Autre question essentielle: à quoi servent les parents? Il semblerait que la réponse soit évidente! Et pourtant... Examinons nos préjugés.
Avoir un enfant est considéré comme un droit universel. Il n'y a pas de conditions sociales requises pour avoir un enfant. Certes, il y a des obligations après, mais pas avant. Et, exception faite des stérilisations et avortements forcés, toujours condamnées par la suite, on ne connait pas de restrictions à ce droit. Pourquoi?
Avoir un enfant est considéré comme un droit universel. Il n'y a pas de conditions sociales requises pour avoir un enfant. Certes, il y a des obligations après, mais pas avant. Et, exception faite des stérilisations et avortements forcés, toujours condamnées par la suite, on ne connait pas de restrictions à ce droit. Pourquoi?
Dans la plupart des sociétés, chacun est libre de choisir d'avoir ou pas un enfant avec quasiment n'importe qui, sauf avec un membre de la famille (interdit de l'inceste). Pourtant, dans toutes les sociétés, nous constatons la présence d'un père et d'une mère. Il faut donc en déduire que tous deux ont une utilité pour l'enfant. Lesquelles?
Une femme devient mère du fait de la naissance d'un enfant. La mère est donc de l'ordre du réel: sans enfant, pas de mère. L'enfant est "la chair de sa chair" porté par elle, développé en son sein. Nous pourrions dire qu'être mère n'a pas de sens sinon qu'elle est indispensable à la survie de l'enfant. (Nous laissons de côté pour l'instant la particularité de l'adoption.) Sur la mère sont "greffés" des organes au service de l'enfant. Les seins sont tout d'abord des mamelles sous la responsabilité de la mère pour l'enfant. La mère est donc chargée de permettre de poursuivre la survie extra-utérine de l'enfant en prolongement de ce qu'elle faisait lorsqu'il était intra utero. C'est une particularité de l'espèce humaine que les mères doivent s'occuper ainsi de leur petit pendant si longtemps.
L'enfant, initialement, est incapable d'effectuer une demande quelconque, les mères doivent donc interpréter, en fait projeter sur l'enfant. Une mère, par sa réponse à une demande supposée par l'enfant, induit un système de communication qui est celui du langage. L'adéquation des réponses en fonction des besoins réels de l'enfant permet l'apaisement de l'enfant tout en organisant chez cet enfant des repères initiaux. Nous voyons là une différence avec les autres mammifères qui auront beaucoup moins besoin d'apprentissage, étant donné que leur instinct leur permet d'être demandeur d'emblée. Chez les autres mammifères, l'évolution de la relation entre le petit et la mère est davantage une question de maturité que la transmission d'une organisation relationnelle.
Le petit de l'homme, plus lent à acquérir une maturation physiologique, est non seulement organisé par celle-ci mais aussi par l'influence du sens introduit par l'environnement. La relation de l'enfant avec sa mère est une relation basée sur l'interprétation là où les autres animaux fonctionnent sur le registre du décryptage de signes. L'interprétation, moins constante et fermée que le décryptage, ne conduit pas à une signification fixe ou immuable mais ouvre à un sens qui dépendra en partie des associations effectuées.
La mère est celle qui, dans un premier temps, est indispensable à la survie de l'enfant et à sa quiétude.
L'autonomie de l'enfant ne va pas s'acquérir seulement par la maturité physique et par le jeu de l'expérience. L'enfant est sous l'influence de l'entourage. Très suggestible, il imite, suit, mais aussi s'organise et est organisé par les proches. L'influence des adultes proches agit évidemment sur les formes, mais aussi sur le fond. De nombreuses études montrent ces influences: dans le mimétisme, pour les limites et les repères, mais aussi dans les connections des neurones du cerveau et dans l'acquisition des capacités intellectuelles et physiques.
L'autonomie est liée au développement des capacités d'effectuer des choix et de les assumer. L'enfant n'est pas considéré comme responsable de l'origine de l'acte, mais de la forme de l'action. C'est un agent exécutant et non un auteur. L'enfance est la période d'une évolution d'acquisition de moyens. Moyens nécessaires pour pouvoir devenir un individu, qui est l'unité de base de notre société.
L'autonomie, dans sa dimension relationnelle, s'effectue surtout par rapport à sa mère, dans la mesure où il doit apprendre à faire, pour lui-même, ce que sa mère faisait pour lui.
Donc la plus grande dépendance est par rapport à la mère, c'est d'ailleurs ce que l'on constate habituellement. L'évolution de la relation mère-enfant est une suite de modifications, avec mise en place successive d'un nouvel équilibre relationnel, qui doit prendre en compte, au fur et à mesure, les nouvelles acquisitions de l'enfant.
Nous voyons la transformation d'un enfant dans son aspect et son comportement, mais c'est dans ses relations que nous pouvons évaluer ses progrès d'autonomie.
