais avec élégance!
Il ne faut pas s'imposer mais s'adapter avec une souplesse apparente aux circonstances, sous le regard de la Dame, d'un Grand et au-delà de Dieu qui se" plait à habiter la fleur des beaux corps et belles âmes et par là à se montrer parfois un peu aux yeux et aux entendements de ceux qui sont dignes de le voir."
Le talent du courtisan consiste à faire exister de façon imaginaire, ce qui manque au partenaire, le complétant. La femme devient l'écrin où il dépose son âme. Il faut partager avec elle la beauté. Ainsi le courtisan se féminise de plus en plus pour s'adapter et produire la beauté et la vertu,
y compris dans ses manières et ses vêtements. Ainsi font les mignons d'Henri III qui restent néanmoins de redoutables bretteurs. Cette féminisation n'est pas une dé-virilisation, comme en témoigne la vie du duc de Joyeuse!
À ce jeu Brantôme patine. Il ne valorise pas l'objet qu'il sert, mais essaie de se présenter lui-même comme objet désirable: c'est un enjôleur qui fait l'intéressant. Apprécié pour son talent oratoire, il
n'est pas pris au sérieux car il n'est pas fiable.
Sa gouaille l'entraîne à goûter trop fort sa parole facile et sa curiosité gourmande. Il essaie d'être
remarqué et adopté par un puissant, en affirmant sa race, en s'éclaboussant de la notoriété de sa parentèle. Brantôme veut croire à son personnage et veut qu'on croit en lui; mais il se trompe souvent, car il ne tient pas suffisamment compte des événements où il n'agit pas, puisqu'il se contente de regarder. Quant il est gêné, il maquille ou oublie les actions contradictoires. Compagnon drolatique, il est écouté mais sa servilité le dessert. Il distrait avec verve, par ses anecdotes truculentes, mais ne sait ni agir, ni s'engager; Brantome tergiverse, flatte, mais ne peut prendre vraiment parti, ce qui lui vaut parfois d'être sollicité comme intermédiaire, mais jamais pour des conseils ou des actions.
Brantome se réfère à l'amour courtois qui vise à l'élimination du tiers ou à sa réduction à la complicité. Dans l'amour courtois les amants établissent une connivence, une réciprocité d'engagement, une fidélité. La perte de la Dame est à éviter par la qualité de l'engagement.
Quant Brantome écrit:
" Et plus heureux qui d'amour se flamme
"Peut embrazer les beaux yeux de sa Dame
" Et, bien aimant, mourir, son serviteur"
Et c'est là que le bas blesse: Quoiqu'il en dise, Brantome ne commettra aucun exploit, ne soutiendra aucun engagement réel. Il n'est pas acteur, rarement agent et le plus souvent juste témoin.
Après sa chute de cheval, Brantome se réoriente. Il tente d'écrire un ultime traité d'amour courtois, où il inclue la beauté. C'est pour cela que dès le commencement de son livre il magnifie les femmes: elles sont plus vertueuses que les hommes auxquels elles donnent des leçons: "les Dames estayent courageuses, tellement que si le courage venait à manquer à leur serviteur, le leur remettaient". Il dénonce la brutalité des hommes, car la femme est délicate; il faut la respecter, car elle est précieuse;
il faut accepter de se soumettre à elle et non la diriger, car elle seule peut reconnaître le véritable homme méritant. Mais les vraies femmes, celles qui sont des Dames garanties ne sont belles qu'aux yeux des initiés, comme lui. Brantome est tellement initié, qu'il en voit partout, ou plutôt ne regarde que ça!
Mais d'où vient ce crédit des femmes? De leur beauté établie par Dieu. Ainsi Marguerite de Valois malgré ses nombreux amants, ses meurtres et trahisons, étant pour Brantome, la plus belle femme du royaume, reste pure et même divine! Et si une femme trompe son mari, c'est à cause d'une faiblesse dont elle est innocente et cela prouve surtout que son mari n'est pas à la hauteur de la situation. "Que
les cocus profitent des leçons que leurs femmes ont prises ailleurs", suggère t'il.
Brantome pourrait être présenté comme partisan de l'égalité des sexes, mais son souci est plutôt une sacralisation de La Femme, pour être reconnu par elle. Pour cela il faut qu'elle soit sans défaut dans sa beauté. Sa virulence est acide dans les descriptions féroces du chapitre " Sur le sujet qui contente le plus en amour".
Pierre de Bourdeille tente de briller par son talent oratoire; il met tout son bagout en œuvre pour prouver sa noblesse. Mais il ne croit pas suffisamment à son image pour s'en contenter; celle-ci doit être confirmée par les armes et par la Dame. Et aucun n'est au rendez-vous!
À une époque ou 1/3 des gentilshommes de la cour meurent ou sont gravement blessés en duel et un autre 1/3 à la guerre, Brantome ne connaîtra que deux blessures pathétiques: il se brûle les yeux en essayant une des armes rutilantes qu'il collectionne; il est soigné au lait de femme. Une 2ème blessure au siège de La Rochelle, due à un éclat de pierre l'atteint superficiellement à la main gauche; il se plaint de ne même pas pouvoir mettre son bras en écharpe, pour que cela se voit!
À la guerre, Brantome ne s'expose pas, il espère une gloire d'association en suivant prudemment son ami "parfaict" Stozzi. Mais il évite les risques, car après tout il n'a qu'un véritable ennemi: l'anglais! Mais voilà, il n'en a rencontré que peu et n'en a jamais combattu.
En fait Brantome est, comme Catherine de Médicis, un tenant de la réconciliation. Malgré les 8
guerres de religion, il essaie d'être copain avec tout le monde et y réussit, bien qu'il se dise catholique
et papiste. Cela lui sert lorsque Coligny, après le massacre des paysans de la Chapelle Fauchée, se
présente devant l'abbaye. Il lui ouvre "la porte des réformés" pour que l'abbaye soit épargnée et que durant les 3 jours de "picore" de la ville, il n'y ait point de meurtre.
Il lui reste les Dames.
Marguerite de Valois, comme Catherine de Médicis, apprécie Brantome qui l'amuse. Elle le manifeste dans ses Mémoires. Néanmoins elle le sait fabulateur et corrige ses propos. Lui voit en elle le modèle de La Dame accomplie.
"Je crois que toutes celles qui sont, qui seront et jamais ont esté, près la sienne sont laides...son beau visage... Fondé sur un corps de la plus belle, superbe et riche taille qui se puisse veoir accompagné d'un port et d'une si grave majesté qu'on la prendra toujours pour une Déesse du Ciel, plus que pour une Princesse de la terre"... Il précise: "je dis celles que l'on peut veoir par l'extérieur; car celle qui sont sergettes et cachées sous un linge blanc et riches parures et accoustremens, on ne peut les despeindre n'y juger, car la veue en est interdite". Pourtant, il n'est pas sans savoir que plus d'une centaine d'hommes l'ont vue et de très prés.
Brantome ne croit pas à la Beauté comme quelque chose qui existe en soi, mais comme quelque chose qui n'existe que pour l'élu. Plus celui-ci la consomme, plus elle augmente. C'est pourquoi il critique Ronsard quand celui-ci demandée à François Clouet, peintre du roi, de peindre objectivement les beautés de sa Cassandre: "Ronsard me pardonne s'il lui plaist, jamais sa maîtresse, qu'il a faite si belle, ne parviens à ceste beauté. N'y quelqu'autre dame qu'il attend veu." Mais malgré sa critique, il ne s'engage pas comme créateur de beauté dans une relation réelle. Il attend d'être reconnu par la
belle, il attend d'être coopté, au contraire du chevalier et du courtisan qui agissent pour mériter.
Pour Brantome la Beauté permet un rapport sexuel qui serait harmonieux, s'il n'y avait la question de la jouissance qui peut bousculer le tendre commerce. Il y a une double menace:
Côté femme: "elle l'exécutent à quelque prix que ce soit" pour ne pas devenir "seiches et alanguies" et perdre leur beauté. Une fois découverte, elles sont soumissent à une jouissance impérieuse,
irrésistible.
Côté homme: au lieu de consommer avec délectation la beauté, ils se précipitent, s'en emparent et en veulent toujours plus. Bref ils gâchent le jeu amoureux!
Pour Brantome, la jouissance ne se dissout pas aisément dans l'amour.
Alors que faire?
Brantome ne renonce pas, mais propose un tri: " les belles et honnêtes Dames aiment les vaillants hommes et les braves hommes aiment les Dames courageuses". Quant aux autres, " le fruit de l'amour mondain (du monde ordinaire) n'est autre chose que la jouissance" seule et non l'amour véritable.
Seule une alliance entre les âmes bien faites et les corps bien faits permet la félicité; mais c'est quand même la Dame qui accorde la satisfaction. Cette Dame, il ne la rencontre pas, sinon inaccessible. Il attend son heure. Il semble que là aussi Brantome ait peur de vraiment s'engager. À viser trop haut sa prétention échoue. Ce que Brantome n'avouer pas, c'est qu'il n'a pas eu le courage d'affronter la mort qu'il décrit à répétition à travers le décès héroïque de ses amis. À mainte reprises il exprime sa jalousie de ces "belles morts", il en est de même pour les belles alliances matrimoniales qui lui ont toutes échappées, souvent de son fait. Pour Brantome s'engager est une sorte de fin proche de la mort.
Brantome essaie de sauver la mise au moyen de l'écriture. Il s'y montre à son avantage, se flatte et se venge, s'invente des rôles qu'il n'a pas tenus, bien qu'il fut souvent en place. Il reste un témoins qui affirme "j'y étais" même quant c'est ostensiblement faux; il veut persuader et espère, sans doute y
trouver une éternité.
Jacquette est "comme déesse au ciel" que nul soupirant ne peut rejoindre; c'est sa beauté qui garantit sa pureté. Renée de Bourdeille est le fidèle portrait de sa mère et suscite le même sentiment. Elle meurt à 34 ans, 18 mois avant sa mère (56 ans). Jacquette et Marguerite partagent la même beauté et pourtant sont si différentes. Jacquette veuve se tourne vers Dieu tandis que les frasques de Marguerite défrayent la chronique mondaine.
Brantome a-t-il échoué, a-t-il réussi?
Dans l'amour chevaleresque, la Dame présentifie la mort; non pas celle qui pétrifie la vie dans l'horreur du terme, mais celle qui en permet l'assomption par le désir engagé. Là, nul ne pénètre sans risque.
Dans l'amour courtois, c'est la communion des âmes qui défie la mort par les moments d'éternité partagés, moment de vérité de la rencontre authentique. Là, nul ne pénètre sans choix déterminé.
Pour le courtisan du 16eme siècle, la beauté est une éthique, l'esthétique, à la fois essence de la féminité et joie de Dieu qui inscrit la vie dans un au-delà de la mort, par la réalisation de la volonté de Dieu, réalisation de notre nature profonde. Là, nul ne pénètre sans rigueur.
Brantome à préparé sa mort pour mieux l'éviter: son château est son monument funéraire; il écrit son épitaphe et veille à ce que ses descendants entretiennent sa tombe. Connaissez-vous des tombes de 1614 aussi bien entretenue? Et puis que faisons-nous aujourd'hui, sinon parler de lui, encore et encore!
Brantome espère une réussite posthume. Il croit à la notoriété de son œuvre littéraire et recommande des délais de publication pour éviter la censure. Il se peut qu'elle se soit quand même exercée par la
disparition d'un de ses livres... Quant à sa théorie de l'amour et de la beauté, il ne lui a pas fait passer l'épreuve de réalité.
(Conférence effectuée en 1993 pour les amis de Brantome et représentée à leur demande en 2014)
Remontons quelques temps en arrière de l'époque de Brantome pour interroger de ce qu'il en était de l'amour en occident.
La femme est considérée comme un être faible qui doit être soumis hiérarchiquement à l'homme dans le mariage; elle doit être la servante de son maître. Celui-ci doit être vigilant et même sévère pour éviter que le malheur et la faute ne s'introduise dans la famille. Le "senior" et maître doit se protéger, protéger ses enfants et protéger son épouse contre elle-même. N'est-ce pas Ève qui a cueilli la pomme et la tendue à Adam?
L'homme a en conséquence la charge de gérer ses biens pour les faire fructifier selon la volonté de Dieu. Sa femme est un de ses biens, le plus précieux, le plus vulnérable et le plus dangereux. Sa propriété s'étend sur le corps de sa femme dont il ne doit user que sous le regard divin. Ainsi Adam de Persegne (1145-1221) précise que " Dieu ne permet pas que l'âme passe en possession d'un autre" que Dieu. Il éclaire la comtesse de Perche qu'elle a deux maîtres, un pour son corps et un pour son âme. Son corps n'est que le moyen d'accomplir la reproduction des âmes dont Dieu ne se lasse pas: "il serait injuste de transférer le droit de l'un ou de l'autre à un usage étranger" écrit-il. Donc mesdames jouissez de la vie, mais seulement pour la gloire de Dieu!
Nous voyons là le religieux se glisser entre homme et femme, jusque dans l'étreinte intime et veiller à ce que l'union des corps ne soit pas celle des âmes. Il semble que l'on peut trouver là une raison de l'obscurantisme maintenu sur le sexuel. L'érotisme reste de l'ordre du vulgaire, du grotesque ou de l'obscène. La brutalité reste la défense masculine face à l'angoisse de l'autre sexe et le masochisme est la vertu féminine prônée par tous.
Mais alors apparaît l'amour chevaleresque.
La redécouverte d'auteurs latins comme Ciceron et son "Amicilia", conduit à modifier la relation amoureuse. Il y énonce les valeurs de l'honnête homme, nécessaires pour être respecté et aimé. Se met en place une tentative de réaliser un lien amoureux harmonieux avec soi-même, permettant un progrès, c'est-à-dire une purification de l'âme au moyen de la relation à autrui.
La croyance en un destin prévisible auquel il faudrait se soumettre avec humilité est délaissée au profit de la recherche du vrai par la rencontre dans l'aventure, l'exploit, l'épreuve. Ainsi on se réfère indirectement à Platon pour qui " l'utile c'est l'honnête", par exemple défendre la veuve et l'orphelin.
L'Amadis de Gaule (1508) est le livre de chevet de François 1er: c'est l'histoire rocambolesque du fils du roi de France Périon. Amadis est le type même du chevalier errant, pétri d'idéal d'honneur et de galanterie.
La justice suprême redevient l'amour universel du genre humain. Ainsi le chevalier s'érige en défenseur de la justice, voir en justicier veillant à son application.
Roland Furieux, de l'Arioste (1516), commet une succession d'exploits toujours plus héroïques avec des rebondissements prodigieux, mais où curieusement les femmes sont capables, en combat singulier, de défaire les plus puissants chevaliers lorsqu'ils sont en faute.
Mais les applications laïques sont une déviation des réflexions des religieux. L'histoire de l'amour chevaleresque puis de l'amour courtois est celle de cette rencontre et de cette division entre deux courants cultuels, l'ecclésiastique et le chevaleresque, le religieux et le laïc.
Nous ne reprendrons pas la question de l'amour de Dieu qui relève de la théologie, mais celle de
l'organisation des liens amoureux entre hommes et femmes.
L'amour chevaleresque vient en opposition à cet enfermement. Il s'illustre par le voyage, la
découverte, l'ouverture sur le monde extérieur et par la publication de la relation amoureuse où le
tiers n'est plus le confesseur/directeur de conscience mais le semblable, l'alter-ego, le frère d'arme. Le partenaire, la femme n'est plus la servante du seigneur, la domestique (domus), mais la récompense et
l'adresse de l'exploit, enjeu immobile idéalisé. Il en résulte une particularité de cette forme d'amour: repousser dans l'avenir la rencontre définitive, la conclusion de l'alliance, la conclusion merveilleuse.
Georges Duby décrit le modèle initial: "un homme assiège, dans l'intention de la prendre, une dame, une femme mariée, une femme entourée, protégée par les interdits les plus stricts" (nous retrouverons cette construction dans le romantisme où la mort dérobe la femme aimée à l'amoureux)
Donc, à l'inverse de la situation précédente, il n'est pas question de prendre d'emblée le corps de la femme, mais tout d'abord de capter son âme et pour ça la mériter. Le danger est que la femme cède trop vite, car c'est son refus qui oblige le soupirant à se perfectionner toujours plus, selon la volonté de Dieu, pour que la Dame soit bien le signe de son accomplissement.
L'amour chevaleresque est un jeu existentiel permettant à l'homme une conquête de lui-même au moyen de l'exploit. Sa Dame est le miroir d'où il se regarde mériter, en particulier dans les joutes guerrières. C'est un amour narcissique.
Nous pouvons y constater une tentative de libération du guerrier du contrôle de l'ecclésiaste par déplacement sur la Dame. Mais ce n'est pas pour autant une libération du religieux!
La femme à l'extrême n'est-elle qu'un leurre?
Initialement, pour le chevalier qui part à l'aventure, elle est le lieu d'inscription de ses exploits, comptable passif de son mérite: du statut de servante elle est passée à celui de trophée.
