vendredi 9 mai 2014

La Punition

Punition et récompense 
Les animaux sont sensibles aux punitions et aux récompenses. en fonction du principe du plaisir: agréable, désagréable. Mais aucun animal ne fonctionne que selon le principe du plaisir...  Neanmoins cette référence reste fondamentale pour toute éducation d'un animal domestique ou d'un être humain. C'est un mode de conditionnement.
Nous avons eu tendance à négliger la récompense pour favoriser la punition, mais la tendance actuelle est plutôt à l'inverse.

L'intervention éducative porte sur la différenciation du bien et du mal, dans un rapport de force. En principe, l'éducateur impose ce qu'il croit bien. Souvent c'est la situation qui impose de différencier le bien du mal, sous la forme du bon ou du mauvais. Par exemple, la douleur de la brûlure évite la destruction du membre.

L'éducation provient, chez les mammifères, d'apprentissages; ceux-ci résultent de la confrontation de l'individu à l'environnement, en fonction d'une lecture propre à chaque espèce, l'instinct, qui est au delà du principe du plaisir; c'est la mise en place de significations stables qui seront de plus en plus finement élaborées grâce à l'expérience. L'expérience permet la mise en place des signes qui indiquent la signification. Par exemple telle odeur indique la présence d'un aliment spécifique qui convient à un besoin; l'envol de tel oiseau indique un danger avant que le danger lui-même ne soit identifié.
Que ce soit inné ou acquis, l'animal apprend à gérer sa relation au monde en commençant par sa propre sauvegarde. Si nous regardons de plus prés, la sauvegarde qu'il défend n'est pas tant la sienne que celle de son espèce, fut-ce à son détriment individuel. Aucune notion d'amour n'est nécessaire n'en déplaise à Walt Disney, il suffit de constater l'indifférence d'une gazelle broutant à quelques mètres d'une qui se fait dévorer.

Et pour l'enfant?
Et bien c'est différent, parce que l'enfant n'a pas d'instinct, du fait de sa grande prématurité. C'est pourquoi nous constatons que le parent est beaucoup plus intervenant auprès de l'enfant que chez les autres mammifères. L'enfant n'a initialement que le principe du plaisir comme référence. Pas de référence à l'espèce, pas de grille de décryptage, pas de notion du bien ou du mal. S. Freud disait qu'il est  "pervers polymorphe", ce qui a été source de beaucoup de malentendus. L'enfant est beaucoup moins équipé au départ et doit beaucoup plus importer que ses collègues mammifères.
L'enfant est conditionné et influençable. Son éducateur utilisera beaucoup plus le plaisir-déplaisir dans sa relation avec lui que le font ses congénères animaux. Les autres "poussent" plus spontanément, plus naturellement. Les êtres humains ne sont pas des animaux naturels et leur élevage est artificiel et donc plus variable qu'ailleurs.

L'enfant est un être inachevé et en cours d'évolution, ce à quoi participe les parents. Il ne se
contente pas de prélever sur l'adulte ce dont il à besoin (le lait), il se construit en inter-relation avec ses parents; il lui faut l'intervention de l'adulte pour l'aider à exister et à évoluer de façon favorable. Si le parent ne s'occupe pas de l'enfant, il meurt ou du moins n'évolue pas favorablement.

Les parents ont la charge d'organiser la relation de l'enfant au monde et influent aussi sur la relation que celui-ci aura avec lui-même, ultérieurement. Il ne s'agit pas que de survie, il y va de son existence parmis les autres, des moyens qu'il acquiert et de ce qu'il fera de sa vie.
Il ne faut pas croire que pour autant l'enfant n'est que le produit des parents. Ceux-ci indéniablement le conditionne au delà de ce qu'ils repèrent eux-même, au-delà de leur intentions; mais leur influence leur échappe, prend des formes inattendues et seront interprétées et "habitées" par l'enfant, à sa façon.

Si tout va bien,"pas de problème", mais comment savoir? Par contre quant ça va mal, on s'inquiète
plus facilement. "Pas de nouvelles, bonnes nouvelles!" Est-ce si sûr? Ce qui est habituel, c'est que
l'enfant qui dérange se "fait plus remarquer" que celui qui va bien.
De toute façon le parent doit intervenir car un enfant ne pousse pas tout seul. 

L'enfant dérange, il ne peut en être autrement. Élever un enfant est un travail et l'intérêt que l'on peut y trouver est d'autant plus grand qu'on renonce à traiter cela en simple évaluation du plaisir qu'on y prend. Élever un enfant est un engagement dans le temps vis à vis de soi-même dont l'enfant est dépositaire et bénéficiaire.

