Nous avons toujours combattu les contraintes et depuis que l'homme existe, probablement. Pourtant il nous faut convenir que nous avons échoué. Certes beaucoup de contraintes on été réduites, mais de nouvelles sont apparues. Il n'y a pas d'inventions ou de découvertes qui, bien qu'elles aient pu effacer des contraintes, n'en ait créé d'autres.
Il est curieux que, malgré l'expérience individuelle ou collective, nous nous obstinions à combattre les contraintes. Souvent nous les attribuons à autrui. Cette "extériorité" de la contrainte nous victimise. Il en a résulté le progrès sociale, ou du moins l'évolution sociétale.
La liberté n'est pas une absence ou une réduction des contraintes, elle est plutôt un choix de contraintes. L'enfant n'est que progressivement en capacité de choisir; initialement c'est surtout les parents qui contraignent. Les contraintes permettent la mise en place de repères pour l'enfant.
Les premiers contraignants sont les parents.
Beaucoup de Rousseau à Sarte les accusent de mauvaise influence. Ce serait du à ce que les parents choisissent à la place de leur enfant et ainsi faussent son libre arbitre! On en est même arrivé à vouloir obtenir le consentement de l'enfant comme signe du respect de sa liberté. C'est devenu une angoisse de nombreux parents qui ainsi placent leur enfant dans une position de garant de leur acte.
Ainsi l'accord de l'enfant se fait dans un immédiat du consentement mutuel entre partenaires illusoirement égaux. Et les psy d'applaudir à cette "responsabilisation" qui ferait le lit d'une société égalitaire. En réalité il en résulte un accès à un pouvoir qu'il n'est pas en mesure d'assumer. On ne donne pas le volant à quelqu'un qui n'est pas capable de conduire. Oui les parents sont contraignants et il ne peut pas en être autrement!
Cet enthousiasme d'une marche triomphale vers une société d'autant plus égalitaire qu'elle effacerait les différences devrait être modéré. En effet elle nie un réel qu'elle ne saurait effacer parceque c'est constitutif de l'être humain:
- l'enfant n'est pas en mesure d'occuper cette place égalitaire supposée, parce qu'il n'en a pas encore les moyens et ne les acquiert que petit à petit.
- la différence sexuelle est incontournable comme socle de l'identité, puisqu'elle introduit le droit à la différence. De même qu'un garçon n'est pas pareil qu'une fille, de même un enfant n'est pas pareil qu'un adulte. Nous remarquons que cette différence une fois admise ne défini pas en quoi elle existe. Cette différence doit être évaluée. Cette évaluation implique les acteurs en présence.
N'en déplaise à beaucoup, ce qui fonde notre identité est ce qui nous sépare, repérable par ce qui nous différencie, pas ce qui nous rassemble. C'est pourquoi la tolérance envers l'Autre est indispensable. Cette tolérance est tout d'abord l'acceptation qu'il y a différence et que celle-ci doit être prise en compte.
L'enfant lui-même est autre que l'adulte. Il est en construction et fonctionne différemment de l'adulte. Son fonctionnement va évoluer en fonction de ses acquisitions physiques et psychiques, influencé par les adultes.
Le parent doit accepter d'être contraignant. Il ne s'agit pas de réduire les contraintes, il s'agit qu'elles soient justifiées. La justification des contraintes est ce en quoi elles favorisent l'autonomie progressive de l'enfant: en quoi elle lui sont utiles pour maintenant et plus tard.
Dans un premier temps c'est le sentiment de sécurité qui favorise le bon fonctionnement de l'enfant. L'enfant ne peut se sécuriser lui-même. Il est et se sait dépendant de l'adulte. La constance de son monde (place, interlocuteurs, rythmes, rituels) lui permet d'être celui qui évolue dans son monde stable. À cette période c'est son entourage qui s'adapte à lui.
Progressivement l'enfant va de plus en plus s'adapter, mais seulement progressivement. Il va s'appuyer sur des croyances qui lui servent à imaginer une organisation générale; progressivement
ses croyances vont être remplacés par des jugements; ceux-ci ne pourrons être complets qu'à l'âge
adulte.
Le développement neuro-physiologique de l'enfant ne se termine que vers 16 à 18 ans et sa maturité relationnelle plus tard, qu'au delà de l'adolescence (certains ne l'atteignent jamais)
Élever un enfant est lui permettre et favoriser cette maturation. Élever, ou plutôt accompagner un adolescent, est favoriser sa maturité vers l'état d'adulte.
Ceci ne peut pas se faire sans contraintes, sans influences importantes, sans désir de transmettre. C'est une grande responsabilité qu'il faut assumer; il ne faut pas réduire l'enfant à une passivité par rapport à son environnement: il interprète de plus en plus, assimile à sa façon, organise ses défenses et ses investissements. L'enfant n'est pas le "pur" produit de ses parents.
L'adaptation de l'enfant au monde dont il fait partie est surtout du aux contraintes subies qui l'obligent à s'adapter. C'est une catastrophe annoncée que de mettre un enfant sous cloche, sous prétexte de le protéger. La famille devrait être un lieu de développement avant d'être un lieu de bonheur. Faire le bonheur d'un enfant n'est pas à rejeter à condition que cela ne contrarie pas la mise en place de son autonomie.
1 commentaire:
Justes, vrais, et qui semblent tellement évidents....Mais les évidences.....
Au nom du père, cet oublié bien souvent de la trilogie relationnelle essentielle à l'enfant : père/mère/enfant....Que de livres et d'idées toutes faites sur les mères ,quel silence sur les pères ou plutôt sur "la fonction paternelle"....Et pourtant, cette défaillance ou cette absence peut être ravageuses....
Au nom de la mère, ou de la fonction maternelle, cette stigmatisée, portant le pêché originel, enfantant dans la douleur (les dogmes et leur inscription...)
Et pour l'enfant,cet être en devenir, ou pour chaque enfant singulier qui vit en nous adulte et nous a fait ce que nous sommes à ce jour....
Merci pour ces très beaux textes, Docteur....Je l'ai toujours dit :"le plus dur métier au monde est celui de parents" ...( quoique celui d'enfant n'est pas simple non plus :-))
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