L'Eglise ne s'avoue pas vaincue et essaie de reprendre pied dans cette nouvelle intimité du couple. Sentant le danger, André le Chapelain (1186) avait tenté d'introduire quelques règles moralistes à
propos du mariage. Celles-ci ordonnent la civilité de l'amour à l'époque où l'état monarchique tente d'organiser et de codifier les relations des féodaux. Ainsi l'effusion sanglante du guerrier est progressivement remplacée par la parade virile du chevalier. Les combats sont ritualisés, tous les coups ne sont pas permis.
Bien sûr, il faut différencier le déroulement des histoires personnelles au cas par cas et les fantasmes collectifs qui organisent la réalité de l'aristocratie de l'époque. La croyance en une forme véritable de
rencontre amoureuse ne se retrouve que rarement dans les anecdotes des alliances. Celles-ci sont
souvent mercantiles.
Il faut aussi prendre en compte la situation de beaucoup, écartés du mariage par leur condition. Ainsi il est plus difficile pour un cadet comme Pierre, que pour l'aîné André de convoler en justes noces.
De même, pas plus à cette époque qu'à une autre, on confond relations sexuelles et véritable
rencontre amoureuse. D'ailleurs Brantome se moque des chastes: "si nous sommes doter de parties si
nobles, c'est pour en user". Sa préoccupation n'est pas la jouissance vulgaire du corps, mais les félicités de l'âme apaisée.
Dans l'amour courtois le "senior", chef de maison, accepte que son épouse paraisse, qu'elle soit honorée, que lui soit dédiée la bravoure du combattant, car elle est ainsi désignée comme sage et
vertueuse. Elle couronne le meilleur de ceux qui servent son mari ou son roi.
Respectée, la Dame est le lieu où s'énonce la prouesse, où elle est validée, reconnue. La Dame devient parlante et jugeante! Le triomphe du champ de bataille et les témoignages des frères d'arme ne suffisent plus, il faut s'inscrire auprès d'une dame digne de foi. Un pacte secret uni le couple en rupture avec le monde et même à l'écart de Dieu.
Dans le "fin ´amor", l'amour courtois, la Dame devient le lieu précieux de la pureté de l'âme; si bien qu'à partir de ce moment va se poser la question de la Féminité, comme garantie de la pureté de son âme et ceci en particulier sous la forme de la parure et de l'écrin. À ce moment elle n'est plus passive, mais partenaire d'un pacte intime qui progressivement isole le couple du monde par une connivence cachée.
Après le "fine amor" advient le courtisan.
Hélas, l'intensité du sentiment amoureux, l'émotion et l'exploit ne suffisent pas à affirmer
l'authenticité de l'amour. L'amoureux transi ou héroïque n'a pas la garantie suffisante de connaître le "vraye amour". Une fois l'exploit accompli, que faire pour que l'amour soit "parfaict"? On ne peut
laisser le couple livré à lui-même, car soucieux de réussir, il peut s'établir une complicité d'apparence. En effet, il existe toujours un contrat secret entre la dame et le chevalier et comme Dieu n'est plus là pour contrôler la bonne marche des affaires, que faire?
Baltassar Castiglione (1528) publie le "Livre du Courtisan", véritable événement qui devient le
code d'honneur des cours d'Europe. Le courtisan est un homme de cour mais aussi celui qui
courtise, c'est à dire qui fait la cour. Il s'agit de l'art et la manière d'aimer; chacun doit s'efforcer de
respecter la Beauté, seul moyen d'éviter la tromperie.
Castiglione écrit: "la première et la plus importante (des règles) est que (le courtisan) fuie surtout l'affectation", ce que Montaigne reprendra dans ses Essais, car c'est l'authenticité, au delà du paraître, qui est visée. Ce changement tente de corriger l'effet à-social de l'amour courtois, c'est à dire l'isolement du couple qui se suffit à lui-même. La Beauté ne saurait tromper, croit-on!
La prouesse du courtisan évoque celle antérieur du chevalier, mais elle ne saurait être confondue avec l'exploit chevaleresque qui est une parade devant les autres avec tout ce que ça implique de
mascarade. La prouesse du courtisan du 16eme siècle est l'aventure du désir en produisant le Beau, avec son prix qui est de le faire exister encore et encore et non de cumuler les attributs qui serviraient de preuves; c'est l'introduction à une société du spectacle qui ne serait pas du simulacre.
Mais pourquoi la beauté? Parce que la Beauté est d'essence divine et donc permet de se mettre en accord avec Dieu. Grâce à la Beauté l'accord du couple peut être parfait, puisque Dieu l'approuve.
L'amour courtois évite la présence du tiers; tout se passe à deux. Les amants se logent dans le même fantasme secret. Le tiers ici est le rival qui fait que la femme est exposée à une perte toujours possible pour son amant. En fait ce secret est un stratagème pour faire croire au tiers qu'un lien mystérieux,
quasi magique, unit les amants. En fait ce lien n'existe que dans la mesure où l'autre y croit!
Pour le courtisant ce lien devient publique et visible. Il peut être évalué par les témoins. Sa valeur est
fondée sur l'accomplissement du beau; c'est un culte de la beauté sous toutes ses formes. Là où le
chevalier engrangeait des valeurs par ses exploits, le courtisant témoigne de sa valeur par son attitude
constante et sa fidélité au partenaire et à Dieu.
Catholiques et protestants sont en désaccord.
Cette évolution des mœurs à des répercutions religieuses immédiates. Les courtisants ne sont que
catholiques, pourquoi?
Lors du célèbre débat entre Erasme et Luther, Erasme soutient que la grâce résulte des bonnes actions effectuées, alors que Luther affirme que Dieu est seul juge de la grâce qu'il accorde. Donc, pour un courtisan, bien faire c'est créer de la beauté pour réjouir Dieu et en profiter en retour; le baroque, c'est la jouissance de Dieu étalée au grand jour au moyen de la beauté. Les réformés y voient la porte ouverte à tous les abus et se rapprochent de la position stoïcienne qui se méfie du plaisir, recommande la méditation, l'humilité et la modération dans l'usage du monde. Le courtisant stimule la jouissance divine par l'amour de la beauté, le parpaillot se méfie des débordements de la jouissance qu'il corsète par la discipline et la rigueur.
Et Brantome?
Pierre de Bourdeille est élevé dans la révérence de l'amour courtois. En 1545 à la cour de Margueritte de Navarre, sœur de François 1er, règnent les femmes, donc la culture. Margueritte d'Angoulême, duchesse d'Alençon puis reine de Navarre, nous a laissé un témoignage du raffinement intellectuel de
sa cour à travers les nouvelles qui forment "l'Heptaméron", revanche des femmes sur les hommes brutaux et les moines paillards.
Orphelin de père, Pierre est élevé par sa mère Anne deVivonne et sa grand-mère Louise de Daillon, confidente de la reine. Pierre se passionne pour les anecdotes et contes, avec l'emphase du sud-ouest.
Après de brèves études à Poitiers, il gagne à 16 ans la cour du roi de France Henri II. Il bénéficie du cousinage de La Châtaigneraie considéré comme un héros, célèbre jusque dans sa mort en duel par le
fameux coup de Jarnac. Mais il s'agit là d'une autre cour et sa tante Jeanne de Dampierre l'initie. L'esprit chevaleresque y est dominant. Aussi Pierre ne rêve que d'exploits prestigieux et d'aventures
renommées auprès des Grands qu'il admire. Mais à la cour, Catherine de Médicis promulgue le courtisan. Ses belles manières et son esprit agréable nécessitent un art délicat et un apprentissage raffiné. Les règles sont contrôlées par les dames grandes par le rang ou par l'âge.
Le courtisan français à le culte de l'apparence: beauté de l'image, du geste, du propos, mais surtout ne jamais être discordant! Mentir, tromper, tricher, voir tuer, oui mais avec élégance!
Il ne faut pas s'imposer mais s'adapter avec une souplesse apparente aux circonstances, sous le regard de la Dame, d'un Grand et au-delà de Dieu qui se" plait à habiter la fleur des beaux corps et belles âmes et par là à se montrer parfois un peu aux yeux et aux entendements de ceux qui sont dignes de le voir."
Le talent du courtisan consiste à faire exister de façon imaginaire, ce qui manque au partenaire, le complétant. La femme devient l'écrin où il dépose son âme. Il faut partager avec elle la beauté. Ainsi le courtisan se féminise de plus en plus pour s'adapter et produire la beauté et la vertu,
y compris dans ses manières et ses vêtements. Ainsi font les mignons d'Henri III qui restent néanmoins de redoutables bretteurs. Cette féminisation n'est pas une dé-virilisation, comme en témoigne la vie du duc de Joyeuse!
À ce jeu Brantôme patine. Il ne valorise pas l'objet qu'il sert, mais essaie de se présenter lui-même comme objet désirable: c'est un enjôleur qui fait l'intéressant. Apprécié pour son talent oratoire, il
n'est pas pris au sérieux car il n'est pas fiable.
Sa gouaille l'entraîne à goûter trop fort sa parole facile et sa curiosité gourmande. Il essaie d'être
remarqué et adopté par un puissant, en affirmant sa race, en s'éclaboussant de la notoriété de sa parentèle. Brantôme veut croire à son personnage et veut qu'on croit en lui; mais il se trompe souvent, car il ne tient pas suffisamment compte des événements où il n'agit pas, puisqu'il se contente de regarder. Quant il est gêné, il maquille ou oublie les actions contradictoires. Compagnon drolatique, il est écouté mais sa servilité le dessert. Il distrait avec verve, par ses anecdotes truculentes, mais ne sait ni agir, ni s'engager; Brantome tergiverse, flatte, mais ne peut prendre vraiment parti, ce qui lui vaut parfois d'être sollicité comme intermédiaire, mais jamais pour des conseils ou des actions.
Brantome se réfère à l'amour courtois qui vise à l'élimination du tiers ou à sa réduction à la complicité. Dans l'amour courtois les amants établissent une connivence, une réciprocité d'engagement, une fidélité. La perte de la Dame est à éviter par la qualité de l'engagement.
Quant Brantome écrit:
" Et plus heureux qui d'amour se flamme
"Peut embrazer les beaux yeux de sa Dame
" Et, bien aimant, mourir, son serviteur"
Et c'est là que le bas blesse: Quoiqu'il en dise, Brantome ne commettra aucun exploit, ne soutiendra aucun engagement réel. Il n'est pas acteur, rarement agent et le plus souvent juste témoin.
Après sa chute de cheval, Brantome se réoriente. Il tente d'écrire un ultime traité d'amour courtois, où il inclue la beauté. C'est pour cela que dès le commencement de son livre il magnifie les femmes: elles sont plus vertueuses que les hommes auxquels elles donnent des leçons: "les Dames estayent courageuses, tellement que si le courage venait à manquer à leur serviteur, le leur remettaient". Il dénonce la brutalité des hommes, car la femme est délicate; il faut la respecter, car elle est précieuse;
il faut accepter de se soumettre à elle et non la diriger, car elle seule peut reconnaître le véritable homme méritant. Mais les vraies femmes, celles qui sont des Dames garanties ne sont belles qu'aux yeux des initiés, comme lui. Brantome est tellement initié, qu'il en voit partout, ou plutôt ne regarde que ça!
Mais d'où vient ce crédit des femmes? De leur beauté établie par Dieu. Ainsi Marguerite de Valois malgré ses nombreux amants, ses meurtres et trahisons, étant pour Brantome, la plus belle femme du royaume, reste pure et même divine! Et si une femme trompe son mari, c'est à cause d'une faiblesse dont elle est innocente et cela prouve surtout que son mari n'est pas à la hauteur de la situation. "Que
les cocus profitent des leçons que leurs femmes ont prises ailleurs", suggère t'il.
Brantome pourrait être présenté comme partisan de l'égalité des sexes, mais son souci est plutôt une sacralisation de La Femme, pour être reconnu par elle. Pour cela il faut qu'elle soit sans défaut dans sa beauté. Sa virulence est acide dans les descriptions féroces du chapitre " Sur le sujet qui contente le plus en amour".
Pierre de Bourdeille tente de briller par son talent oratoire; il met tout son bagout en œuvre pour prouver sa noblesse. Mais il ne croit pas suffisamment à son image pour s'en contenter; celle-ci doit être confirmée par les armes et par la Dame. Et aucun n'est au rendez-vous!
À une époque ou 1/3 des gentilshommes de la cour meurent ou sont gravement blessés en duel et un autre 1/3 à la guerre, Brantome ne connaîtra que deux blessures pathétiques: il se brûle les yeux en essayant une des armes rutilantes qu'il collectionne; il est soigné au lait de femme. Une 2ème blessure au siège de La Rochelle, due à un éclat de pierre l'atteint superficiellement à la main gauche; il se plaint de ne même pas pouvoir mettre son bras en écharpe, pour que cela se voit!
À la guerre, Brantome ne s'expose pas, il espère une gloire d'association en suivant prudemment son ami "parfaict" Stozzi. Mais il évite les risques, car après tout il n'a qu'un véritable ennemi: l'anglais! Mais voilà, il n'en a rencontré que peu et n'en a jamais combattu.
En fait Brantome est, comme Catherine de Médicis, un tenant de la réconciliation. Malgré les 8
guerres de religion, il essaie d'être copain avec tout le monde et y réussit, bien qu'il se dise catholique
et papiste. Cela lui sert lorsque Coligny, après le massacre des paysans de la Chapelle Fauchée, se
présente devant l'abbaye. Il lui ouvre "la porte des réformés" pour que l'abbaye soit épargnée et que durant les 3 jours de "picore" de la ville, il n'y ait point de meurtre.
Il lui reste les Dames.
Marguerite de Valois, comme Catherine de Médicis, apprécie Brantome qui l'amuse. Elle le manifeste dans ses Mémoires. Néanmoins elle le sait fabulateur et corrige ses propos. Lui voit en elle le modèle de La Dame accomplie.
"Je crois que toutes celles qui sont, qui seront et jamais ont esté, près la sienne sont laides...son beau visage... Fondé sur un corps de la plus belle, superbe et riche taille qui se puisse veoir accompagné d'un port et d'une si grave majesté qu'on la prendra toujours pour une Déesse du Ciel, plus que pour une Princesse de la terre"... Il précise: "je dis celles que l'on peut veoir par l'extérieur; car celle qui sont sergettes et cachées sous un linge blanc et riches parures et accoustremens, on ne peut les despeindre n'y juger, car la veue en est interdite". Pourtant, il n'est pas sans savoir que plus d'une centaine d'hommes l'ont vue et de très prés.
Brantome ne croit pas à la Beauté comme quelque chose qui existe en soi, mais comme quelque chose qui n'existe que pour l'élu. Plus celui-ci la consomme, plus elle augmente. C'est pourquoi il critique Ronsard quand celui-ci demandée à François Clouet, peintre du roi, de peindre objectivement les beautés de sa Cassandre: "Ronsard me pardonne s'il lui plaist, jamais sa maîtresse, qu'il a faite si belle, ne parviens à ceste beauté. N'y quelqu'autre dame qu'il attend veu." Mais malgré sa critique, il ne s'engage pas comme créateur de beauté dans une relation réelle. Il attend d'être reconnu par la
belle, il attend d'être coopté, au contraire du chevalier et du courtisan qui agissent pour mériter.
Pour Brantome la Beauté permet un rapport sexuel qui serait harmonieux, s'il n'y avait la question de la jouissance qui peut bousculer le tendre commerce. Il y a une double menace:
Côté femme: "elle l'exécutent à quelque prix que ce soit" pour ne pas devenir "seiches et alanguies" et perdre leur beauté. Une fois découverte, elles sont soumissent à une jouissance impérieuse,
irrésistible.
Côté homme: au lieu de consommer avec délectation la beauté, ils se précipitent, s'en emparent et en veulent toujours plus. Bref ils gâchent le jeu amoureux!
Pour Brantome, la jouissance ne se dissout pas aisément dans l'amour.
Alors que faire?
Brantome ne renonce pas, mais propose un tri: " les belles et honnêtes Dames aiment les vaillants hommes et les braves hommes aiment les Dames courageuses". Quant aux autres, " le fruit de l'amour mondain (du monde ordinaire) n'est autre chose que la jouissance" seule et non l'amour véritable.
Seule une alliance entre les âmes bien faites et les corps bien faits permet la félicité; mais c'est quand même la Dame qui accorde la satisfaction. Cette Dame, il ne la rencontre pas, sinon inaccessible. Il attend son heure. Il semble que là aussi Brantome ait peur de vraiment s'engager. À viser trop haut sa prétention échoue. Ce que Brantome n'avouer pas, c'est qu'il n'a pas eu le courage d'affronter la mort qu'il décrit à répétition à travers le décès héroïque de ses amis. À mainte reprises il exprime sa jalousie de ces "belles morts", il en est de même pour les belles alliances matrimoniales qui lui ont toutes échappées, souvent de son fait. Pour Brantome s'engager est une sorte de fin proche de la mort.
Brantome essaie de sauver la mise au moyen de l'écriture. Il s'y montre à son avantage, se flatte et se venge, s'invente des rôles qu'il n'a pas tenus, bien qu'il fut souvent en place. Il reste un témoins qui affirme "j'y étais" même quant c'est ostensiblement faux; il veut persuader et espère, sans doute y
trouver une éternité.
