L'amour est devenu une préoccupation générale et une occupation essentielle.
En occident depuis "le Banquet" de Platon où tour à tour Socrate donne la parole à chacun pour définir l'amour, nous ne cessons générations après génération de tenter de cerner ce qu'il en est. Mais est-ce un sentiment, une émotion, une pensée, un acte, etc...?
Nous proposons par envisager son lieu principal actuellement en Occident: le couple. Celui-ci n'est pas seul lieu possible et n'est peut-être pas le lieu d'origine de l'amour, mais indique une relation particulière sous-tendu par un lien particulier.
La vie à deux, créations et turpitudes, est-ce un pari utopique, le fruit d'un sentiment particulier, une résignation de vaincu, un choix de prudence raisonnable, une complémentarité , une passion, un mode de réalisation, un moyen d'existence, etc...?
Après le paroxysme de la rencontre amoureuse, y a-t'il la fatalité d'un decrescendo de l'intérêt, voir de la désillusion? La vie commune finit elle forcément par un affadissement de la relation?
L'amour finit-il en cage, l'homme captif, la femme résignée? Enfermement ou piège qui conduit à la rupture ou à la fuite?
Rares sont ceux qui croient longtemps au merveilleux, mais beaucoup espèrent en secret, même sans chercher. Les hommes, dit-on finissent par y trouver refuge, là ou les femmes y verraient un point d'appuis à leur essor social. Entente donc ou plutôt mésentente assurée et sécurisante d'un bonheur insatisfaisant.
Le merveilleux n'est que croyance d'enfant, illusion confortable qui disparaît aux épreuves de réalité. Mais si les enfants inventent le merveilleux pour supporter leur dépendance, sommes-nous incapables adulte de le créer?
Essayer de comprendre l'autre? Mais justement il s'obstine à rester autre, échappant à toute explication, se dérobant à toute définition; je voudrais qu'il me rassure d'être-là comme je l'attend et le voilà ailleurs ou différent! Je voudrais qu'il me surprenne agréablement et le voilà identique à lui-même figé à la même place dans la même relation, fixité d'un miroir qui me reflète dans l'ennui voir dans le mortifère.
La rencontre, avec la surprise de l'importance attribuée à l'autre, n'est qu'un effet de séduction, de projection et d'illusion. Mais cette rencontre illusoire et ratée, ne peut-elle réussir au-delà de l'imaginaire, par un franchissement de éphémère grâce à l'engagement? La séduction n'est pas sans raisons, mais quelles raisons? Quelles valeurs ont elles?
Et le désir?
L'encombrante question du désir, est-ce possession pour les hommes et valorisation pour les femmes, attelage improbable et boiteux qui s'obstine à se joindre sans se rejoindre, sinon dans le fantasme?
L'amour cherche la réalisation du désir, mais ne trouve plus souvent frustrations et mal-entendus qu apaisement; faut-il s'obstiner et pourquoi?
Le culte de l'intensité a été une tentative pour palier au ratage amoureux, par exemple dans la passion amoureuse.
À notre époque, après les romantiques inventeurs de l'amour inaccessible, nous nous sommes précipités dans la consommation sans prudence. L'astuce des romantiques étaient que, suite au libertinage qui avait conduit à l'écoeurent, ils conclurent que l'amour réussi ne pouvait être que non réalisable. Ainsi l'amour prit la figure de l'être perdu à jamais, mort de préférence, permettant l'intensité extrême d'un amour sans rencontre véritable et donc sans démenti.
Moins prudents et plus ignorants, nous voulons mettre en application l'extrême sensation, comme si l'intensité émotionnelle était une garantie d'authenticité.
Mais à ce moment finie la paix au profit des convulsions qui, d'être imaginaires n'en sont pas moins confrontées au réel d'une relation tourmentée :disputes, fureurs et réconciliations entrainent chacun dans une sur-enchère d'épreuves. Le salut est dans la fuite, avec le mensonge de l'accusation, ou dans la soumission, avec le mensonge de la compromission. C'est l'adolescence de l'amour: l'intense et l'extrême de l'adolescent.
L'intensité peut néanmoins être plus qualitative que quantitative. Mais c'est plus difficile!
Pourquoi l'amour des parents est-il un échec?
Sauf idéalisation forcée ou ignorance délibérée , l'amour des parents est toujours un échec aux yeux des enfants.Un échec criant ou discret, mais un échec. Ainsi ils se promettent de faire mieux ou du moins autrement. De toute façon cela ne peut qu'être autre chose de réussir.