L'enfant ne devient pas plus indépendant. Au contraire, plus il grandit, plus augmente le nombre de personnes dont il dépend. Initialement il peut ne dépendre que de sa mère: elle est au commencement. Relation première, essentielle, indispensable, il est nécessaire qu'elle ne soit pas toute à lui et qu'elle se "complète" ailleurs dans d'autres relations. C'est une première souffrance pour l'enfant et pour elle de renoncer à une complétude parfois éprouvée lors de la grossesse. Elle doit faire le deuil du merveilleux et accepter l'angoisse de la séparation et de la modification de la relation.
Ce premier moment de séparation n'est pas celui de l'accouchement, mais celui de la naissance de l'enfant. Moment ou l'enfant est marqué d'un nom qui le désigne en propre, sans le qualifier sinon d'être un garçon ou une fille, ce qui n'est pas anodin.
Ce moment de séparation peut se constater lors du baby-blues, ou plus dramatiquement dans la psychose puerpérale. Moment de deuil de l'état de grossesse et moment de vacillation de l'identité.
Ces moments d'épreuves peuvent être muées en enthousiasme, surtout lorsque l’entourage est porteur et accompagne ce passage d'un état à l'autre.
La mère doit accepter l'évolution d'une relation où elle perd de plus en plus de pouvoir, où son importance se réduit et surtout se relativise, où elle supplée de moins en moins aux déficiences de son enfant. Avoir un enfant, c'est pour elle lui permettre et favoriser qu'il puisse progressivement se passer d'elle. Avoir un enfant c'est accepter de le perdre! C'est bien dans l'amour qu'elle lui porte qu'elle puise la force de soutenir son engagement. Et c'est cet engagement qui permet sa satisfaction, quant aux effets, qui ne dépendent pas que d'elle, ils seront source de toutes sortes de plaisirs et parfois de déplaisir.
Nous sommes à un époque où on mise beaucoup sur son enfant, parfois on mise sa vie! Ce n'est pas lui rendre service. Nous sommes passés, suite à la diminution du nombre d'enfants par famille, du "élever" un enfant à "avoir" un enfant. Autrefois, dans la société précédente, une femme entrait en maternité, tandis que d'autres entraient en religion. Maintenant l'enfant est voulu, investi, attendu, calculé, etc... c'est une affaire de la plus haute importance et l'on est prié de ne pas se tromper, d'avoir bien tout préparé, parfois tout prévu, de ne pas rater le bon moment ni le bon départ, d'être heureux bien que cela complique tellement la vie, d'aimer cet enfant comme si vous l'aviez choisi entre tous...
Cette idéalisation récente de l'Enfant n'est pas un avantage pour lui. Non seulement il ne pourra que plus ou moins décevoir, mais cela lui sera défavorable, ne serait-ce qu'en favorisant la croyance que le monde va s'organiser autour de lui. Idéaliser un enfant n'est pas le respecter dans ses besoins réels!
La mère doit donc s'adapter à son enfant pour être "suffisamment bonne", mais pas pour que son enfant soit le miroir qui la rassure, ni le signe de sa réussite. C'est aux parents d'adopter l'enfant, pas a l'enfant d'adopter ses parents. Cette adaptation de la mère se fera en fonction de ce qu'elle a appris précédemment, auprès de sa mère, auprès d'autres mères et au contact de petits enfants, mais pas seulement.
Nous sommes à une époque où les jeune mamans sont plus ignorantes en expérience, bien qu'elles sachent davantage de façon intellectuelle: plus de représentations et mois de savoir faire. Cette situation d'isolement favorise le doute et surtout l'angoisse. La technique ne peut suppléer au vécu. Nous savons depuis longtemps que nos émotions intenses réduisent nos capacités intellectuelles, même sans être paniqué. De plus, le vécu appelle le vécu, l'émotion présente renvoie aux émotions passées.
La jeune maman va associer à ses références du passé toujours actives, la situation présente. Plus la jeune mère se sent seule, moins elle a l'expérience du pouponage et de l'élevage des enfants, et plus elle répète sa propre histoire, inscrite en elle à son insu, références inconscientes mais inévitables de ce qu'elle découvre, interprète, met en oeuvre. Élever un enfant, c'est lui transmettre des valeurs, des références, des repères. La maman satisfait les besoins, mais aussi transmet son histoire. Cette histoire, réinterprétée par elle, est inévitable et nécessaire à la construction de la personnalité de l'enfant. Elle lui transmet une problématique qui va lui servir à aborder le monde, à y prendre place, à s'organiser. Elle n'est pas la seule à transmettre cet héritage, le père aussi, les proches parfois, ce qui fait que chacun de nous a une histoire qui commence avant lui.