Le temps est passé et dame Jacquette de Montbron, veuve de son frère ainé est dans sa tour. Il se fait son serviteur zélé après qu'elle lui ait sauvé la vie et soigné 2 années au château de Bourdeilles. Il prêt à combattre pour elle, ce qui faillit arriver en 1592, comme Hamlet quand il n'a plus rien à perdre!
Brantome a-t-il échoué, a-t-il réussi?
Dans l'amour chevaleresque, la Dame présentifie la mort; non pas celle qui pétrifie la vie dans l'horreur du terme, mais celle qui en permet l'assomption par le désir engagé. Là, nul ne pénètre sans risque.
Dans l'amour courtois, c'est la communion des âmes qui défie la mort par les moments d'éternité partagés, moment de vérité de la rencontre authentique. Là, nul ne pénètre sans choix déterminé.
Pour le courtisan du 16eme siècle, la beauté est une éthique, l'esthétique, à la fois essence de la féminité et joie de Dieu qui inscrit la vie dans un au-delà de la mort, par la réalisation de la volonté de Dieu, réalisation de notre nature profonde. Là, nul ne pénètre sans rigueur.
Brantome à préparé sa mort pour mieux l'éviter: son château est son monument funéraire; il écrit son épitaphe et veille à ce que ses descendants entretiennent sa tombe. Connaissez-vous des tombes de 1614 aussi bien entretenue? Et puis que faisons-nous aujourd'hui, sinon parler de lui, encore et encore!
Brantome espère une réussite posthume. Il croit à la notoriété de son œuvre littéraire et recommande des délais de publication pour éviter la censure. Il se peut qu'elle se soit quand même exercée par la
disparition d'un de ses livres... Quant à sa théorie de l'amour et de la beauté, il ne lui a pas fait passer l'épreuve de réalité.
Néanmoins, même si ce n'était pas son objectif premier, il reste un observateur de qualité, croque des portraits et réalise quelques poèmes qui méritent d'être lus. Brantome n'est pas un acteur de l'histoire, il est un témoin. Au moment des épreuves ultimes il est enfin sincère et devient auteur. Il a compris que le Beau ne peut se démontrer puisque, comme la Liberté, comme la Vérité et comme l'Amour il ne peut se prouver, parce qu'il ne peut jamais tout se dire. Par contre, il peut être produit et apprécié, à condition de s'en donner les moyens.
vendredi 9 mai 2014
La Punition
Punition et récompense
Les animaux sont sensibles aux punitions et aux récompenses. en fonction du principe du plaisir: agréable, désagréable. Mais aucun animal ne fonctionne que selon le principe du plaisir... Neanmoins cette référence reste fondamentale pour toute éducation d'un animal domestique ou d'un être humain. C'est un mode de conditionnement.
Nous avons eu tendance à négliger la récompense pour favoriser la punition, mais la tendance actuelle est plutôt à l'inverse.
L'intervention éducative porte sur la différenciation du bien et du mal, dans un rapport de force. En principe, l'éducateur impose ce qu'il croit bien. Souvent c'est la situation qui impose de différencier le bien du mal, sous la forme du bon ou du mauvais. Par exemple, la douleur de la brûlure évite la destruction du membre.
L'éducation provient, chez les mammifères, d'apprentissages; ceux-ci résultent de la confrontation de l'individu à l'environnement, en fonction d'une lecture propre à chaque espèce, l'instinct, qui est au delà du principe du plaisir; c'est la mise en place de significations stables qui seront de plus en plus finement élaborées grâce à l'expérience. L'expérience permet la mise en place des signes qui indiquent la signification. Par exemple telle odeur indique la présence d'un aliment spécifique qui convient à un besoin; l'envol de tel oiseau indique un danger avant que le danger lui-même ne soit identifié.
Que ce soit inné ou acquis, l'animal apprend à gérer sa relation au monde en commençant par sa propre sauvegarde. Si nous regardons de plus prés, la sauvegarde qu'il défend n'est pas tant la sienne que celle de son espèce, fut-ce à son détriment individuel. Aucune notion d'amour n'est nécessaire n'en déplaise à Walt Disney, il suffit de constater l'indifférence d'une gazelle broutant à quelques mètres d'une qui se fait dévorer.
Et pour l'enfant?
Et bien c'est différent, parce que l'enfant n'a pas d'instinct, du fait de sa grande prématurité. C'est pourquoi nous constatons que le parent est beaucoup plus intervenant auprès de l'enfant que chez les autres mammifères. L'enfant n'a initialement que le principe du plaisir comme référence. Pas de référence à l'espèce, pas de grille de décryptage, pas de notion du bien ou du mal. S. Freud disait qu'il est "pervers polymorphe", ce qui a été source de beaucoup de malentendus. L'enfant est beaucoup moins équipé au départ et doit beaucoup plus importer que ses collègues mammifères.
L'enfant est conditionné et influençable. Son éducateur utilisera beaucoup plus le plaisir-déplaisir dans sa relation avec lui que le font ses congénères animaux. Les autres "poussent" plus spontanément, plus naturellement. Les êtres humains ne sont pas des animaux naturels et leur élevage est artificiel et donc plus variable qu'ailleurs.
L'enfant est un être inachevé et en cours d'évolution, ce à quoi participe les parents. Il ne se
contente pas de prélever sur l'adulte ce dont il à besoin (le lait), il se construit en inter-relation avec ses parents; il lui faut l'intervention de l'adulte pour l'aider à exister et à évoluer de façon favorable. Si le parent ne s'occupe pas de l'enfant, il meurt ou du moins n'évolue pas favorablement.
Les parents ont la charge d'organiser la relation de l'enfant au monde et influent aussi sur la relation que celui-ci aura avec lui-même, ultérieurement. Il ne s'agit pas que de survie, il y va de son existence parmis les autres, des moyens qu'il acquiert et de ce qu'il fera de sa vie.
Il ne faut pas croire que pour autant l'enfant n'est que le produit des parents. Ceux-ci indéniablement le conditionne au delà de ce qu'ils repèrent eux-même, au-delà de leur intentions; mais leur influence leur échappe, prend des formes inattendues et seront interprétées et "habitées" par l'enfant, à sa façon.
Si tout va bien,"pas de problème", mais comment savoir? Par contre quant ça va mal, on s'inquiète
plus facilement. "Pas de nouvelles, bonnes nouvelles!" Est-ce si sûr? Ce qui est habituel, c'est que
l'enfant qui dérange se "fait plus remarquer" que celui qui va bien.
De toute façon le parent doit intervenir car un enfant ne pousse pas tout seul.
L'enfant dérange, il ne peut en être autrement. Élever un enfant est un travail et l'intérêt que l'on peut y trouver est d'autant plus grand qu'on renonce à traiter cela en simple évaluation du plaisir qu'on y prend. Élever un enfant est un engagement dans le temps vis à vis de soi-même dont l'enfant est dépositaire et bénéficiaire.
L'influence de l'adulte doit être au service de l'autonomie de l'enfant. Les conditions de réalisation ne sont pas toujours agréables, c'est mieux quant c'est le cas, car le bien-être est un facteur important de réussite.
Mais parfois l'adulte doit contraindre l'enfant, car initialement l'enfant ne peut se gouverner lui-
même. Il n'obtiendra les moyens physiques et psychiques qu'au debut de l'adolescence, à la fin de laquelle il parviendra en principe, à l'autonomie sociale. L'adulte est censé avoir obtenu les moyens et l'usage de ceux-ci pour s'insérer socialement et être capable d'être satisfait de ses réalisations.
L'évolution de l'enfant dépend beaucoup des influences auxquelles il est soumis. Conscientes ou pas, les contraintes sont à priori désagréables, mais pas systématiquement. L'enfant va s'organiser et y être organisé par ces contraintes qui agissent sur la construction de son architecture psychique et physique, sur la façon dont il va habiter son corps, ses relations, comment et en quoi il va investir relations et objet.
Il est inutile de se lancer dans un débat entre l'acquis et l'inné. L'interrelation inévitable oblige l'adulte à s'adapter à l'enfant et rend tout programme général d'éducation inadéquat au cas particulier qu'est chaque enfant, dans notre société. Rares sont les bons conseils généralisables...Néanmoins nous pouvons essayer d'établir quelques orientations et des repères.
Le développement de l'enfant est de moins en moins connu par l'adulte. En effet les adultes n'ont plus l'expérience de leurs ancêtres qui vivaient dans des familles nombreuses; ceux-ci étaient en contact
très tôt avec tous les âges de la vie et chargés de responsabilités en fonction des necessités et de leurs capacités à y faire face. Actuellement les fratries se réduisent et les connaissances s'acquièrent dans
les livres, plus que par l'expérience. Les parents sont attentifs mais ignorants et chargés de préjugés non fondés par l'expérience.
Il n'est pas inutile d'apprendre quelques notions sur le développement de l'enfant, mais il faut admettre qu'un savoir-faire ne suffit pas dans cette aventure.
Aimer un enfant
Il faut aimer les enfants pour qu'ils aillent bien, pense-t-on. Nombreux sont ceux qui croient que c'est l'essentiel, voire que tout est là. Pourquoi?
L'amour est d'autant plus important pour l'enfant que son entourage est restreint. L'amour à son égard est sa meilleure garantie apparente d'être soutenu: l'amour semble la meilleure garantie de
sécurité et d'existence. La sécurité est celle de la permanence à exister, l'existence est la qualité de la place attribuée par l'entourage.
Pourtant il y a bien des façons d'aimer!
L'adulte doit savoir que le plus important est le respect: respect de l'enfant, respect des parents.
C'est le respect qui donne forme à l'existence, c'est le respect qui permet de sortir de la confusion. Le respect est fondé sur la séparation nécessaire avec autrui pour exister de façon autonome: le respect le signe et le moyen du droit à l'existence.
Nous pouvons aimer de multiple façons. L'amour à comme principal avantage de créer la sécurité d'un monde solide, apparemment immuable, dans lequel l'enfant peut se mouvoir et évoluer. Plus ce monde est instable, plus il s'y sent mal, menacé. Ses points d'appuis se sont réduits avec la réduction historique du nombre des membres de la famille, l'enfant en devient plus vulnérable.
Lorsque les relations sont ébranlées, l'enfant se défend en prenant la faute sur lui, le plus souvent.
C'est ainsi qu'un enfant peut se retrouver traumatisé d'une accusation formulée ou imaginée, qu'il ne
comprend pas, c'est à dire qu'il ne peut inscrire dans un sens.
Plus que d'aimer l'enfant, il faudrait aimer et respecter la relation avec lui. L'amour ne vaut pas tant
pour le sentiment éprouvé par l'adulte, mais pour la relation entretenue avec l'enfant.
Cette relation soutient le bien-être de l'enfant, mais aussi sa progression vers plus d'autonomie. Aimer un enfant n'est pas "s'attacher", mais l'aider à étendre ses investissements et réalisations.
La punition
La punition est un moyen de forcer l'enfant à se soumettre à des limites. Elle est censée "corriger" un comportement, un propos. La punition n'est pas un moyen éducatif, ni pour les enfants, ni pour les adultes; elle est la mise en place d'un rapport entre fort et faible.
La punition sous-entend que le puni sache qu'il transgresse. Elle n'est pas un moyen de découverte de limites, mais de confirmation de limites. La punition n'est donc pas un moyen d'apprentissage.
Plus que de punir, il faut avertir l'enfant des conséquences, ce qu'il vérifiera tôt ou tard, d'une façon ou d'une autre.
Éduquer c'est transmettre des limites et des repères. Mais il ne faut pas surestimer les capacités de compréhension de l'enfant et adapter la forme de l'information en fonction de son âge.
La répétition est souvent nécessaire au repérage qui est progressif et partiel. Il faut se méfier de l'illusion de communication propre aux familles. Elle est souvent à l'origine de malentendus et de suspicions.
Nous pouvons repérer trois modes d'intervention: L'avertissement est l'indication d'un risque, quelque soit sa nature et son origine. Il aide l'enfant à intégrer un événement en favorisant la construction d'un jugement. L'avertissement s'appuie sur une représentation réalisable par l'enfant, qui n'est compréhensible pour lui que s'il peut lier cause et conséquence.
La sanction a le but de permettre ou d'obliger l'enfant à repérer un franchissement interdit. Elle
indique un désaccord avec l'adulte ou l'environnement et introduit un déplaisir contrariant l'action de l'enfant. La sanction enseigne une valeur relationnelle à prendre en compte par l'enfant, une valeur à respecter. Elle est censée favoriser l'élaboration de l'enfant qui doit prendre en compte une référence obligatoire ignorée jusque-là et lui faire place dans son monde. La sanction est au service de l'autonomie de l'enfant.
La punition, contrairement à l'avertissement, doit être exceptionnelle. Elle ne se justifie que pour des enjeux repérés et identifiés. Elle exclue l'ignorence.
La punition confirme à l'enfant la détermination de l'adulte à imposer une valeur essentielle. C'est un prix à payer, imposé par les parents, du manque délibéré de respect à leur égard. La punition s'adresse à l'enfant qui sait qu'il a commis un acte grave par non respect de valeurs essentielles identifiées. La punition est une prise de position affirmée de l'adulte qui impose à l'enfant et contre l'enfant, le respect de valeurs que l'enfant conteste. Celle-ci doit s'accompagner d'explications certes, mais doit être comprise comme un moyen d'évaluation de la détermination du parent. C'est la réponse à une question sur l'engagement du parent par rapport à ses propres valeurs. La punition dans sa forme exige de la fermeté, pas de l'agressivité.
Les parents doivent savoir qu'elle cause ils servent, quant ils agissent et quelle forme adequoite est utile, pour que l'enfant comprenne, à fin de favoriser son autonomie progressive. Les parents ne peuvent pas être toujours approuvés par l'enfant, celui-ci n'étant pas toujours en mesure de comprendre le pourquoi ou le comment.
Il ne faut pas sous-estimer l'inévitable conditionnement et le pouvoir de suggestion. Les parents ne peuvent pas être que de bons agents exécutants une bonne éducation; ils sont forcément auteurs, c'est à dire créateurs, avec l'importante responsabilité des choix qu'ils font. C'est particulièrement vrai pour la punition qui est un forçage de l'enfant contre la prise de position de ce dernier. Il ne peut pas y
avoir absence complète d'agressivité, car la contrainte elle-même est agressive, mais l'agressivité n'est pas nécessaire dans la forme. Lorsque c'est le cas, le rique est que cette agressivité de forme déconsidère le fond de l'acte, sa raison d'être. N'oublions pas que l'agressivité manifeste la volonté de contraindre autrui, malgré son désaccord et avec un coût certain pour lui.
La punition n'est pas anodine, bien qu'elle puisse parfois le sembler à l'attitude de l'enfant qui peut sembler inappropriée. Sa référence à la justice est essentielle pour son intégration. L'enfant qui ne se sent pas en faute, ressent le parent comme injuste et mauvais, en contradiction avec la répartition du bien et du mal, qui pour lui, doit gouverner le monde. Cette répartition est radicale pour l'enfant et ne se nuance que progressivement avec la découverte de la subjectivité et des différences entre les personnes. L'enfant n'est pas tolérant, bien qu'il soit sensible.
La punition dans la société, prétend imposer le respect des valeurs de la société par les individus qui sont sensés les connaître: "nul n'est sensé ignorer la loi". Néanmoins le législateur ne considère pas que l'enfant soit responsable du pourquoi il agit et qu'il est en apprentissage du comment il doit agir. Aussi il faut être prudent dans les estimations que l'on a des capacités de l'enfant à comprendre. Celles-ci sont d'installation progressives at souvent plus lentes qu'on le croit. L'exemplarité, la répétition et la patience sont indispensables et souvent l'enfant n'assimile qu'après coup.
Avant 5/6 ans un enfant n'est pas capable d'assimiler une règle en tant que telle. La règle énoncée est attribuée à l'adulte qui est le garant de cette règle qu'il fait exister; elle est un effet de suggestion, pas d'expérience. Il n'est pas rare que l'enfant puisse adhérer à une règle inverse avec celle d'un autre adulte, si celui-ci se présente comme garant de cette règle. C'est pourquoi l'enfant se tourne volontiers vers l'adulte qui lui propose la règle la plus agréable, souvent la moins contraignante. Ce n'est pas de la manipulation, c'est de la logique.
N'oublions pas que si les confrontations sont inévitables, les récompenses obtiennent de meilleurs résultats pour acquérir une autonomie que ne le permettent les punitions!
Les animaux sont sensibles aux punitions et aux récompenses. en fonction du principe du plaisir: agréable, désagréable. Mais aucun animal ne fonctionne que selon le principe du plaisir... Neanmoins cette référence reste fondamentale pour toute éducation d'un animal domestique ou d'un être humain. C'est un mode de conditionnement.
Nous avons eu tendance à négliger la récompense pour favoriser la punition, mais la tendance actuelle est plutôt à l'inverse.
L'intervention éducative porte sur la différenciation du bien et du mal, dans un rapport de force. En principe, l'éducateur impose ce qu'il croit bien. Souvent c'est la situation qui impose de différencier le bien du mal, sous la forme du bon ou du mauvais. Par exemple, la douleur de la brûlure évite la destruction du membre.