En effet nous pouvons jouer, écrire, danser, chanter, peindre, parler à la manière de, mais nous ne
pouvons pas aimer à la manière de! Parce qu'aimer c'est créer! Le rejet des enfants traduit moins un échec patent qu'une impossibilité à imiter. Il va falloir inventer une solution nouvelle avec peu de savoir-faire.
Le couple ne trouve pas sa seule raison d'être dans l'amour. Il suffit de regarder autour de soi. L'amour reste pourtant le signe de la réussite du couple, au point qu'il en fait l'affiche parfois comme moyen d'auto-conviction. Il semble y être essentiel, le plus souvent raison d'être du couple, du moins à l'origine.
L'amour est d'actualité, cela n'a pas toujours été. Lorsque leurs parents mariait au 18 ême siècle, la Marie avec le Fernand, ils n'était pas toujours question d'amour et cela ne se passait pas forcément mal. C'était une autre société. Le sentiment amoureux était moins prisé, bien que l'attachement réciproque se produisait le plus souvent.
La jouissance du corps:
Et le corps avec la jouissance et l'effusion: est-il une primauté, une obligation? La jouissance est-elle signe de l'amour? L'ennui est-il le signe de l'échec? Ou est-ce l'indifférence? La répétition tue-t'elle le désir, tue-t'elle l'amour?
Nous voulons un épanouissement sexuel en dédommagement du coût, le confort et la tendresse ne suffisant plus. Et voilà que la sexologie s'en mêle, conduisant les relations sexuelles à des pratiques de gymnastique et d'hygiène décomplexée, en place d'un dévergondage craintif. Le dérisoire devient le standard du grotesque partagé où "le normal" devient l'étendard à suivre.
La sexualité rassure par sa pratique quantifiée en durée et en rythme, en figure et en position, miroir où chacun se regarde attentif à l'obtention d'un orgasme fantastique à défaut d'être fantastique. Et si vous n'êtes pas content veuillez vous rhabiller ou vantez-vous comme les autres, persuadez-vous qu'à prendre votre pied la vie vaut la peine d'être vécue!
Et l'érotisme est-il le secret de l'amour? Faut-il alors s'éviter, rester dans un éphémère qu'il s'agit de faire durer encore et encore? Y a-il une pratique de l'érotisme qui, tel que l'enseigne le Kamazoutra correspondrait à une typologie, permettrait l'entretien de l'amour comme d'un jardin secret? La rencontre transgressive permet-elle un érotisme garantissant la perpétuation de l'amour?
La répétition:
Y a-t'il un bonheur possible dans la répétition ? Mais est-ce au prix de la satisfaction?
L'amour est-il une tragédie consentie par sagesse ou par persistance d'un fantasme d'aboutissement?
L'amour satisfait se termine-t'il, la fin étant la finalité?
Le désir est-il l'obstacle de l'amour cherchant toujours plus, ailleurs, du nouveau. Le désir se répétant ne peut-il se fixer que sur ce qui lui échappe, réduisant tout partenaire à être qu'un passager d'amour? Peut-il trouver à se renouveler dans la même adresse avec exultation, sans être écrasé par l'identique?
L'amour doit-il être bête et obstiné, conservation d'un bien, d'un avantage social au delà ou en dépit du sentiment, est-il intéressé par autre chose que lui-même?
Et l'espérance est-elle nécessaire, indispensable? La répétition permet elle d'atteindre l'authenticité ou l'épuisement?
Et la dispute?
Meilleure moyen d'éviter l'ennui? Moyen cathartique d'expulser les malentendus?
Recordage nécessaire d'une relation qui se délite?
Y a-t'il de l'amour sans conflits? Faut-il les exprimer ou les taire, les résoudre ou les fuir?
La raison est-elle le pilote ou le sentiment doit-il gouverner? Et l'émotion n'est-elle pas l'essentiel?
Tous trois sont si difficiles à accorder, tout d'abord avec soi-même, alors comment faire avec l'autre!
Les bonnes résolutions peuvent-elles aider? À tête refroidie est-on meilleur amoureux que dans la passion? Y a-t'il amour sans passion et passion sans dispute?
La passion est-elle un danger ou une nécessité? De plus elles nous tourment par leur survenues comme par leur départ. Et puis ,lorsqu'elles sont là, elles nous dominent plus que nous
les dominons, conduisant à la confrontation plutôt qu'à l'entente, à la lutte contre plutôt qu'à la lutte pour!
Vieillir ensemble sans céder sur son désir, dit-on, mais est-ce que le désir c'est l'envie? " j'ai envie de
toi" est-ce de l'amour?
À suivre...