Nous sommes à une époque où l'enfant est de plus en plus isolé dans des relations duelles, propices aux émotions intenses et aux malentendus dramatiques. La famille de l'enfant se réduit de plus en plus, et ce n'est pas sa sacralisation qui aidera à un développement épanoui. Pour l'enfant, les meilleures conditions de développement sont celles d'un monde paisible, sécure, dans lesquelles il peut développer en toute tranquillité ses croyances, remplacées à l'âge adulte par ses jugements. Dans un premier temps, habituellement, c'est essentiellement à sa mère qu'incombe cette tâche.
Certains parents seront mis à rude épreuve par un enfant malade, au comportement étrange ou au développement inhabituel, nécessitant beaucoup de présence, de patience, de persévérance, épreuve où le couple est souvent seul, ce qui rend nécessaire une solidarité parfois héroïque. Élever un enfant peut être une épreuve redoutable, complique toujours la vie mais donne des possibilités de satisfaction inconnues sans lui.
Sommaire: I. C'est difficile
Précédent: III. L'enfant paraît
Suivant: IV. Le père
L'enfant, initialement, est incapable d'effectuer une demande quelconque, les mères doivent donc interpréter, en fait projeter sur l'enfant. Une mère, par sa réponse à une demande supposée par l'enfant, induit un système de communication qui est celui du langage. L'adéquation des réponses en fonction des besoins réels de l'enfant permet l'apaisement de l'enfant tout en organisant chez cet enfant des repères initiaux. Nous voyons là une différence avec les autres mammifères qui auront beaucoup moins besoin d'apprentissage, étant donné que leur instinct leur permet d'être demandeur d'emblée. Chez les autres mammifères, l'évolution de la relation entre le petit et la mère est davantage une question de maturité que la transmission d'une organisation relationnelle.
Le petit de l'homme, plus lent à acquérir une maturation physiologique, est non seulement organisé par celle-ci mais aussi par l'influence du sens introduit par l'environnement. La relation de l'enfant avec sa mère est une relation basée sur l'interprétation là où les autres animaux fonctionnent sur le registre du décryptage de signes. L'interprétation, moins constante et fermée que le décryptage, ne conduit pas à une signification fixe ou immuable mais ouvre à un sens qui dépendra en partie des associations effectuées.
La mère est celle qui, dans un premier temps, est indispensable à la survie de l'enfant et à sa quiétude.
L'autonomie de l'enfant ne va pas s'acquérir seulement par la maturité physique et par le jeu de l'expérience. L'enfant est sous l'influence de l'entourage. Très suggestible, il imite, suit, mais aussi s'organise et est organisé par les proches. L'influence des adultes proches agit évidemment sur les formes, mais aussi sur le fond. De nombreuses études montrent ces influences: dans le mimétisme, pour les limites et les repères, mais aussi dans les connections des neurones du cerveau et dans l'acquisition des capacités intellectuelles et physiques.
L'autonomie est liée au développement des capacités d'effectuer des choix et de les assumer. L'enfant n'est pas considéré comme responsable de l'origine de l'acte, mais de la forme de l'action. C'est un agent exécutant et non un auteur. L'enfance est la période d'une évolution d'acquisition de moyens. Moyens nécessaires pour pouvoir devenir un individu, qui est l'unité de base de notre société.
L'autonomie, dans sa dimension relationnelle, s'effectue surtout par rapport à sa mère, dans la mesure où il doit apprendre à faire, pour lui-même, ce que sa mère faisait pour lui.
Donc la plus grande dépendance est par rapport à la mère, c'est d'ailleurs ce que l'on constate habituellement. L'évolution de la relation mère-enfant est une suite de modifications, avec mise en place successive d'un nouvel équilibre relationnel, qui doit prendre en compte, au fur et à mesure, les nouvelles acquisitions de l'enfant.
Nous voyons la transformation d'un enfant dans son aspect et son comportement, mais c'est dans ses relations que nous pouvons évaluer ses progrès d'autonomie.
L'enfant ne devient pas plus indépendant. Au contraire, plus il grandit, plus augmente le nombre de personnes dont il dépend. Initialement il peut ne dépendre que de sa mère: elle est au commencement. Relation première, essentielle, indispensable, il est nécessaire qu'elle ne soit pas toute à lui et qu'elle se "complète" ailleurs dans d'autres relations. C'est une première souffrance pour l'enfant et pour elle de renoncer à une complétude parfois éprouvée lors de la grossesse. Elle doit faire le deuil du merveilleux et accepter l'angoisse de la séparation et de la modification de la relation.
Ce premier moment de séparation n'est pas celui de l'accouchement, mais celui de la naissance de l'enfant. Moment ou l'enfant est marqué d'un nom qui le désigne en propre, sans le qualifier sinon d'être un garçon ou une fille, ce qui n'est pas anodin.