L'éducation provient, chez les mammifères, d'apprentissages; ceux-ci résultent de la confrontation de l'individu à l'environnement, en fonction d'une lecture propre à chaque espèce, l'instinct, qui est au delà du principe du plaisir; c'est la mise en place de significations stables qui seront de plus en plus finement élaborées grâce à l'expérience. L'expérience permet la mise en place des signes qui indiquent la signification. Par exemple telle odeur indique la présence d'un aliment spécifique qui convient à un besoin; l'envol de tel oiseau indique un danger avant que le danger lui-même ne soit identifié.
Que ce soit inné ou acquis, l'animal apprend à gérer sa relation au monde en commençant par sa propre sauvegarde. Si nous regardons de plus prés, la sauvegarde qu'il défend n'est pas tant la sienne que celle de son espèce, fut-ce à son détriment individuel. Aucune notion d'amour n'est nécessaire n'en déplaise à Walt Disney, il suffit de constater l'indifférence d'une gazelle broutant à quelques mètres d'une qui se fait dévorer.
Et pour l'enfant?
Et bien c'est différent, parce que l'enfant n'a pas d'instinct, du fait de sa grande prématurité. C'est pourquoi nous constatons que le parent est beaucoup plus intervenant auprès de l'enfant que chez les autres mammifères. L'enfant n'a initialement que le principe du plaisir comme référence. Pas de référence à l'espèce, pas de grille de décryptage, pas de notion du bien ou du mal. S. Freud disait qu'il est "pervers polymorphe", ce qui a été source de beaucoup de malentendus. L'enfant est beaucoup moins équipé au départ et doit beaucoup plus importer que ses collègues mammifères.
L'enfant est conditionné et influençable. Son éducateur utilisera beaucoup plus le plaisir-déplaisir dans sa relation avec lui que le font ses congénères animaux. Les autres "poussent" plus spontanément, plus naturellement. Les êtres humains ne sont pas des animaux naturels et leur élevage est artificiel et donc plus variable qu'ailleurs.
L'enfant est un être inachevé et en cours d'évolution, ce à quoi participe les parents. Il ne se
contente pas de prélever sur l'adulte ce dont il à besoin (le lait), il se construit en inter-relation avec ses parents; il lui faut l'intervention de l'adulte pour l'aider à exister et à évoluer de façon favorable. Si le parent ne s'occupe pas de l'enfant, il meurt ou du moins n'évolue pas favorablement.
Les parents ont la charge d'organiser la relation de l'enfant au monde et influent aussi sur la relation que celui-ci aura avec lui-même, ultérieurement. Il ne s'agit pas que de survie, il y va de son existence parmis les autres, des moyens qu'il acquiert et de ce qu'il fera de sa vie.
Il ne faut pas croire que pour autant l'enfant n'est que le produit des parents. Ceux-ci indéniablement le conditionne au delà de ce qu'ils repèrent eux-même, au-delà de leur intentions; mais leur influence leur échappe, prend des formes inattendues et seront interprétées et "habitées" par l'enfant, à sa façon.
Si tout va bien,"pas de problème", mais comment savoir? Par contre quant ça va mal, on s'inquiète
plus facilement. "Pas de nouvelles, bonnes nouvelles!" Est-ce si sûr? Ce qui est habituel, c'est que
l'enfant qui dérange se "fait plus remarquer" que celui qui va bien.
De toute façon le parent doit intervenir car un enfant ne pousse pas tout seul.
L'enfant dérange, il ne peut en être autrement. Élever un enfant est un travail et l'intérêt que l'on peut y trouver est d'autant plus grand qu'on renonce à traiter cela en simple évaluation du plaisir qu'on y prend. Élever un enfant est un engagement dans le temps vis à vis de soi-même dont l'enfant est dépositaire et bénéficiaire.
L'influence de l'adulte doit être au service de l'autonomie de l'enfant. Les conditions de réalisation ne sont pas toujours agréables, c'est mieux quant c'est le cas, car le bien-être est un facteur important de réussite.
Mais parfois l'adulte doit contraindre l'enfant, car initialement l'enfant ne peut se gouverner lui-
même. Il n'obtiendra les moyens physiques et psychiques qu'au debut de l'adolescence, à la fin de laquelle il parviendra en principe, à l'autonomie sociale. L'adulte est censé avoir obtenu les moyens et l'usage de ceux-ci pour s'insérer socialement et être capable d'être satisfait de ses réalisations.
L'évolution de l'enfant dépend beaucoup des influences auxquelles il est soumis. Conscientes ou pas, les contraintes sont à priori désagréables, mais pas systématiquement. L'enfant va s'organiser et y être organisé par ces contraintes qui agissent sur la construction de son architecture psychique et physique, sur la façon dont il va habiter son corps, ses relations, comment et en quoi il va investir relations et objet.
Il est inutile de se lancer dans un débat entre l'acquis et l'inné. L'interrelation inévitable oblige l'adulte à s'adapter à l'enfant et rend tout programme général d'éducation inadéquat au cas particulier qu'est chaque enfant, dans notre société. Rares sont les bons conseils généralisables...Néanmoins nous pouvons essayer d'établir quelques orientations et des repères.
Le développement de l'enfant est de moins en moins connu par l'adulte. En effet les adultes n'ont plus l'expérience de leurs ancêtres qui vivaient dans des familles nombreuses; ceux-ci étaient en contact
très tôt avec tous les âges de la vie et chargés de responsabilités en fonction des necessités et de leurs capacités à y faire face. Actuellement les fratries se réduisent et les connaissances s'acquièrent dans
les livres, plus que par l'expérience. Les parents sont attentifs mais ignorants et chargés de préjugés non fondés par l'expérience.
Il n'est pas inutile d'apprendre quelques notions sur le développement de l'enfant, mais il faut admettre qu'un savoir-faire ne suffit pas dans cette aventure.
Aimer un enfant
Il faut aimer les enfants pour qu'ils aillent bien, pense-t-on. Nombreux sont ceux qui croient que c'est l'essentiel, voire que tout est là. Pourquoi?
L'amour est d'autant plus important pour l'enfant que son entourage est restreint. L'amour à son égard est sa meilleure garantie apparente d'être soutenu: l'amour semble la meilleure garantie de
sécurité et d'existence. La sécurité est celle de la permanence à exister, l'existence est la qualité de la place attribuée par l'entourage.
Pourtant il y a bien des façons d'aimer!
L'adulte doit savoir que le plus important est le respect: respect de l'enfant, respect des parents.
C'est le respect qui donne forme à l'existence, c'est le respect qui permet de sortir de la confusion. Le respect est fondé sur la séparation nécessaire avec autrui pour exister de façon autonome: le respect le signe et le moyen du droit à l'existence.
Nous pouvons aimer de multiple façons. L'amour à comme principal avantage de créer la sécurité d'un monde solide, apparemment immuable, dans lequel l'enfant peut se mouvoir et évoluer. Plus ce monde est instable, plus il s'y sent mal, menacé. Ses points d'appuis se sont réduits avec la réduction historique du nombre des membres de la famille, l'enfant en devient plus vulnérable.
Lorsque les relations sont ébranlées, l'enfant se défend en prenant la faute sur lui, le plus souvent.
C'est ainsi qu'un enfant peut se retrouver traumatisé d'une accusation formulée ou imaginée, qu'il ne
comprend pas, c'est à dire qu'il ne peut inscrire dans un sens.
Plus que d'aimer l'enfant, il faudrait aimer et respecter la relation avec lui. L'amour ne vaut pas tant
pour le sentiment éprouvé par l'adulte, mais pour la relation entretenue avec l'enfant.
Cette relation soutient le bien-être de l'enfant, mais aussi sa progression vers plus d'autonomie. Aimer un enfant n'est pas "s'attacher", mais l'aider à étendre ses investissements et réalisations.
La punition
La punition est un moyen de forcer l'enfant à se soumettre à des limites. Elle est censée "corriger" un comportement, un propos. La punition n'est pas un moyen éducatif, ni pour les enfants, ni pour les adultes; elle est la mise en place d'un rapport entre fort et faible.
La punition sous-entend que le puni sache qu'il transgresse. Elle n'est pas un moyen de découverte de limites, mais de confirmation de limites. La punition n'est donc pas un moyen d'apprentissage.
Plus que de punir, il faut avertir l'enfant des conséquences, ce qu'il vérifiera tôt ou tard, d'une façon ou d'une autre.
Éduquer c'est transmettre des limites et des repères. Mais il ne faut pas surestimer les capacités de compréhension de l'enfant et adapter la forme de l'information en fonction de son âge.
La répétition est souvent nécessaire au repérage qui est progressif et partiel. Il faut se méfier de l'illusion de communication propre aux familles. Elle est souvent à l'origine de malentendus et de suspicions.
Nous pouvons repérer trois modes d'intervention: L'avertissement est l'indication d'un risque, quelque soit sa nature et son origine. Il aide l'enfant à intégrer un événement en favorisant la construction d'un jugement. L'avertissement s'appuie sur une représentation réalisable par l'enfant, qui n'est compréhensible pour lui que s'il peut lier cause et conséquence.
La sanction a le but de permettre ou d'obliger l'enfant à repérer un franchissement interdit. Elle
indique un désaccord avec l'adulte ou l'environnement et introduit un déplaisir contrariant l'action de l'enfant. La sanction enseigne une valeur relationnelle à prendre en compte par l'enfant, une valeur à respecter. Elle est censée favoriser l'élaboration de l'enfant qui doit prendre en compte une référence obligatoire ignorée jusque-là et lui faire place dans son monde. La sanction est au service de l'autonomie de l'enfant.
La punition, contrairement à l'avertissement, doit être exceptionnelle. Elle ne se justifie que pour des enjeux repérés et identifiés. Elle exclue l'ignorence.
La punition confirme à l'enfant la détermination de l'adulte à imposer une valeur essentielle. C'est un prix à payer, imposé par les parents, du manque délibéré de respect à leur égard. La punition s'adresse à l'enfant qui sait qu'il a commis un acte grave par non respect de valeurs essentielles identifiées. La punition est une prise de position affirmée de l'adulte qui impose à l'enfant et contre l'enfant, le respect de valeurs que l'enfant conteste. Celle-ci doit s'accompagner d'explications certes, mais doit être comprise comme un moyen d'évaluation de la détermination du parent. C'est la réponse à une question sur l'engagement du parent par rapport à ses propres valeurs. La punition dans sa forme exige de la fermeté, pas de l'agressivité.
Les parents doivent savoir qu'elle cause ils servent, quant ils agissent et quelle forme adequoite est utile, pour que l'enfant comprenne, à fin de favoriser son autonomie progressive. Les parents ne peuvent pas être toujours approuvés par l'enfant, celui-ci n'étant pas toujours en mesure de comprendre le pourquoi ou le comment.
Il ne faut pas sous-estimer l'inévitable conditionnement et le pouvoir de suggestion. Les parents ne peuvent pas être que de bons agents exécutants une bonne éducation; ils sont forcément auteurs, c'est à dire créateurs, avec l'importante responsabilité des choix qu'ils font. C'est particulièrement vrai pour la punition qui est un forçage de l'enfant contre la prise de position de ce dernier. Il ne peut pas y
avoir absence complète d'agressivité, car la contrainte elle-même est agressive, mais l'agressivité n'est pas nécessaire dans la forme. Lorsque c'est le cas, le rique est que cette agressivité de forme déconsidère le fond de l'acte, sa raison d'être. N'oublions pas que l'agressivité manifeste la volonté de contraindre autrui, malgré son désaccord et avec un coût certain pour lui.
La punition n'est pas anodine, bien qu'elle puisse parfois le sembler à l'attitude de l'enfant qui peut sembler inappropriée. Sa référence à la justice est essentielle pour son intégration. L'enfant qui ne se sent pas en faute, ressent le parent comme injuste et mauvais, en contradiction avec la répartition du bien et du mal, qui pour lui, doit gouverner le monde. Cette répartition est radicale pour l'enfant et ne se nuance que progressivement avec la découverte de la subjectivité et des différences entre les personnes. L'enfant n'est pas tolérant, bien qu'il soit sensible.
La punition dans la société, prétend imposer le respect des valeurs de la société par les individus qui sont sensés les connaître: "nul n'est sensé ignorer la loi". Néanmoins le législateur ne considère pas que l'enfant soit responsable du pourquoi il agit et qu'il est en apprentissage du comment il doit agir. Aussi il faut être prudent dans les estimations que l'on a des capacités de l'enfant à comprendre. Celles-ci sont d'installation progressives at souvent plus lentes qu'on le croit. L'exemplarité, la répétition et la patience sont indispensables et souvent l'enfant n'assimile qu'après coup.
Avant 5/6 ans un enfant n'est pas capable d'assimiler une règle en tant que telle. La règle énoncée est attribuée à l'adulte qui est le garant de cette règle qu'il fait exister; elle est un effet de suggestion, pas d'expérience. Il n'est pas rare que l'enfant puisse adhérer à une règle inverse avec celle d'un autre adulte, si celui-ci se présente comme garant de cette règle. C'est pourquoi l'enfant se tourne volontiers vers l'adulte qui lui propose la règle la plus agréable, souvent la moins contraignante. Ce n'est pas de la manipulation, c'est de la logique.
N'oublions pas que si les confrontations sont inévitables, les récompenses obtiennent de meilleurs résultats pour acquérir une autonomie que ne le permettent les punitions!
samedi 5 avril 2014
L'école. (de/pour/avec les enfants)
Enseignant/enseigné
L'école, depuis Socrate est la transmission d'un savoir, par quelqu'un le maîtrisant à quelqu'un d'autre. Ainsi l'accent à surtout sur les qualités de l'enseignant: son savoir en propre et ses compétences pédagogiques. Cette approche met l'élève dans un situation de passivité. Pourtant nous gagnerions à interroger sa place et son rôle, d'autant plus que, malgré les efforts louables des enseignants, ils parviennent de moins en moins à intéresser les élèves.
Il y a 100 ans les élèves arrivaient à acquérir plus facilement le savoir proposé, avec beaucoup moins d'heures de cours. Bien sûr, de nombreuses études sociologiques mettent en avant la question de l'origine sociale, mais alors pourquoi, alors que quasiment tous les enfants de ce pays sont scolarisés avec des moyens jamais atteints jusque là, les meilleurs élèves proviennent des familles "favorisées" ou des professions en lien avec l'enseignement. Les réponses à la Bourdieu sur l'autorégulation des dominants n'est pas sans intérêt, mais ne saurait expliquer l'échec des politiques égalitaristes mises en place.
Les accusations à propos des programmes ne sont pas sans intérêt, mais les nombreuses réformes n'ont pas changé grand chose.
L'accusation des niveaux visés et évaluations ne sont que la preuve de résultats en baisse, même si ceux-ci participent au "stress", c'est à dire à un mélange de peurs et d'angoisse de tous.
D'abord une particularité française que seuls les étrangers semblent remarquer: la place du savoir.
En France on a toujours préféré les têtes bien pleines aux têtes bien faites. C'est plus facile à repérer et à évaluer. Mais n'oublions pas que nous sommes héritiers des philosophes des lumières. Ils avaient la naïveté de croire qu'en ouvrant une école nous fermerions une prison! Nous sommes le seul pays où pour renforcer cette croyance, nous avons transformé l'instruction publique en éducation nationale. Pourtant personne ne croit qu'un riche soit meilleur qu'un pauvre, fut-il riche d'un savoir.
Mauvaise nouvelle: le savoir ne rend pas meilleur.
Qu'est le savoir?
D'une façon simpliste, nous pouvons dire que le savoir est un instrument d'adaptation. De même qu'il y a des instruments, il y a des savoirs. Or, nous pouvons remarquer qu'un instrument agit sur celui qui s'en sert: c'est en forgeant qu'on devient forgeron; de même si vous apprenez la guitare, cela modifie votre écoute de la musique, peut-être même votre écoute en générale. Ainsi, dans bien des dédales de la culture actuelle, on ne peut apprécier certaines choses sans l'acquisition d'un savoir spécifique.
En France, le savoir est idéalisé: il ne peut procurer ce qu'on lui attribue.
En France le savoir est "phallicisé": il est utiliser à faire croire à la possession d'un attribut valorisant, en misant sur l'ignorance de celui qui ne l'a pas; c'est un des fondements de l'université. L'expérience nous démontre que passer par l'université ne fait pas des candidats, de meilleurs citoyens, mais des citoyens plus habiles. D'ailleurs cet échec va conduire ces lieux à devenir
progressivement, malgré les protestations des intellectuels, des centres de formation professionnel, qui à défaut des former de bons citoyens, vont s'exercer à former de bons professionnels.
Effets du savoir:
Donc le savoir est un instrument qui agit sur celui qui s'en sert. Or l'animal humain est un animal en
développement et en réorganisation physique et psychique tout au long de l'enfance; ceci va avoir comme conséquence que les différentes formes de savoir auquel l'enfant est confronté va avoir un effet sur son développement psychique. En effet l'enfant est apte à certaines formes de savoir à certains âges, qui d'être mis en place, réorganisent son psychisme et y introduit de nouvelles capacités qui peuvent lui être utiles immédiatement, mais surtout plus tard.