L'influence de l'adulte doit être au service de l'autonomie de l'enfant. Les conditions de réalisation ne sont pas toujours agréables, c'est mieux quant c'est le cas, car le bien-être est un facteur important de réussite.
Mais parfois l'adulte doit contraindre l'enfant, car initialement l'enfant ne peut se gouverner lui-
même. Il n'obtiendra les moyens physiques et psychiques qu'au debut de l'adolescence, à la fin de laquelle il parviendra en principe, à l'autonomie sociale. L'adulte est censé avoir obtenu les  moyens et l'usage de ceux-ci pour s'insérer socialement et être capable d'être satisfait de ses réalisations.

L'évolution de l'enfant dépend beaucoup des influences auxquelles il est soumis. Conscientes ou pas, les contraintes sont à priori désagréables, mais pas systématiquement. L'enfant va s'organiser et y être organisé par ces contraintes qui agissent sur la construction de son architecture psychique et physique, sur la façon dont il va habiter son corps, ses relations, comment et en quoi il va investir relations et objet.
Il est inutile de se lancer dans un débat entre l'acquis et l'inné. L'interrelation inévitable oblige l'adulte à s'adapter à l'enfant et rend tout programme général d'éducation inadéquat au cas particulier qu'est chaque enfant, dans notre société. Rares sont les bons conseils généralisables...Néanmoins nous pouvons essayer d'établir quelques orientations et des repères.

Le développement de l'enfant est de moins en moins connu par l'adulte. En effet les adultes n'ont plus l'expérience de leurs ancêtres qui vivaient dans des familles nombreuses; ceux-ci étaient en contact
très tôt avec tous les âges de la vie et chargés de responsabilités en fonction des necessités et de leurs capacités à y faire face. Actuellement les fratries se réduisent et les connaissances s'acquièrent dans
les livres, plus que par l'expérience. Les parents sont attentifs mais ignorants et chargés de préjugés non fondés par l'expérience.
Il n'est pas inutile d'apprendre quelques notions sur le développement de l'enfant, mais il faut admettre qu'un savoir-faire ne suffit pas dans cette aventure.

Aimer un enfant
Il faut aimer les enfants pour qu'ils aillent bien, pense-t-on. Nombreux sont ceux qui croient que c'est l'essentiel, voire que tout est là. Pourquoi?

L'amour est d'autant plus important pour l'enfant que son entourage est restreint. L'amour à son égard est sa meilleure garantie apparente d'être soutenu: l'amour semble la meilleure garantie de
sécurité et d'existence. La sécurité est celle de la permanence à exister, l'existence est la qualité de la place attribuée par l'entourage.
Pourtant il y a bien des façons d'aimer!
L'adulte doit savoir que le plus important est le respect: respect de l'enfant, respect des parents.
C'est le respect qui donne forme à l'existence, c'est le respect qui permet de sortir de la confusion. Le respect est fondé sur la séparation nécessaire avec autrui pour exister de façon autonome: le respect le signe et le moyen du droit à l'existence.

Nous pouvons aimer de multiple façons. L'amour à comme principal avantage de créer la sécurité d'un monde solide, apparemment immuable, dans lequel l'enfant peut se mouvoir et évoluer. Plus ce monde est instable, plus il s'y sent mal, menacé. Ses points d'appuis se sont réduits avec la réduction historique du nombre des membres de la famille, l'enfant en devient plus vulnérable.
Lorsque les relations sont ébranlées, l'enfant se défend en prenant la faute sur lui, le plus souvent.
C'est ainsi qu'un enfant peut se retrouver traumatisé d'une accusation formulée ou imaginée, qu'il ne
comprend pas, c'est à dire qu'il ne peut inscrire dans un sens.

Plus que d'aimer l'enfant, il faudrait aimer et respecter la relation avec lui. L'amour ne vaut pas tant 
pour le  sentiment éprouvé par l'adulte, mais pour la relation entretenue avec l'enfant.
Cette relation soutient le bien-être de l'enfant, mais aussi sa progression vers plus d'autonomie. Aimer un enfant n'est pas "s'attacher", mais l'aider à étendre ses investissements et réalisations.

 La punition
La punition est un moyen de  forcer l'enfant à se soumettre à des limites. Elle est censée "corriger" un comportement, un propos. La punition n'est pas un moyen éducatif, ni pour les enfants, ni pour les adultes; elle est la mise en place d'un rapport entre fort et faible.
La punition sous-entend que le puni sache qu'il transgresse. Elle n'est pas un moyen de découverte de limites, mais de confirmation de limites.  La punition n'est donc pas un moyen d'apprentissage.

Plus que de punir, il faut avertir l'enfant des conséquences, ce qu'il vérifiera tôt ou tard, d'une façon ou d'une autre.
Éduquer c'est transmettre des limites et des repères. Mais il ne faut pas surestimer les capacités de compréhension de l'enfant et adapter la forme de l'information en fonction de son âge. 
La répétition est souvent nécessaire au repérage qui est progressif et partiel. Il faut se méfier de l'illusion de communication propre aux familles. Elle est souvent à l'origine de malentendus et de suspicions. 