Ce moment de séparation peut se constater lors du baby-blues, ou plus dramatiquement dans la psychose puerpérale. Moment de deuil de l'état de grossesse et moment de vacillation de l'identité.
Ces moments d'épreuves peuvent être muées en enthousiasme, surtout lorsque l’entourage est porteur et accompagne ce passage d'un état à l'autre.
La mère doit accepter l'évolution d'une relation où elle perd de plus en plus de pouvoir, où son importance se réduit et surtout se relativise, où elle supplée de moins en moins aux déficiences de son enfant. Avoir un enfant, c'est pour elle lui permettre et favoriser qu'il puisse progressivement se passer d'elle. Avoir un enfant c'est accepter de le perdre! C'est bien dans l'amour qu'elle lui porte qu'elle puise la force de soutenir son engagement. Et c'est cet engagement qui permet sa satisfaction, quant aux effets, qui ne dépendent pas que d'elle, ils seront source de toutes sortes de plaisirs et parfois de déplaisir.
Nous sommes à un époque où on mise beaucoup sur son enfant, parfois on mise sa vie! Ce n'est pas lui rendre service. Nous sommes passés, suite à la diminution du nombre d'enfants par famille, du "élever" un enfant à "avoir" un enfant. Autrefois, dans la société précédente, une femme entrait en maternité, tandis que d'autres entraient en religion. Maintenant l'enfant est voulu, investi, attendu, calculé, etc... c'est une affaire de la plus haute importance et l'on est prié de ne pas se tromper, d'avoir bien tout préparé, parfois tout prévu, de ne pas rater le bon moment ni le bon départ, d'être heureux bien que cela complique tellement la vie, d'aimer cet enfant comme si vous l'aviez choisi entre tous...
Cette idéalisation récente de l'Enfant n'est pas un avantage pour lui. Non seulement il ne pourra que plus ou moins décevoir, mais cela lui sera défavorable, ne serait-ce qu'en favorisant la croyance que le monde va s'organiser autour de lui. Idéaliser un enfant n'est pas le respecter dans ses besoins réels!
La mère doit donc s'adapter à son enfant pour être "suffisamment bonne", mais pas pour que son enfant soit le miroir qui la rassure, ni le signe de sa réussite. C'est aux parents d'adopter l'enfant, pas a l'enfant d'adopter ses parents. Cette adaptation de la mère se fera en fonction de ce qu'elle a appris précédemment, auprès de sa mère, auprès d'autres mères et au contact de petits enfants, mais pas seulement.
Nous sommes à une époque où les jeune mamans sont plus ignorantes en expérience, bien qu'elles sachent davantage de façon intellectuelle: plus de représentations et mois de savoir faire. Cette situation d'isolement favorise le doute et surtout l'angoisse. La technique ne peut suppléer au vécu. Nous savons depuis longtemps que nos émotions intenses réduisent nos capacités intellectuelles, même sans être paniqué. De plus, le vécu appelle le vécu, l'émotion présente renvoie aux émotions passées.
La jeune maman va associer à ses références du passé toujours actives, la situation présente. Plus la jeune mère se sent seule, moins elle a l'expérience du pouponage et de l'élevage des enfants, et plus elle répète sa propre histoire, inscrite en elle à son insu, références inconscientes mais inévitables de ce qu'elle découvre, interprète, met en oeuvre. Élever un enfant, c'est lui transmettre des valeurs, des références, des repères. La maman satisfait les besoins, mais aussi transmet son histoire. Cette histoire, réinterprétée par elle, est inévitable et nécessaire à la construction de la personnalité de l'enfant. Elle lui transmet une problématique qui va lui servir à aborder le monde, à y prendre place, à s'organiser. Elle n'est pas la seule à transmettre cet héritage, le père aussi, les proches parfois, ce qui fait que chacun de nous a une histoire qui commence avant lui.
Nous sommes à une époque où l'enfant est de plus en plus isolé dans des relations duelles, propices aux émotions intenses et aux malentendus dramatiques. La famille de l'enfant se réduit de plus en plus, et ce n'est pas sa sacralisation qui aidera à un développement épanoui. Pour l'enfant, les meilleures conditions de développement sont celles d'un monde paisible, sécure, dans lesquelles il peut développer en toute tranquillité ses croyances, remplacées à l'âge adulte par ses jugements. Dans un premier temps, habituellement, c'est essentiellement à sa mère qu'incombe cette tâche.
Certains parents seront mis à rude épreuve par un enfant malade, au comportement étrange ou au développement inhabituel, nécessitant beaucoup de présence, de patience, de persévérance, épreuve où le couple est souvent seul, ce qui rend nécessaire une solidarité parfois héroïque. Élever un enfant peut être une épreuve redoutable, complique toujours la vie mais donne des possibilités de satisfaction inconnues sans lui.
Sommaire: I. C'est difficile
Précédent: III. L'enfant paraît