Si, comme le dit Bourdieu "toute pédagogie est une violence symbolique", on peut constater que celle-ci est indispensable au développement de l'enfant et l'adulte doit accepter d'en assumer la
responsabilité.
Donc la confrontation au savoir est utile pour l'acquisitions des capacités intellectuelles qui ne
font pas que développer l'intelligence, ou reluire l'image de soi, mais orientent aussi la considération du monde, de lui-même et ses modes d'existence...
Savoir et pouvoir
Le savoir est un instrument de pouvoir; pas seulement parce qu'il donne une supériorité narcissique sur autrui, mais parce qu'il vous donne accès à des formes de jouissance. C'est là dessus que l'enfant mise pour l'avenir. Il croit qu'à apprendre il va devenir grand! Évidemment il ne faut pas l'en dissuader; il reconsidérera cette croyance à l'adolescence... si tout va bien.
Le moteur n'est pas le savoir mais la curiosité. Cette curiosité à comme fondement la question de
l'origine; bien sûr la sienne propre, mais par extension tout ce qui peut servir de support à ce "pourquoi". L'enfant ne sait pas ce qu'il cherche, mais si on le décourage pas, il cherche et cherche encore. La difficulté est de donner forme à cette recherche. L'adulte à à charge de nourrir cette
recherche par des proposition séduisantes, c'est à dire qui vont permettre un plaisir d'aboutissement.
Ainsi l'enfant s'outille de plus en plus et l'adulte à à veiller à ce qu'il devienne de plus en plus autonome, c'est à dire à favoriser ses possibilités d'entreprendre dans un cadre sécure.
Savoirs et explication
Enfin beaucoup croient que "ce qui se conçoit bien s'énonce clairement"! La stupidité de cet adage à fait bien des malheurs. Cette erreur si souvent constaté, à conduit à bien des malheurs. Pourtant combien souvent cette croyance est démentie: pouvez-vous expliquer pourquoi vous êtes tombé
amoureux et pourquoi vous persistez malgré le coût? Combien de choix d'engagements relèvent d'une autre logique que celle de l'explication rationnelle!
Cette bêtise occidentale s'est construite sur la croyance à la toute-puissance de l'esprit, ou plus exactement de la pensée et sur la confusion entre explication et compréhension; mais c'est aussi ainsi que nous avons inventé la science. Néanmoins, sur le plan pédagogique, celui qui apprend simultanément à l'enfant est souvent meilleur pédagogue que celui qui veut nourrir l'élève de son savoir.
En fait ce qui est important c'est que l'élève croit que le maître maîtrise le savoir et que le professeur jouisse de ce savoir et peut l'aider à parvenir à cette jouissance nouvelle pour lui. L'enfant croit à la maîtrise du savoir et l'adolescent espère accéder à la jouissance du savoir; la conséquence est que l'enfant ingurgite n'importe quel savoir, là où l'adolescent sélectionne
les formes de savoir: l'un se "nourrit" à la cantine et l'autre au restaurant.
L'explication n'est que la mise en forme, la ré-présentation d'un savoir transmissible, celui qui peut s'apprendre, pas celui qui peut se comprendre qui nécessite une implication, voire une expérimentation pour que ce savoir soit subjectivé.
Les formes du savoir:
Nous pouvons considérer sommairement qu'il existe deux formes principales de savoir: celui qui est à apprendre et celui qui est à comprendre.
Le savoir à apprendre est un savoir qui est importé.
Le savoir à comprendre entraîne une subjectivation, une assimilation.
Le savoir qui s'apprend est une extension du savoir.
Le savoir qui se comprend entraîne une mobilisation qui modifie notre relation au monde et parfois notre relation à nous même.
Le savoir qui se comprend nous touche dans notre identité même, qu'il peut mettre à l'épreuve.
Le savoir qui s'apprend renforce notre identité existante.
Ainsi de découvrir que le père Noël n'existe pas n'est pas qu'une simple information pour l'enfant, mais modifie sa relation au monde. D'apprendre les tables de multiplication n'ont pas cette conséquence.
En fait ce que nous avons à comprendre nous oblige à une remise en question de notre relation au monde; par exemple lorsque vous apprenez à faire du vélo, vous devez apprendre: en effet vous
n'inventez pas ni la bicyclette ni comment en faire; mais il ne suffit pas qu'on vous l'explique, il va falloir aussi comprendre, c'est à dire intégrer davantage que sur vos seuls deux pieds, la loi de la gravitation universelle, puisque votre surface portante devient plus réduite et plus étroite.
C'est l'occasion de constater qu'on ne peut comprendre que ce qu'on admet et que comprendre, c'est se soumettre à quelque chose de réel. La compréhension nécessite la soumission! Alors que d'apprendre donne l'impression de pouvoir soumettre les éléments à sa volonté!
À quoi abouti cette quête?
Bien plus tard, si ça va bien, adulte, il découvre que ça abouti à rien, puisque c'est sans fin. Ça ne veut pas dire que ça sert à rien et que c'est sans finalité. En effet le savoir n'abouti à rien en dehors d'un usage le plus souvent réduit, mais cette croyance initiale va permettre de modifier l'espoir initial et entraîner de différencier le résultat et le but.
La finalité est moins l'usage du savoir que son acquisition: "ça m'intéresse!" Le "ça" est indéterminé, indéfini, sinon par un support. Il ne s'agit plus d'acquérir un capital mais d'effectuer un trajet, accomplir un geste: la jouissance est d'être beaucoup plus que d'avoir, elle est plus dans l'accomplissement que dans le résultat. Mais l'enfant n'en est pas capable et pour exister, à besoin de croire en l'avenir en l'importance de la réussite.
L'enseignement en France
En France, on sait! Cela étonne les étrangers: les français ont horreur de ne pas savoir et quant ils l'avouent cela signifie souvent que c'est un sujet sans intérêt.
Pourtant ces étrangers plus modestes ont compris que l'important dans la pédagogie est de penser et pas de savoir. Lorsqu'on a plaisir à penser, on enrichit sa pensée d'un savoir.
En France on accumulent de magnifiques outils complexes avant de savoir à quoi ils vont servir; il en résulte que le soutient à l'investissement est principalement la croyance, initialement sans aucune ébauche d'usage, avec un plaisir de l'usage reporté à plus tard. C'est le résultat qui compte, ce qui pourrait s'appuyer sur l'intérêt du résultat; mais voilà, les jeunes le croient de moins en moins! Il semble que nos jeunes éprouvent de moins en moins d'intérêt pour l'école, ce qui n'est pas vrai dans d'autres pays d'Europe; ce n'est pas tant l'intérêt de ce qui est enseigné, que les méthodes d'enseignement qui provoquent ces désaffections. Le support est plus ou moins séduisant certes, mais la passivité imposée aux élèves les dégoûtent.
Revenons à Socrate. Il y a un grave malentendu: Socrate ne valorisait le savoir que parce qu'il croyait que c'est ce qui pouvait conduir à être un "honnête homme". Il a poussé cette croyance jusqu'à la
mort, croyant à une équivalence entre savoir et être: devoir être ce que je sais comme incarnation de la vérité; équivalence entre savoir et vérité.
L'artiste nous montre l'erreur de Socrate. D'ailleurs Socrate ne les aimait pas. L'artiste à besoin de l'autre pour rester dans le geste créatif, en effet, l'amateur le débarrasse du produit auquel l'artiste ne doit pas s'identifier. Constatez la pauvreté de l'artiste quant il parle de son œuvre; de toute évidence il en sait rien ou pas grand chose: il témoigne plus qu'il ne démontre. Cela ne veut pas dire qu'il comprend rien, cela veut dire que son savoir est plus en lien avec son créateur qu'avec le produit qui lui, se loge dans l'esprit de l'amateur à travers ses sens. L'auteur n'est pas l'agent exécutant du savoir, il se sert du savoir pour s'exprimer et se réaliser grâce à son acte.
L'enfant est pauvre, incomplet, prématuré; il faut aider l'enfant à acquérir des moyens
d'expression et de réalisation pour jouir de la vie d'une façon satisfaisante ... quant il en aura les moyens. Il n'est pas un génie, pas particulièrement doué mais à priori intéressé à le devenir. L'enfant n'est pas un artiste, il découvrira l'importance de l'acte à l'adolescence, pour l'instant il est plutôt un agent étayé de solides croyances en des lendemains prometteurs. L'enfant est en devenir, c'est pourquoi il invente l'avenir comme moment d'aboutissement.
Donc l'école doit miser sur le développement de la pensée, favoriser les explorations de l'enfant, l'aidant à acquérir les outils physiques et psychiques utiles à son autonomie sociale.
L'adolescence
À l'adolescence un changement se produit: l'ado accorde de moins en moins de croyance au Savoir et veut agir. Après la question de la construction d'une place et d'une image de soi, il veut agir et c'est la question de l'acte.
Le passage à l'acte n'est que la maladresse de la mise en place de la réalisation par l'acte. L'adolescent a ses croyances attaquées par les épreuves de réalité, mais aussi par le réveil pulsionnel. Il était jusque là occupé à construire une place agréable si possible et pleines de promesses, si tout allait bien. Les épreuves de réalité malmenaient plus ou moins ses croyances en l'avenir, mais le réveille pulsionnel va introduire une nouvelle référence: non seulement il lui faut tenir compte des autres et du monde, mais il lui faut tenir compte aussi de ce qu'il veut en tant qu'homme ou en tant que femme. Le savoir, la curiosité et même la pensée vont devoir fonctionner autrement.
Le savoir est moins élément d'un monde de représentation et plus moyen d'agir. L'adolescent est initialement intéressé par le savoir faire, d'autant plus qu'il a plus de mal à se concentrer. C'est une période d'affirmation, de conviction et de doute par rapport à une identité ébranlée.
L'enfant se réalise par la relation à l'autre qui lui donne une place, l'adolescent ne peut s'en contenter et introduit la question de l'acte en tant qu'auteur.
Le savoir est moins idéalisé et est ramené à être un moyen d'agir et non plus un moyen d'obtenir. C'est pourquoi au lieu de proposer un collège unique obsédé d'égalité, nous ferions mieux de proposer des formations concrètes à ceux qui en ont besoin. En Suisse il y a beaucoup plus d'apprentis qu'en France et beaucoup moins de chômage des jeunes. Cela n'est pas simplement parce que les suisses ont fait de leur jeunesse une jeunesse servile au service des entreprises, mais c'est parce qu'ils ont mis au service des possibilités d'investissements réalistes qui permettent aux jeunes de ne pas décrocher. Cela n'empêche pas celui qui est disponible de revenir ensuit vers des investissements plus abstraits ou spécifiques. Leur pourcentage d'étudiants, d'ingénieurs ou de juriste est supérieur à celui de la France.
L'école, depuis Socrate est la transmission d'un savoir, par quelqu'un le maîtrisant à quelqu'un d'autre. Ainsi l'accent à surtout sur les qualités de l'enseignant: son savoir en propre et ses compétences pédagogiques. Cette approche met l'élève dans un situation de passivité. Pourtant nous gagnerions à interroger sa place et son rôle, d'autant plus que, malgré les efforts louables des enseignants, ils parviennent de moins en moins à intéresser les élèves.
Il y a 100 ans les élèves arrivaient à acquérir plus facilement le savoir proposé, avec beaucoup moins d'heures de cours. Bien sûr, de nombreuses études sociologiques mettent en avant la question de l'origine sociale, mais alors pourquoi, alors que quasiment tous les enfants de ce pays sont scolarisés avec des moyens jamais atteints jusque là, les meilleurs élèves proviennent des familles "favorisées" ou des professions en lien avec l'enseignement. Les réponses à la Bourdieu sur l'autorégulation des dominants n'est pas sans intérêt, mais ne saurait expliquer l'échec des politiques égalitaristes mises en place.
Les accusations à propos des programmes ne sont pas sans intérêt, mais les nombreuses réformes n'ont pas changé grand chose.
L'accusation des niveaux visés et évaluations ne sont que la preuve de résultats en baisse, même si ceux-ci participent au "stress", c'est à dire à un mélange de peurs et d'angoisse de tous.
D'abord une particularité française que seuls les étrangers semblent remarquer: la place du savoir.
En France on a toujours préféré les têtes bien pleines aux têtes bien faites. C'est plus facile à repérer et à évaluer. Mais n'oublions pas que nous sommes héritiers des philosophes des lumières. Ils avaient la naïveté de croire qu'en ouvrant une école nous fermerions une prison! Nous sommes le seul pays où pour renforcer cette croyance, nous avons transformé l'instruction publique en éducation nationale. Pourtant personne ne croit qu'un riche soit meilleur qu'un pauvre, fut-il riche d'un savoir.
Mauvaise nouvelle: le savoir ne rend pas meilleur.
Qu'est le savoir?
D'une façon simpliste, nous pouvons dire que le savoir est un instrument d'adaptation. De même qu'il y a des instruments, il y a des savoirs. Or, nous pouvons remarquer qu'un instrument agit sur celui qui s'en sert: c'est en forgeant qu'on devient forgeron; de même si vous apprenez la guitare, cela modifie votre écoute de la musique, peut-être même votre écoute en générale. Ainsi, dans bien des dédales de la culture actuelle, on ne peut apprécier certaines choses sans l'acquisition d'un savoir spécifique.
En France, le savoir est idéalisé: il ne peut procurer ce qu'on lui attribue.
En France le savoir est "phallicisé": il est utiliser à faire croire à la possession d'un attribut valorisant, en misant sur l'ignorance de celui qui ne l'a pas; c'est un des fondements de l'université. L'expérience nous démontre que passer par l'université ne fait pas des candidats, de meilleurs citoyens, mais des citoyens plus habiles. D'ailleurs cet échec va conduire ces lieux à devenir
progressivement, malgré les protestations des intellectuels, des centres de formation professionnel, qui à défaut des former de bons citoyens, vont s'exercer à former de bons professionnels.
Effets du savoir:
Donc le savoir est un instrument qui agit sur celui qui s'en sert. Or l'animal humain est un animal en
développement et en réorganisation physique et psychique tout au long de l'enfance; ceci va avoir comme conséquence que les différentes formes de savoir auquel l'enfant est confronté va avoir un effet sur son développement psychique. En effet l'enfant est apte à certaines formes de savoir à certains âges, qui d'être mis en place, réorganisent son psychisme et y introduit de nouvelles capacités qui peuvent lui être utiles immédiatement, mais surtout plus tard.
Si, comme le dit Bourdieu "toute pédagogie est une violence symbolique", on peut constater que celle-ci est indispensable au développement de l'enfant et l'adulte doit accepter d'en assumer la
responsabilité.
Donc la confrontation au savoir est utile pour l'acquisitions des capacités intellectuelles qui ne
font pas que développer l'intelligence, ou reluire l'image de soi, mais orientent aussi la considération du monde, de lui-même et ses modes d'existence...
Savoir et pouvoir
Le savoir est un instrument de pouvoir; pas seulement parce qu'il donne une supériorité narcissique sur autrui, mais parce qu'il vous donne accès à des formes de jouissance. C'est là dessus que l'enfant mise pour l'avenir. Il croit qu'à apprendre il va devenir grand! Évidemment il ne faut pas l'en dissuader; il reconsidérera cette croyance à l'adolescence... si tout va bien.
Le moteur n'est pas le savoir mais la curiosité. Cette curiosité à comme fondement la question de
l'origine; bien sûr la sienne propre, mais par extension tout ce qui peut servir de support à ce "pourquoi". L'enfant ne sait pas ce qu'il cherche, mais si on le décourage pas, il cherche et cherche encore. La difficulté est de donner forme à cette recherche. L'adulte à à charge de nourrir cette
recherche par des proposition séduisantes, c'est à dire qui vont permettre un plaisir d'aboutissement.
Ainsi l'enfant s'outille de plus en plus et l'adulte à à veiller à ce qu'il devienne de plus en plus autonome, c'est à dire à favoriser ses possibilités d'entreprendre dans un cadre sécure.
Savoirs et explication
Enfin beaucoup croient que "ce qui se conçoit bien s'énonce clairement"! La stupidité de cet adage à fait bien des malheurs. Cette erreur si souvent constaté, à conduit à bien des malheurs. Pourtant combien souvent cette croyance est démentie: pouvez-vous expliquer pourquoi vous êtes tombé
amoureux et pourquoi vous persistez malgré le coût? Combien de choix d'engagements relèvent d'une autre logique que celle de l'explication rationnelle!
Cette bêtise occidentale s'est construite sur la croyance à la toute-puissance de l'esprit, ou plus exactement de la pensée et sur la confusion entre explication et compréhension; mais c'est aussi ainsi que nous avons inventé la science. Néanmoins, sur le plan pédagogique, celui qui apprend simultanément à l'enfant est souvent meilleur pédagogue que celui qui veut nourrir l'élève de son savoir.
En fait ce qui est important c'est que l'élève croit que le maître maîtrise le savoir et que le professeur jouisse de ce savoir et peut l'aider à parvenir à cette jouissance nouvelle pour lui. L'enfant croit à la maîtrise du savoir et l'adolescent espère accéder à la jouissance du savoir; la conséquence est que l'enfant ingurgite n'importe quel savoir, là où l'adolescent sélectionne
les formes de savoir: l'un se "nourrit" à la cantine et l'autre au restaurant.