Nous pouvons repérer trois modes d'intervention:  L'avertissement est l'indication d'un risque, quelque soit sa nature et son origine. Il aide l'enfant à intégrer un événement en favorisant la construction d'un jugement. L'avertissement s'appuie sur une représentation réalisable par l'enfant, qui n'est compréhensible pour lui que s'il peut lier cause et conséquence. 

La  sanction a le but de permettre ou d'obliger l'enfant à repérer un franchissement interdit. Elle 
indique un désaccord avec l'adulte ou l'environnement et introduit un déplaisir contrariant l'action de l'enfant. La sanction enseigne une valeur relationnelle à prendre en compte par l'enfant, une valeur à respecter. Elle est censée favoriser l'élaboration de l'enfant qui doit prendre en compte une référence obligatoire ignorée jusque-là et lui faire place dans son monde. La sanction est au service de l'autonomie de l'enfant.

La punition, contrairement à l'avertissement, doit être exceptionnelle. Elle ne se justifie que pour des enjeux repérés et identifiés. Elle exclue l'ignorence. 
La punition confirme à l'enfant la détermination de l'adulte à imposer une valeur essentielle. C'est un prix à payer, imposé par les parents, du manque délibéré de respect à leur égard. La punition s'adresse à l'enfant qui sait qu'il a commis un acte grave par non respect de valeurs essentielles identifiées. La punition est une prise de position affirmée de l'adulte qui impose à l'enfant et contre l'enfant, le respect de valeurs que l'enfant conteste. Celle-ci doit s'accompagner d'explications certes, mais doit être comprise comme un moyen d'évaluation de la détermination du parent. C'est la réponse à une question sur l'engagement du parent par rapport à ses propres valeurs. La punition dans sa forme exige de la fermeté, pas de l'agressivité.

 Les parents doivent savoir qu'elle cause ils servent, quant ils agissent et quelle forme adequoite est utile, pour que l'enfant comprenne, à fin de favoriser son autonomie progressive. Les parents ne peuvent pas être toujours approuvés par l'enfant, celui-ci n'étant pas toujours en mesure de comprendre le pourquoi ou le comment.

Il ne faut pas sous-estimer l'inévitable conditionnement et le  pouvoir de suggestion. Les parents ne peuvent pas être que de bons agents exécutants une bonne éducation; ils sont forcément auteurs, c'est à dire créateurs, avec l'importante responsabilité des choix qu'ils font. C'est particulièrement vrai pour la punition qui est un forçage de l'enfant contre la prise de position de ce dernier. Il ne peut pas y 
avoir absence complète d'agressivité, car la contrainte elle-même est agressive, mais l'agressivité n'est pas nécessaire dans la forme. Lorsque c'est le cas, le rique est que cette agressivité de forme déconsidère le fond de l'acte, sa raison d'être. N'oublions pas que l'agressivité manifeste la volonté de contraindre autrui, malgré son désaccord et avec un coût certain pour lui.

La punition n'est pas anodine, bien qu'elle puisse parfois le sembler à l'attitude de l'enfant qui peut sembler inappropriée. Sa référence à la justice est essentielle pour son intégration. L'enfant qui ne se sent pas en faute, ressent le parent comme injuste et mauvais, en contradiction avec la répartition du bien et du mal, qui pour lui, doit gouverner le monde. Cette répartition est radicale pour l'enfant et ne se nuance que progressivement avec la découverte de la subjectivité et des différences entre les personnes. L'enfant n'est pas tolérant, bien qu'il soit sensible.

La punition dans la société, prétend imposer le respect des valeurs de la société par les individus qui sont sensés les connaître: "nul n'est sensé ignorer la loi". Néanmoins le législateur ne considère pas que l'enfant soit responsable du pourquoi il agit et qu'il est en apprentissage du comment il doit agir. Aussi il faut être prudent dans les estimations que l'on a des capacités de l'enfant à comprendre. Celles-ci sont d'installation progressives at souvent plus lentes qu'on le croit. L'exemplarité, la répétition et la patience sont indispensables et souvent l'enfant n'assimile qu'après coup.

Avant 5/6 ans un enfant n'est pas capable d'assimiler une règle en tant que telle. La règle énoncée est attribuée à l'adulte qui est le garant de cette règle qu'il fait exister; elle est un effet de suggestion, pas d'expérience. Il n'est pas rare que l'enfant puisse adhérer à une règle inverse avec celle d'un autre adulte, si celui-ci se présente comme garant de cette règle. C'est pourquoi l'enfant se tourne volontiers vers l'adulte qui lui propose la règle la plus agréable, souvent la moins contraignante. Ce n'est pas de la manipulation, c'est de la logique.


N'oublions pas que si les confrontations sont inévitables, les récompenses obtiennent de meilleurs résultats pour acquérir une autonomie que ne le permettent les punitions!