L'explication n'est que la mise en forme, la ré-présentation d'un savoir transmissible, celui qui peut s'apprendre, pas celui qui peut se comprendre qui nécessite une implication, voire une expérimentation pour que ce savoir soit subjectivé.
Les formes du savoir:
Nous pouvons considérer sommairement qu'il existe deux formes principales de savoir: celui qui est à apprendre et celui qui est à comprendre.
Le savoir à apprendre est un savoir qui est importé.
Le savoir à comprendre entraîne une subjectivation, une assimilation.
Le savoir qui s'apprend est une extension du savoir.
Le savoir qui se comprend entraîne une mobilisation qui modifie notre relation au monde et parfois notre relation à nous même.
Le savoir qui se comprend nous touche dans notre identité même, qu'il peut mettre à l'épreuve.
Le savoir qui s'apprend renforce notre identité existante.
Ainsi de découvrir que le père Noël n'existe pas n'est pas qu'une simple information pour l'enfant, mais modifie sa relation au monde. D'apprendre les tables de multiplication n'ont pas cette conséquence.
En fait ce que nous avons à comprendre nous oblige à une remise en question de notre relation au monde; par exemple lorsque vous apprenez à faire du vélo, vous devez apprendre: en effet vous
n'inventez pas ni la bicyclette ni comment en faire; mais il ne suffit pas qu'on vous l'explique, il va falloir aussi comprendre, c'est à dire intégrer davantage que sur vos seuls deux pieds, la loi de la gravitation universelle, puisque votre surface portante devient plus réduite et plus étroite.
C'est l'occasion de constater qu'on ne peut comprendre que ce qu'on admet et que comprendre, c'est se soumettre à quelque chose de réel. La compréhension nécessite la soumission! Alors que d'apprendre donne l'impression de pouvoir soumettre les éléments à sa volonté!
À quoi abouti cette quête?
Bien plus tard, si ça va bien, adulte, il découvre que ça abouti à rien, puisque c'est sans fin. Ça ne veut pas dire que ça sert à rien et que c'est sans finalité. En effet le savoir n'abouti à rien en dehors d'un usage le plus souvent réduit, mais cette croyance initiale va permettre de modifier l'espoir initial et entraîner de différencier le résultat et le but.
La finalité est moins l'usage du savoir que son acquisition: "ça m'intéresse!" Le "ça" est indéterminé, indéfini, sinon par un support. Il ne s'agit plus d'acquérir un capital mais d'effectuer un trajet, accomplir un geste: la jouissance est d'être beaucoup plus que d'avoir, elle est plus dans l'accomplissement que dans le résultat. Mais l'enfant n'en est pas capable et pour exister, à besoin de croire en l'avenir en l'importance de la réussite.
L'enseignement en France
En France, on sait! Cela étonne les étrangers: les français ont horreur de ne pas savoir et quant ils l'avouent cela signifie souvent que c'est un sujet sans intérêt.
Pourtant ces étrangers plus modestes ont compris que l'important dans la pédagogie est de penser et pas de savoir. Lorsqu'on a plaisir à penser, on enrichit sa pensée d'un savoir.
En France on accumulent de magnifiques outils complexes avant de savoir à quoi ils vont servir; il en résulte que le soutient à l'investissement est principalement la croyance, initialement sans aucune ébauche d'usage, avec un plaisir de l'usage reporté à plus tard. C'est le résultat qui compte, ce qui pourrait s'appuyer sur l'intérêt du résultat; mais voilà, les jeunes le croient de moins en moins! Il semble que nos jeunes éprouvent de moins en moins d'intérêt pour l'école, ce qui n'est pas vrai dans d'autres pays d'Europe; ce n'est pas tant l'intérêt de ce qui est enseigné, que les méthodes d'enseignement qui provoquent ces désaffections. Le support est plus ou moins séduisant certes, mais la passivité imposée aux élèves les dégoûtent.
Revenons à Socrate. Il y a un grave malentendu: Socrate ne valorisait le savoir que parce qu'il croyait que c'est ce qui pouvait conduir à être un "honnête homme". Il a poussé cette croyance jusqu'à la
mort, croyant à une équivalence entre savoir et être: devoir être ce que je sais comme incarnation de la vérité; équivalence entre savoir et vérité.
L'artiste nous montre l'erreur de Socrate. D'ailleurs Socrate ne les aimait pas. L'artiste à besoin de l'autre pour rester dans le geste créatif, en effet, l'amateur le débarrasse du produit auquel l'artiste ne doit pas s'identifier. Constatez la pauvreté de l'artiste quant il parle de son œuvre; de toute évidence il en sait rien ou pas grand chose: il témoigne plus qu'il ne démontre. Cela ne veut pas dire qu'il comprend rien, cela veut dire que son savoir est plus en lien avec son créateur qu'avec le produit qui lui, se loge dans l'esprit de l'amateur à travers ses sens. L'auteur n'est pas l'agent exécutant du savoir, il se sert du savoir pour s'exprimer et se réaliser grâce à son acte.
L'enfant est pauvre, incomplet, prématuré; il faut aider l'enfant à acquérir des moyens
d'expression et de réalisation pour jouir de la vie d'une façon satisfaisante ... quant il en aura les moyens. Il n'est pas un génie, pas particulièrement doué mais à priori intéressé à le devenir. L'enfant n'est pas un artiste, il découvrira l'importance de l'acte à l'adolescence, pour l'instant il est plutôt un agent étayé de solides croyances en des lendemains prometteurs. L'enfant est en devenir, c'est pourquoi il invente l'avenir comme moment d'aboutissement.
Donc l'école doit miser sur le développement de la pensée, favoriser les explorations de l'enfant, l'aidant à acquérir les outils physiques et psychiques utiles à son autonomie sociale.
L'adolescence
À l'adolescence un changement se produit: l'ado accorde de moins en moins de croyance au Savoir et veut agir. Après la question de la construction d'une place et d'une image de soi, il veut agir et c'est la question de l'acte.
Le passage à l'acte n'est que la maladresse de la mise en place de la réalisation par l'acte. L'adolescent a ses croyances attaquées par les épreuves de réalité, mais aussi par le réveil pulsionnel. Il était jusque là occupé à construire une place agréable si possible et pleines de promesses, si tout allait bien. Les épreuves de réalité malmenaient plus ou moins ses croyances en l'avenir, mais le réveille pulsionnel va introduire une nouvelle référence: non seulement il lui faut tenir compte des autres et du monde, mais il lui faut tenir compte aussi de ce qu'il veut en tant qu'homme ou en tant que femme. Le savoir, la curiosité et même la pensée vont devoir fonctionner autrement.
Le savoir est moins élément d'un monde de représentation et plus moyen d'agir. L'adolescent est initialement intéressé par le savoir faire, d'autant plus qu'il a plus de mal à se concentrer. C'est une période d'affirmation, de conviction et de doute par rapport à une identité ébranlée.
L'enfant se réalise par la relation à l'autre qui lui donne une place, l'adolescent ne peut s'en contenter et introduit la question de l'acte en tant qu'auteur.
Le savoir est moins idéalisé et est ramené à être un moyen d'agir et non plus un moyen d'obtenir. C'est pourquoi au lieu de proposer un collège unique obsédé d'égalité, nous ferions mieux de proposer des formations concrètes à ceux qui en ont besoin. En Suisse il y a beaucoup plus d'apprentis qu'en France et beaucoup moins de chômage des jeunes. Cela n'est pas simplement parce que les suisses ont fait de leur jeunesse une jeunesse servile au service des entreprises, mais c'est parce qu'ils ont mis au service des possibilités d'investissements réalistes qui permettent aux jeunes de ne pas décrocher. Cela n'empêche pas celui qui est disponible de revenir ensuit vers des investissements plus abstraits ou spécifiques. Leur pourcentage d'étudiants, d'ingénieurs ou de juriste est supérieur à celui de la France.
mercredi 19 mars 2014
Faut-il contraindre les enfants?
Nous avons toujours combattu les contraintes et depuis que l'homme existe, probablement. Pourtant il nous faut convenir que nous avons échoué. Certes beaucoup de contraintes on été réduites, mais de nouvelles sont apparues. Il n'y a pas d'inventions ou de découvertes qui, bien qu'elles aient pu effacer des contraintes, n'en ait créé d'autres.
Il est curieux que, malgré l'expérience individuelle ou collective, nous nous obstinions à combattre les contraintes. Souvent nous les attribuons à autrui. Cette "extériorité" de la contrainte nous victimise. Il en a résulté le progrès sociale, ou du moins l'évolution sociétale.
La liberté n'est pas une absence ou une réduction des contraintes, elle est plutôt un choix de contraintes. L'enfant n'est que progressivement en capacité de choisir; initialement c'est surtout les parents qui contraignent. Les contraintes permettent la mise en place de repères pour l'enfant.
Les premiers contraignants sont les parents.
Beaucoup de Rousseau à Sarte les accusent de mauvaise influence. Ce serait du à ce que les parents choisissent à la place de leur enfant et ainsi faussent son libre arbitre! On en est même arrivé à vouloir obtenir le consentement de l'enfant comme signe du respect de sa liberté. C'est devenu une angoisse de nombreux parents qui ainsi placent leur enfant dans une position de garant de leur acte.
Ainsi l'accord de l'enfant se fait dans un immédiat du consentement mutuel entre partenaires illusoirement égaux. Et les psy d'applaudir à cette "responsabilisation" qui ferait le lit d'une société égalitaire. En réalité il en résulte un accès à un pouvoir qu'il n'est pas en mesure d'assumer. On ne donne pas le volant à quelqu'un qui n'est pas capable de conduire. Oui les parents sont contraignants et il ne peut pas en être autrement!
Cet enthousiasme d'une marche triomphale vers une société d'autant plus égalitaire qu'elle effacerait les différences devrait être modéré. En effet elle nie un réel qu'elle ne saurait effacer parceque c'est constitutif de l'être humain:
- l'enfant n'est pas en mesure d'occuper cette place égalitaire supposée, parce qu'il n'en a pas encore les moyens et ne les acquiert que petit à petit.
- la différence sexuelle est incontournable comme socle de l'identité, puisqu'elle introduit le droit à la différence. De même qu'un garçon n'est pas pareil qu'une fille, de même un enfant n'est pas pareil qu'un adulte. Nous remarquons que cette différence une fois admise ne défini pas en quoi elle existe. Cette différence doit être évaluée. Cette évaluation implique les acteurs en présence.
N'en déplaise à beaucoup, ce qui fonde notre identité est ce qui nous sépare, repérable par ce qui nous différencie, pas ce qui nous rassemble. C'est pourquoi la tolérance envers l'Autre est indispensable. Cette tolérance est tout d'abord l'acceptation qu'il y a différence et que celle-ci doit être prise en compte.
L'enfant lui-même est autre que l'adulte. Il est en construction et fonctionne différemment de l'adulte. Son fonctionnement va évoluer en fonction de ses acquisitions physiques et psychiques, influencé par les adultes.
Le parent doit accepter d'être contraignant. Il ne s'agit pas de réduire les contraintes, il s'agit qu'elles soient justifiées. La justification des contraintes est ce en quoi elles favorisent l'autonomie progressive de l'enfant: en quoi elle lui sont utiles pour maintenant et plus tard.
Dans un premier temps c'est le sentiment de sécurité qui favorise le bon fonctionnement de l'enfant. L'enfant ne peut se sécuriser lui-même. Il est et se sait dépendant de l'adulte. La constance de son monde (place, interlocuteurs, rythmes, rituels) lui permet d'être celui qui évolue dans son monde stable. À cette période c'est son entourage qui s'adapte à lui.
Progressivement l'enfant va de plus en plus s'adapter, mais seulement progressivement. Il va s'appuyer sur des croyances qui lui servent à imaginer une organisation générale; progressivement
ses croyances vont être remplacés par des jugements; ceux-ci ne pourrons être complets qu'à l'âge
adulte.
Le développement neuro-physiologique de l'enfant ne se termine que vers 16 à 18 ans et sa maturité relationnelle plus tard, qu'au delà de l'adolescence (certains ne l'atteignent jamais)
Élever un enfant est lui permettre et favoriser cette maturation. Élever, ou plutôt accompagner un adolescent, est favoriser sa maturité vers l'état d'adulte.
Ceci ne peut pas se faire sans contraintes, sans influences importantes, sans désir de transmettre. C'est une grande responsabilité qu'il faut assumer; il ne faut pas réduire l'enfant à une passivité par rapport à son environnement: il interprète de plus en plus, assimile à sa façon, organise ses défenses et ses investissements. L'enfant n'est pas le "pur" produit de ses parents.
L'adaptation de l'enfant au monde dont il fait partie est surtout du aux contraintes subies qui l'obligent à s'adapter. C'est une catastrophe annoncée que de mettre un enfant sous cloche, sous prétexte de le protéger. La famille devrait être un lieu de développement avant d'être un lieu de bonheur. Faire le bonheur d'un enfant n'est pas à rejeter à condition que cela ne contrarie pas la mise en place de son autonomie.
Il est curieux que, malgré l'expérience individuelle ou collective, nous nous obstinions à combattre les contraintes. Souvent nous les attribuons à autrui. Cette "extériorité" de la contrainte nous victimise. Il en a résulté le progrès sociale, ou du moins l'évolution sociétale.
La liberté n'est pas une absence ou une réduction des contraintes, elle est plutôt un choix de contraintes. L'enfant n'est que progressivement en capacité de choisir; initialement c'est surtout les parents qui contraignent. Les contraintes permettent la mise en place de repères pour l'enfant.
Les premiers contraignants sont les parents.
Beaucoup de Rousseau à Sarte les accusent de mauvaise influence. Ce serait du à ce que les parents choisissent à la place de leur enfant et ainsi faussent son libre arbitre! On en est même arrivé à vouloir obtenir le consentement de l'enfant comme signe du respect de sa liberté. C'est devenu une angoisse de nombreux parents qui ainsi placent leur enfant dans une position de garant de leur acte.
Ainsi l'accord de l'enfant se fait dans un immédiat du consentement mutuel entre partenaires illusoirement égaux. Et les psy d'applaudir à cette "responsabilisation" qui ferait le lit d'une société égalitaire. En réalité il en résulte un accès à un pouvoir qu'il n'est pas en mesure d'assumer. On ne donne pas le volant à quelqu'un qui n'est pas capable de conduire. Oui les parents sont contraignants et il ne peut pas en être autrement!
Cet enthousiasme d'une marche triomphale vers une société d'autant plus égalitaire qu'elle effacerait les différences devrait être modéré. En effet elle nie un réel qu'elle ne saurait effacer parceque c'est constitutif de l'être humain:
- l'enfant n'est pas en mesure d'occuper cette place égalitaire supposée, parce qu'il n'en a pas encore les moyens et ne les acquiert que petit à petit.
- la différence sexuelle est incontournable comme socle de l'identité, puisqu'elle introduit le droit à la différence. De même qu'un garçon n'est pas pareil qu'une fille, de même un enfant n'est pas pareil qu'un adulte. Nous remarquons que cette différence une fois admise ne défini pas en quoi elle existe. Cette différence doit être évaluée. Cette évaluation implique les acteurs en présence.
N'en déplaise à beaucoup, ce qui fonde notre identité est ce qui nous sépare, repérable par ce qui nous différencie, pas ce qui nous rassemble. C'est pourquoi la tolérance envers l'Autre est indispensable. Cette tolérance est tout d'abord l'acceptation qu'il y a différence et que celle-ci doit être prise en compte.
L'enfant lui-même est autre que l'adulte. Il est en construction et fonctionne différemment de l'adulte. Son fonctionnement va évoluer en fonction de ses acquisitions physiques et psychiques, influencé par les adultes.
Le parent doit accepter d'être contraignant. Il ne s'agit pas de réduire les contraintes, il s'agit qu'elles soient justifiées. La justification des contraintes est ce en quoi elles favorisent l'autonomie progressive de l'enfant: en quoi elle lui sont utiles pour maintenant et plus tard.
Dans un premier temps c'est le sentiment de sécurité qui favorise le bon fonctionnement de l'enfant. L'enfant ne peut se sécuriser lui-même. Il est et se sait dépendant de l'adulte. La constance de son monde (place, interlocuteurs, rythmes, rituels) lui permet d'être celui qui évolue dans son monde stable. À cette période c'est son entourage qui s'adapte à lui.
Progressivement l'enfant va de plus en plus s'adapter, mais seulement progressivement. Il va s'appuyer sur des croyances qui lui servent à imaginer une organisation générale; progressivement
ses croyances vont être remplacés par des jugements; ceux-ci ne pourrons être complets qu'à l'âge
adulte.
Le développement neuro-physiologique de l'enfant ne se termine que vers 16 à 18 ans et sa maturité relationnelle plus tard, qu'au delà de l'adolescence (certains ne l'atteignent jamais)
Élever un enfant est lui permettre et favoriser cette maturation. Élever, ou plutôt accompagner un adolescent, est favoriser sa maturité vers l'état d'adulte.
Ceci ne peut pas se faire sans contraintes, sans influences importantes, sans désir de transmettre. C'est une grande responsabilité qu'il faut assumer; il ne faut pas réduire l'enfant à une passivité par rapport à son environnement: il interprète de plus en plus, assimile à sa façon, organise ses défenses et ses investissements. L'enfant n'est pas le "pur" produit de ses parents.
L'adaptation de l'enfant au monde dont il fait partie est surtout du aux contraintes subies qui l'obligent à s'adapter. C'est une catastrophe annoncée que de mettre un enfant sous cloche, sous prétexte de le protéger. La famille devrait être un lieu de développement avant d'être un lieu de bonheur. Faire le bonheur d'un enfant n'est pas à rejeter à condition que cela ne contrarie pas la mise en place de son autonomie.
jeudi 20 février 2014
Et le père advint (7)
Ne serait-il pas temps de sortir de la guerre des sexes? Laissons les hystériques et les obsessionnels continuer leur guerre sans nous en mêler. En effet ce que nous revendiquons, c'est l'intérêt de l'enfant. Nous y découvrirons que l'intérêt de l'un n'est pas forcément au détriment de l'autre. Au contraire, un enfant va d'autan mieux que ses parents vont bien!
L'enfant a-t-il besoin de ses deux parents? Il y a des cas ou l'enfant élevé par un seul parent va bien et même très bien. Il est rare néanmoins qu'il n'en ait pas souffert. Cette souffrance peut résulter de la comparaison avec la norme, mais il a généralement le sentiment que quelque chose d'important lui a manqué. Heureusement, la fonction paternelle peut fonctionner de multiples façons.
Lorsque c'est le père qui est absent, le manque prend souvent la forme d'un manque de reconnaissance. En effet l'enfant doit être reconnu, adopté, c'est à dire inscrit dans une filiation de façon énoncée: " tu es le fis de..." Selon différentes formules qui établissent un lien social. Le père permet l'établissement d'un droit à exister, l'initiation est un droit/devoir à exister comme homme ou comme femme.
La mère établit l'être de l'enfant en tant que tel, réel hors sens. La mère donne la vie à l'enfant, le père l'inscrit dans la communauté humaine.
Mais comme je l'ai indiqué, le père n'est pas forcément le géniteur, ni même forcément un homme. Il est le représentant social qualifié par la mère, qui y réfère son désir d'enfant. Cette personne peut être le patriarche, comme il peut être la mère de la mère, ou d'autres autorités familiales, tribales, claniques...Nous pouvons imaginer de multiples figures, elles existent et entraînent des effets différents. Ce qui est indispensable pour l'enfant, c'est que sa mère reconnaisse une autorité sur sa relation à son enfant. Autorité élue ou subie, magnifiée ou dévalorisée, écrasante ou discrète, ces formes et activités auront une grande influence sur la construction de la personnalité de l'enfant. Cette autorité n'est pas une autorité sur la mère, et pas obligatoirement une autorité directe sur l'enfant, du moins avant qu'il soit adolescent. Cette autorité est tout d'abord une croyance maternelle avant de devenir une croyance de l'enfant: il croit en son père et donc croit son père.
En cas d'absence de cette autorité, nous aurons une personnalité psychotique. L'enfant ne pourra construire la croyance nécessaire à son irrémédiable séparation d'avec les autres. Il en résulte un risque d'intrusion d'un autre en soi (l'hallucination).
Mais c'est cette autorité paternelle séparatrice qui condamne le futur adulte à une solitude structurelle: personne ne le comprendra jamais, y compris celui qui l'aimera/qu'il aimera. Il en résulte la Loi, comme organisation de cette irréductible séparation d'avec autrui.
La névrose est la non acceptation de cette solitude structurelle, inévitable, pourtant indispensable à pouvoir exister hors de la confusion et parvenir à être auteur. Au lieu de croire, quitte à inventer une cause valable, le névrosé veut être convaincu.
Quant au pervers, errant de se vouloir l'unique, se rassurant de la supposée faiblesse des autres, il se réfugie dans une supériorité sans garantie, s'épuise à se convaincre sans certitude, construit son identité défaillante dans la dissimulation de son doute d'exister. Il porte un masque qu'il prétend être, qu'il ne peut faire exister autrement qu'en manipulant autrui; le pervers qui ne croit en rien, mais veut qu'on croit en lui.
La double référence de l'enfant à ses deux parents, est redoublée par la différence sexuelle. Cette différence est au fondement même de l'origine de l'enfant, de même que chez les autres animaux, mais elle est aussi dans l'inscription de l'enfant en tant qu'humain: il ne peut être que garçon ou que fille, reconnu par la mère et par le père.
Le père est un au delà (pas au dessus) de la mère qui fait que l'enfant n'est pas que le produit de la mère. C'est son intervention qui sépare l'enfant de la mère, qui dégage l'enfant de l'intimité de la mère. Il est l'intrusion du social entre la mère et l'enfant, grâce au consentement de la mère et de l'enfant à son autorité. Cette autorité sur la relation mère-enfant est au delà du père en tant que personne; il n'en est que le représentant. Il est lui-même tenu par son engagement à assumer une présence particulière, tout d'abord comme référence pour la mère, ensuite comme référence pour l'enfant.
En quoi l'enfant se réfère-t-il à son père?
Le père est un lieu d'inscription du désir de la mère. Cette référence est, pour l'enfant, son lieu d'existence initialement indéfini, énigmatique. L'enfant doit découvrir ce qu'il contient, contraintes de désirs et de valeurs, formation et référence pour sa personnalité en construction. L'enfant attend d'être confirmé par ce père, encouragé et induit dans un cheminement vers l'autonomie et les responsabilités. Le père est pour lui le réfèrent de sa relation au monde.
Le père n'est pas toujours une personne, mais il est mieux qu'il le soit pour l'enfant. Cela lui permet de se référer à quelqu'un qui n'est pas n'importe qui, de se repérer grâce à l'évolution de sa relation avec lui, pour finalement se repérer ensuite au-delà de lui, en intériorisant les références rencontrées, éprouvées, mais aussi en s'autorisant ultérieurement à aller au delà. Le père est une instance qui gagne à être personnifiée pour le repérage par l'enfant de sa propre place, des demandes qui lui sont adressées et de l'exemple qu'est ce père pour lui. Souvent, transitoirement, ce père sera un modèle, pour garçon et fille, un enseignant et un interlocuteur. Il instaure un ordre, d'où l'importance de l'accueil et la valorisation qu'il octroie à l'enfant.
Au départ l'enfant est tenté de l'idéaliser; moyen commode de placer son père en le magnifiant et en le limitant. Il lui donne un rôle de protection, mais amoindrit la place qu'il a pour la mère; cette place fait de l'ombre à l'enfant. Il peut même hypervaloriser son père, être béa d'admiration, l'imitant le plus possible, ce n'est qu'une tentative de réduire son rôle séparateur entre l'enfant et la mère. Toute sorte de déplacements et d' associations compliquent la donne de façon ambivalente.
Donc le père est la construction d'une croyance fondamentale: il est quelque chose d'essentiel que l'enfant n'est pas pour la mère et qui intrigue l'enfant: le père ouvre une question sur ce qu'il est en tant que père: qu'est-ce qu'un père?
Être père est un acte de courage, car il va lui falloir agir; il vaut donc mieux que ce soit un choix consenti, car c'est un engagement qui peut être difficile à tenir; il ne peut pas reposer que sur le plaisir éprouvé. Un père doit être loyal, c'est à dire soutenir réellement ses valeurs auprès de l'enfant, plutôt qu'une image séduisante dont l'enfant ne demande pas mieux que de l'affubler. L'enfant se repère dans un monde d'images qui le rassurent. Sans attaquer ces images, le père doit maintenir comme référence de son action, un au-delà de l'image: un père existe par ses actes et ses paroles.
L'enfant est source de remise en question, particulièrement pour le père, interrogé sur le respect des ses valeurs, sur le sens des relations aux choses et aux gens, sur le pourquoi du comment. L'enfant met à l'épreuve le père en le questionnant en acte et en parole, en interrogeant l'ordre qu'il représente auprès de lui. Le père vaut pour ce dont l'enfant s'en sert.
L'enfant a-t-il besoin de ses deux parents? Il y a des cas ou l'enfant élevé par un seul parent va bien et même très bien. Il est rare néanmoins qu'il n'en ait pas souffert. Cette souffrance peut résulter de la comparaison avec la norme, mais il a généralement le sentiment que quelque chose d'important lui a manqué. Heureusement, la fonction paternelle peut fonctionner de multiples façons.
Lorsque c'est le père qui est absent, le manque prend souvent la forme d'un manque de reconnaissance. En effet l'enfant doit être reconnu, adopté, c'est à dire inscrit dans une filiation de façon énoncée: " tu es le fis de..." Selon différentes formules qui établissent un lien social. Le père permet l'établissement d'un droit à exister, l'initiation est un droit/devoir à exister comme homme ou comme femme.
La mère établit l'être de l'enfant en tant que tel, réel hors sens. La mère donne la vie à l'enfant, le père l'inscrit dans la communauté humaine.
Mais comme je l'ai indiqué, le père n'est pas forcément le géniteur, ni même forcément un homme. Il est le représentant social qualifié par la mère, qui y réfère son désir d'enfant. Cette personne peut être le patriarche, comme il peut être la mère de la mère, ou d'autres autorités familiales, tribales, claniques...Nous pouvons imaginer de multiples figures, elles existent et entraînent des effets différents. Ce qui est indispensable pour l'enfant, c'est que sa mère reconnaisse une autorité sur sa relation à son enfant. Autorité élue ou subie, magnifiée ou dévalorisée, écrasante ou discrète, ces formes et activités auront une grande influence sur la construction de la personnalité de l'enfant. Cette autorité n'est pas une autorité sur la mère, et pas obligatoirement une autorité directe sur l'enfant, du moins avant qu'il soit adolescent. Cette autorité est tout d'abord une croyance maternelle avant de devenir une croyance de l'enfant: il croit en son père et donc croit son père.
En cas d'absence de cette autorité, nous aurons une personnalité psychotique. L'enfant ne pourra construire la croyance nécessaire à son irrémédiable séparation d'avec les autres. Il en résulte un risque d'intrusion d'un autre en soi (l'hallucination).
Mais c'est cette autorité paternelle séparatrice qui condamne le futur adulte à une solitude structurelle: personne ne le comprendra jamais, y compris celui qui l'aimera/qu'il aimera. Il en résulte la Loi, comme organisation de cette irréductible séparation d'avec autrui.
La névrose est la non acceptation de cette solitude structurelle, inévitable, pourtant indispensable à pouvoir exister hors de la confusion et parvenir à être auteur. Au lieu de croire, quitte à inventer une cause valable, le névrosé veut être convaincu.
Quant au pervers, errant de se vouloir l'unique, se rassurant de la supposée faiblesse des autres, il se réfugie dans une supériorité sans garantie, s'épuise à se convaincre sans certitude, construit son identité défaillante dans la dissimulation de son doute d'exister. Il porte un masque qu'il prétend être, qu'il ne peut faire exister autrement qu'en manipulant autrui; le pervers qui ne croit en rien, mais veut qu'on croit en lui.
La double référence de l'enfant à ses deux parents, est redoublée par la différence sexuelle. Cette différence est au fondement même de l'origine de l'enfant, de même que chez les autres animaux, mais elle est aussi dans l'inscription de l'enfant en tant qu'humain: il ne peut être que garçon ou que fille, reconnu par la mère et par le père.
Le père est un au delà (pas au dessus) de la mère qui fait que l'enfant n'est pas que le produit de la mère. C'est son intervention qui sépare l'enfant de la mère, qui dégage l'enfant de l'intimité de la mère. Il est l'intrusion du social entre la mère et l'enfant, grâce au consentement de la mère et de l'enfant à son autorité. Cette autorité sur la relation mère-enfant est au delà du père en tant que personne; il n'en est que le représentant. Il est lui-même tenu par son engagement à assumer une présence particulière, tout d'abord comme référence pour la mère, ensuite comme référence pour l'enfant.
En quoi l'enfant se réfère-t-il à son père?
Le père est un lieu d'inscription du désir de la mère. Cette référence est, pour l'enfant, son lieu d'existence initialement indéfini, énigmatique. L'enfant doit découvrir ce qu'il contient, contraintes de désirs et de valeurs, formation et référence pour sa personnalité en construction. L'enfant attend d'être confirmé par ce père, encouragé et induit dans un cheminement vers l'autonomie et les responsabilités. Le père est pour lui le réfèrent de sa relation au monde.
Le père n'est pas toujours une personne, mais il est mieux qu'il le soit pour l'enfant. Cela lui permet de se référer à quelqu'un qui n'est pas n'importe qui, de se repérer grâce à l'évolution de sa relation avec lui, pour finalement se repérer ensuite au-delà de lui, en intériorisant les références rencontrées, éprouvées, mais aussi en s'autorisant ultérieurement à aller au delà. Le père est une instance qui gagne à être personnifiée pour le repérage par l'enfant de sa propre place, des demandes qui lui sont adressées et de l'exemple qu'est ce père pour lui. Souvent, transitoirement, ce père sera un modèle, pour garçon et fille, un enseignant et un interlocuteur. Il instaure un ordre, d'où l'importance de l'accueil et la valorisation qu'il octroie à l'enfant.
Au départ l'enfant est tenté de l'idéaliser; moyen commode de placer son père en le magnifiant et en le limitant. Il lui donne un rôle de protection, mais amoindrit la place qu'il a pour la mère; cette place fait de l'ombre à l'enfant. Il peut même hypervaloriser son père, être béa d'admiration, l'imitant le plus possible, ce n'est qu'une tentative de réduire son rôle séparateur entre l'enfant et la mère. Toute sorte de déplacements et d' associations compliquent la donne de façon ambivalente.
Donc le père est la construction d'une croyance fondamentale: il est quelque chose d'essentiel que l'enfant n'est pas pour la mère et qui intrigue l'enfant: le père ouvre une question sur ce qu'il est en tant que père: qu'est-ce qu'un père?
Être père est un acte de courage, car il va lui falloir agir; il vaut donc mieux que ce soit un choix consenti, car c'est un engagement qui peut être difficile à tenir; il ne peut pas reposer que sur le plaisir éprouvé. Un père doit être loyal, c'est à dire soutenir réellement ses valeurs auprès de l'enfant, plutôt qu'une image séduisante dont l'enfant ne demande pas mieux que de l'affubler. L'enfant se repère dans un monde d'images qui le rassurent. Sans attaquer ces images, le père doit maintenir comme référence de son action, un au-delà de l'image: un père existe par ses actes et ses paroles.
L'enfant est source de remise en question, particulièrement pour le père, interrogé sur le respect des ses valeurs, sur le sens des relations aux choses et aux gens, sur le pourquoi du comment. L'enfant met à l'épreuve le père en le questionnant en acte et en parole, en interrogeant l'ordre qu'il représente auprès de lui. Le père vaut pour ce dont l'enfant s'en sert.
mardi 18 février 2014
Et le père? (5)
Nous pourrions croire que le langage suffit à organiser les relations mère enfant de façon adéquat; que non! Même avec le bon sens supposé nécessaire. En effet, si le langage organise la relation, il ne semble pas suffire et encore moins être efficace à séparer mère et enfant. Cette séparation progressive est indispensable à ce que l'enfant sorte de la confusion et devienne autonome.
Les mères, avec génie, vont inventer un moyen supplémentaire: la fonction paternelle!
Cette fonction qui supplée aussi au défaut d'instinct, renforce ordre et séparation.
Le père est une fonction avant d'être un personne.
Comment ça fonctionne?
Prenons la situation banale dans notre société: le père est un homme, et le géniteur.
D'être le géniteur à l'avantage de légitimer sa fonction, grâce à la croyance dans le naturel: il a une " place naturelle". En réalité il n'y a pas beaucoup de naturel à la clé, mais ça rassure. D'ailleurs lorsqu'on étudie la filiation génétique, on a des surprises...
L'homme qui accepte cette place, va intervenir dans la relation mère-enfant quoiqu'il fasse ou ne fasse pas. Il y est de fait et ce qu'il fait. en direction de la mère ou de l'enfant est important, pour tous. Initialement il est un soutient de la mère dans la réalisation de son désir d'enfant; mais il ne facilite pas tant la chose qu'il ne l'influence. Introduit dans le lien, il devient non seulement acteur mais auteur. "Intronisé" par la mère, il est imparti d'une responsabilité pleine et entière, dont il n'a que vaguement conscience en fonction de son éducation et de son expérience. Ensuite il prend part au développement de l'enfant, de plus en plus directement.
Nous avons constaté que la mère est indispensable pour compenser le manque d'autonomie de l'enfant. À la puberté l'adolescent a acquis l'essentiel des moyens nécessaires pour se débrouiller. Il lui reste à apprendre à en faire un usage adéquat à ses désirs et à cela son père est un référent quant à l'autonomie sociale.
Le père inscrit l'enfant dans une filiation symbolique.
Celle-ci se constate par le nom qui les relient, sans définir le contenu du lien: un nom est une référence qui n'a pas de signification, un nom ne veut rien dire, (même s'il a signifié quelque chose) c'est une enveloppe à remplir à chaque génération. Mais l'enveloppe à une forme familiale qui limite ce que chacun peut y mettre. Transmission d'une histoire à partir de laquelle chacun chemine, s'organise et répète, s'il a insuffisamment assimilé.
Dans la petite enfance le rôle du père est tout d'abord d'être une référence pour la mère. Cette référence peut prendre toutes sortes de formes. C'est une inscription de l'origine à expressions variables. Qu'elles soient éducatives, originelles, participatives, mythiques, cette inscription aura un effet sur le destin de l'enfant. Elle n'a pas forcément lieu, l'enfant peut ne pas avoir de père. Cela entraînera une autre inscription dans l'existence, plus difficile à assumer.
Ensuite, bien évidement, la question sera comment le père habite la place, qu'y fait-il, dans quel but et de quelle façon? Comment s'adapte-il a la mère, à l'enfant, au monde? Quelles valeurs sont les siennes, sont-elles concordantes avec celles de la mère, avec l'environnement familiale? Quels sont ses investissements, de qu'elle façon se réalise-t'il, qu'accepte t'il de subir et pourquoi?
Le père a une valeur d'exemplarité et un rôle d'enseignant. Donc le père est lui aussi essentiel au développement de l'enfant et à l'acquisition de l'autonomie.
Cette double référence est ignorée par certains qui voudraient que les rôles soient interchangeables, ou que l'un des parent puisse tout faire, tout assumer; ce n'est pas impossible, mais c'est le plus souvent au détriment de l'enfant et souvent aussi au détriment de l'adulte. Nous pouvons être tenter de dire que c'est parce qu'une le monde est mal fait, mais c'est méconnaître les raisons de cet état.
La différence père-mère n'est pas qu'anatomique, mais nécessaire pour la construction de l'appareil psychique et son développement. L'hétérosexualité est indispensable au maintient de cette réalisation, comme c'est le cas de toutes les espèces animales.
L'homosexualité est une construction sexuelle au même titre que l'hétérosexualité, mais l'homosexualité ne peut pérenniser l'espèce. Il n'est pas dit qu'un enfant ne puisse être élevé par des parents de même sexe, mais se posera la question du repérage des différences sexuelles par celui-ci dans une construction relationnelle à créer. En effet, il est indispensable que l'enfant sache qu'il est d'un sexe et donc pas d'un autre, ceci étant une condition essentielle à tout choix qu'il sera à devoir effectuer plus tard. La différence sexuelle est une condition sine qu'à non des l'existence des humains.
Les mères, avec génie, vont inventer un moyen supplémentaire: la fonction paternelle!
Cette fonction qui supplée aussi au défaut d'instinct, renforce ordre et séparation.
Le père est une fonction avant d'être un personne.
Comment ça fonctionne?
Prenons la situation banale dans notre société: le père est un homme, et le géniteur.
D'être le géniteur à l'avantage de légitimer sa fonction, grâce à la croyance dans le naturel: il a une " place naturelle". En réalité il n'y a pas beaucoup de naturel à la clé, mais ça rassure. D'ailleurs lorsqu'on étudie la filiation génétique, on a des surprises...
L'homme qui accepte cette place, va intervenir dans la relation mère-enfant quoiqu'il fasse ou ne fasse pas. Il y est de fait et ce qu'il fait. en direction de la mère ou de l'enfant est important, pour tous. Initialement il est un soutient de la mère dans la réalisation de son désir d'enfant; mais il ne facilite pas tant la chose qu'il ne l'influence. Introduit dans le lien, il devient non seulement acteur mais auteur. "Intronisé" par la mère, il est imparti d'une responsabilité pleine et entière, dont il n'a que vaguement conscience en fonction de son éducation et de son expérience. Ensuite il prend part au développement de l'enfant, de plus en plus directement.
Nous avons constaté que la mère est indispensable pour compenser le manque d'autonomie de l'enfant. À la puberté l'adolescent a acquis l'essentiel des moyens nécessaires pour se débrouiller. Il lui reste à apprendre à en faire un usage adéquat à ses désirs et à cela son père est un référent quant à l'autonomie sociale.
Le père inscrit l'enfant dans une filiation symbolique.
Celle-ci se constate par le nom qui les relient, sans définir le contenu du lien: un nom est une référence qui n'a pas de signification, un nom ne veut rien dire, (même s'il a signifié quelque chose) c'est une enveloppe à remplir à chaque génération. Mais l'enveloppe à une forme familiale qui limite ce que chacun peut y mettre. Transmission d'une histoire à partir de laquelle chacun chemine, s'organise et répète, s'il a insuffisamment assimilé.
Dans la petite enfance le rôle du père est tout d'abord d'être une référence pour la mère. Cette référence peut prendre toutes sortes de formes. C'est une inscription de l'origine à expressions variables. Qu'elles soient éducatives, originelles, participatives, mythiques, cette inscription aura un effet sur le destin de l'enfant. Elle n'a pas forcément lieu, l'enfant peut ne pas avoir de père. Cela entraînera une autre inscription dans l'existence, plus difficile à assumer.
Ensuite, bien évidement, la question sera comment le père habite la place, qu'y fait-il, dans quel but et de quelle façon? Comment s'adapte-il a la mère, à l'enfant, au monde? Quelles valeurs sont les siennes, sont-elles concordantes avec celles de la mère, avec l'environnement familiale? Quels sont ses investissements, de qu'elle façon se réalise-t'il, qu'accepte t'il de subir et pourquoi?
Le père a une valeur d'exemplarité et un rôle d'enseignant. Donc le père est lui aussi essentiel au développement de l'enfant et à l'acquisition de l'autonomie.
Cette double référence est ignorée par certains qui voudraient que les rôles soient interchangeables, ou que l'un des parent puisse tout faire, tout assumer; ce n'est pas impossible, mais c'est le plus souvent au détriment de l'enfant et souvent aussi au détriment de l'adulte. Nous pouvons être tenter de dire que c'est parce qu'une le monde est mal fait, mais c'est méconnaître les raisons de cet état.
La différence père-mère n'est pas qu'anatomique, mais nécessaire pour la construction de l'appareil psychique et son développement. L'hétérosexualité est indispensable au maintient de cette réalisation, comme c'est le cas de toutes les espèces animales.
L'homosexualité est une construction sexuelle au même titre que l'hétérosexualité, mais l'homosexualité ne peut pérenniser l'espèce. Il n'est pas dit qu'un enfant ne puisse être élevé par des parents de même sexe, mais se posera la question du repérage des différences sexuelles par celui-ci dans une construction relationnelle à créer. En effet, il est indispensable que l'enfant sache qu'il est d'un sexe et donc pas d'un autre, ceci étant une condition essentielle à tout choix qu'il sera à devoir effectuer plus tard. La différence sexuelle est une condition sine qu'à non des l'existence des humains.
La différence sexuelle (6)
Le repérage de la différence sexuelle est indispensable à l'existence des êtres humains, sinon nous deviendrions autre chose que des êtres humains. Indispensable à l'existence des autres animaux, la sexualité a la particularité chez l'être humain d'être à l'origine d'un choix d'existence.
L'être humain quoique contraint, est auteur de son choix. C'est probablement le seul animal confronté à cette situation. Du fait de leur système de communication, les autres animaux exécutent des rôles en fonction de leur instinct. Il sont des agents exécutants, qui servent au mieux de leurs possibilités, leur instinct de survie individuelle et d'espèce. Celui-ci est avant tout au service de la pérennité de l'espèce. Nous constatons le peu d'évolution dans leurs modes de vie, bien qu'ils puissent s'adapter à leur environnement. Nous constatons que leur adaptation est très inférieure à leurs possibilités. Il est étonnant d'ailleurs de constater combien on s'enthousiasme qu'un singe se serve d'une herbe pour attraper des termites et combien on s'étonne peu qu'il utilise si peu ses capacités réelles, telles que de nombreuses expériences ont pu nous les faire découvrir.
L'être humain s'ingénie à utiliser ses capacités à découvrir du nouveau, sans que se soit utile et parfois même de façon néfaste. Au contraire de l'animal volontiers conservateur, l'humain ne cesse de chercher, de remettre en cause, d'explorer dans une évolution, un changement, une nouveauté qui n'est pas une forcément une amélioration, sinon de façon secondaire et parfois fortuite.
L'être humain aime le nouveau. Pourtant le nouveau est une menace pour tous les animaux et généralement traité comme tel: réaction de fuite ou confrontation. Mais pour l'être humain le nouveau l'attire, même s'il peut aussi le craindre. Partagé entre sa crainte animale et la curiosité, le nouveau est une menace et une promesse.
Notre différence d'attitude vis à vis du nouveau vient de notre rapport à la jouissance: nous jouissons tous de la vie, certes, mais pas de la même façon. Les animaux ont une jouissance répétitive délimitée par leur instinct, ce qui fait que nous pouvons dire qu'ils jouissent bien, c'est à dire en référence au bien de l'espèce. Le sens de leur vie est de pérenniser l'espèce, pour le reste c'est le principe du plaisir qui les gouverne individuellement.
Pour l'être humain, le manque qu'il éprouve se situe initialement, comme pour les autres mammifères, sur ses besoins: besoins pour survivre en tant qu'individu, ce qui pour les autres animaux est indistinct de survivre en tant qu'espèce. Pour l'être humain, le manque individuel n'est pas aussi intimement lié à l'espèce.
Les humains n'ont pas d'instinct, c'est donc l'éducation et l'expérience qui vont introduire des limites. L'être humain de façon non exceptionnelle, peut jouir à l'encontre de son intérêt d'individu et même à l'encontre de l'intérêt de l'espèce.
Chez l'être humain le bien est une construction d'espèce référée à la société dont il fait partie. Ce Bien appris, n'est pas inscrit dans nos gènes et peut être contrarié; il n'est pas immuable et effet de la pression du groupe il peut être modifié. Le Bien évolue avec l'evolution de la société.
Mais le bien ne supplée pas complètement à l'instinct et ne peut gouverner les adultes, bien qu'il puisse suffire aux enfants.
"Admettre la différence des sexes c’est admettre la complémentarité des sexes, donc la domination patriarcale, donc l’oppression et l’aliénation de la femme » "
(Judith Butler philosophe féministe du genre expliquée par Elizabeth Montfort)
L'être humain quoique contraint, est auteur de son choix. C'est probablement le seul animal confronté à cette situation. Du fait de leur système de communication, les autres animaux exécutent des rôles en fonction de leur instinct. Il sont des agents exécutants, qui servent au mieux de leurs possibilités, leur instinct de survie individuelle et d'espèce. Celui-ci est avant tout au service de la pérennité de l'espèce. Nous constatons le peu d'évolution dans leurs modes de vie, bien qu'ils puissent s'adapter à leur environnement. Nous constatons que leur adaptation est très inférieure à leurs possibilités. Il est étonnant d'ailleurs de constater combien on s'enthousiasme qu'un singe se serve d'une herbe pour attraper des termites et combien on s'étonne peu qu'il utilise si peu ses capacités réelles, telles que de nombreuses expériences ont pu nous les faire découvrir.
L'être humain s'ingénie à utiliser ses capacités à découvrir du nouveau, sans que se soit utile et parfois même de façon néfaste. Au contraire de l'animal volontiers conservateur, l'humain ne cesse de chercher, de remettre en cause, d'explorer dans une évolution, un changement, une nouveauté qui n'est pas une forcément une amélioration, sinon de façon secondaire et parfois fortuite.
L'être humain aime le nouveau. Pourtant le nouveau est une menace pour tous les animaux et généralement traité comme tel: réaction de fuite ou confrontation. Mais pour l'être humain le nouveau l'attire, même s'il peut aussi le craindre. Partagé entre sa crainte animale et la curiosité, le nouveau est une menace et une promesse.
Notre différence d'attitude vis à vis du nouveau vient de notre rapport à la jouissance: nous jouissons tous de la vie, certes, mais pas de la même façon. Les animaux ont une jouissance répétitive délimitée par leur instinct, ce qui fait que nous pouvons dire qu'ils jouissent bien, c'est à dire en référence au bien de l'espèce. Le sens de leur vie est de pérenniser l'espèce, pour le reste c'est le principe du plaisir qui les gouverne individuellement.
Pour l'être humain, le manque qu'il éprouve se situe initialement, comme pour les autres mammifères, sur ses besoins: besoins pour survivre en tant qu'individu, ce qui pour les autres animaux est indistinct de survivre en tant qu'espèce. Pour l'être humain, le manque individuel n'est pas aussi intimement lié à l'espèce.
Les humains n'ont pas d'instinct, c'est donc l'éducation et l'expérience qui vont introduire des limites. L'être humain de façon non exceptionnelle, peut jouir à l'encontre de son intérêt d'individu et même à l'encontre de l'intérêt de l'espèce.
Chez l'être humain le bien est une construction d'espèce référée à la société dont il fait partie. Ce Bien appris, n'est pas inscrit dans nos gènes et peut être contrarié; il n'est pas immuable et effet de la pression du groupe il peut être modifié. Le Bien évolue avec l'evolution de la société.
Mais le bien ne supplée pas complètement à l'instinct et ne peut gouverner les adultes, bien qu'il puisse suffire aux enfants.
"Admettre la différence des sexes c’est admettre la complémentarité des sexes, donc la domination patriarcale, donc l’oppression et l’aliénation de la femme » "
(Judith Butler philosophe féministe du genre expliquée par Elizabeth Montfort)
Voici un propos d'une stupidité navrante qui montre combien son auteur est incapable, dans son intolérance, de comprendre que différence n'est pas forcément supériorité de l'un sur l'autre. La différence des sexe est un réel incontournable qu'il faut admette et comprendre et réinventer à chaque génération! La différence des sexes n'est pas une complémentarité spontanée qui irait de soi. Deux êtres différents ne sont pas forcément complémentaires, ils sont seulement différents.
Chez l'être humain, la complémentarité se fait dans la relation entre les parents par rapport à l'enfant dans l'aménagement de la relation, si possible dans l'intérêt de l'enfant avant tout.
Bien comprendre l'intérêt de l'enfant, c'est comprendre qu'il puisse exister dans deux relations différentes, respectueuse l'une de l'autre, accordées l'une à l'autre, non hiérarchisées. C'est essentiel pour permettre un droit à la différence, la possibilité dans une même famille d'être différent, avoir des goûts, des pensées et même des valeurs différents, pouvoir les exprimer en y mettant les formes nécessaires à la pérennité des relations, etc...
La tolérance rend nécessaire le repérage de différences dès le plus jeune âge. Le bébé distingue les visages très tôt, puis les fonctions relationnelles entre les autres et lui.
La question du choix est initialement celle du bon choix. Le meilleur est le mieux; c'est à dire les choix sont hiérarchiques, de l'ordre du plus ou moins bien.
Mais il lui faudra découvrir qu'un choix peut exclure un autre choix et que n'est pas toujours possible d'avoir le four et le moulin! Et que parfois, il ne peut pas revenir sur son choix! Et que le mieux n'est pas toujours le seul critère du choix!..
La complexité du choix auquel il est confronté est le choix d'exclusion: le four ou le moulin. L'accès à ce choix passe par un premier repérage qui reste la référence, celle de l'identité sexuelle: garçon ou fille. Pour y avoir accès, il faut qu'il se sache garçon ou fille. Sinon il n'y a pas de choix réel, mais une hiérarchie des choix: il n'y a que l'un après l'autre, ou l'un mieux que l'autre, sans qu'advienne vraiment l'un ou l'autre. Nous constatons cette difficulté dans la frustration qui manifeste l'impossibilité à renoncer à.
De même qu'être un garçon ou être une fille est forcément différent à partir d'un réel biologique incontournable, être garçon ou être une fille ne se définit pas l'un par rapport à l'autre. Une constatation n'est pas une définition. Et la constatation d'une différence n'implique pas une complémentarité! Faute de définition externe et relatives, la définition est interne, donc particulière et non générale. Bien sûr il y a des références culturelles et comportementales que les féministes dénoncent. Leur outrance de dénonciation n'est pas sans fondement. Néanmoins ces différences qui ne devraient pas être des discriminations, sont utiles aux questionnement que doit affronter garçon et
fille: "en quoi suis-je un garçon, en quoi suis-je une fille?" qu'il n'y a pas de réponse d'espèce suffisante, comme chez les autres mammifères, implique qu'il n'y a de réponse qu'en son nom propre! Nous sommes auteur de notre réponse, celle-ci s'effectuant par ce que chacun de nous fait en son nom propre; nous ne sommes plus dans le registre social du bien, mais nous
sommes dans le registre subjectif du vrai. Être un homme, être une femme rend nécessaire au delà du lien social, une réponse de créateur!
fille: "en quoi suis-je un garçon, en quoi suis-je une fille?" qu'il n'y a pas de réponse d'espèce suffisante, comme chez les autres mammifères, implique qu'il n'y a de réponse qu'en son nom propre! Nous sommes auteur de notre réponse, celle-ci s'effectuant par ce que chacun de nous fait en son nom propre; nous ne sommes plus dans le registre social du bien, mais nous
sommes dans le registre subjectif du vrai. Être un homme, être une femme rend nécessaire au delà du lien social, une réponse de créateur!
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