samedi 13 avril 2013

L'autisme IV

Il est à la mode de critiquer le Dr Bruno Betelheim. Celui-ci appuyait sa théorie sur une accusation des mères. C'était non seulement une erreur, mais une source de souffrance inutile! Néanmoins, il y a peut-être quelque chose à comprendre de ses réflexions.
Dans les faits, Betleheim diagnostique "autistes", ceux que traditionnellement en France nous désignons par autiste, mais aussi par psychotique. Pourtant cette distinction me parait utile...

Il ne s'agit pas de reprendre toute l'œuvre, mais de partir de l'expérience essentielle de sa théorie: les camps de concentration. Betelheim a perçu quelque chose de ce que vivaient les enfants autistes. Sa grande erreur a été de penser que les mères étaient à l'origine de leur souffrance, alors que c'est la langue elle-même qui déchire l'enfant.

La langue  met de l'ordre dans le fonctionnement humain. La biologie n'y suffit pas! L'être humain à cette particularité, seul animal connu ayant besoin d'une mise en ordre aussi radicalement importée. C'est vraisemblablement lié à sa grande prématurité neurophysiologique...

Les langues, dans leurs diversités, influent sur notre organisation psychique, notre vision du monde, nos valeurs, etc. Nous sommes très, très influençables, d'où notre soucis de l'éducation des enfants.
Or, il, se trouve que les enfants sont plus différents les uns des autres que nous ne l'admettons, même si au départ les différences sont réduites. Tout nous le confirme par la suite, dans leurs acquisitions et leurs performances. Cela ne justifie pas pour autant de les hiérarchiser en terme de valeur, mais il est utile d'accepter de constater ces différences et d'en tenir compte dans l'intérêt des enfants.
Ces différences nous les admettons dans les activités sportives et intellectuelles, mais elles existent dans l'acquisition du langage et dans ses effets. Ces différences peuvent avoir une origine génétique, congénitale, mais aussi du fait de l'influence de l'environnement. Cette influence se constate dans les acquisitions physiques et intellectuelles, mais aussi dans l'organisation psychique et relationnelle.

Le langage ne permet pas que l'acquisition de moyens,  il est un organisateur essentiel de l'être humain dépourvu d'un instinct étant donné cette grande prématurité spécifique. La plupart des enfants se laissent envahir, habiter et être organisés par le langage. Cette langue maternelle se coordonne aux sensations et perceptions qui deviennent identifiées, référées et organisatrices de la relation. Bien sûr l'adéquation de l'interprétation par la mère est essentielle à l'assimilation de l'enfant. Malheureusement certains enfants ne sont pas en synergie avec le langage et le subissent comme une souffrance et non un moyen d'apaisement. Ils sont persécutés par le langage, parfois jusqu'à le fuir!
Une comparaison superficielle pourrait être effectuée avec les enfants infirmes moteur cérébraux. Ceux-ci ont longtemps été confondus avec les enfants débiles. À l'observation superficielle il peut y avoir confusion, d'autant qu'il n'y a pas d'incompatibilité. En effet était confondues des capacités intellectuelles d'élaboration et des capacités d'expression.

La confusion entre autisme et psychose me semble dommage. L'autisme véritable est une position défensive contre le langage, tandis que la psychose est une organisation langagière particulière, ou plutôt un positionnement particulier dans le langage. L'expérience m'a montré que la "sortie" de l'autisme s'effectue en direction de la psychose, quant cette sortie a lieu. Ceci n'est d'ailleurs possible que sous la pression forte de l'environnement, car l'enfant autiste est plutôt dans l'évitement de ce qui le fait souffrir.
Le travail effectué par le Dr Bruno Betelheim est plus à considérer en référence à la psychose qu'à l'autisme... En tout cas il a tenté une prise en charge, là où les autres avaient renoncé.

Les méthodes de prise en charge des enfants autistes sont actuellement éducatives, c'est à dire de conditionnement. Elles contraignent l'enfant à entrer dans le langage, tout d'abord et principalement au moyen de système de signes. C'est un dressage plus ou moins doux, toujours contraignant. Mais pourquoi pas? Mais aussi pourquoi et à quel prix?

Certains accéderont ainsi aux moyens de communication qui permettent plus de satisfaction et de liberté, pour d'autres l'évolution sera moins bénéfique et accompagnée de l'apparition de maladies et d'accidents.
Il me semble que pour les enfants présentant un autisme comme décrit par le docteur Kanner, ces prises en charges sont peu concluantes. Pour les autistes décrits par le docteur Asperger, entités beaucoup plus larges, nous rencontrons des enfants psychotiques déficitaires ou non, des enfants atteints de troubles psychomoteurs fins, d'hypersensibilité, de troubles de la perception, de disharmonies évolutives, etc...
L'amalgame me semble une escroquerie qui vise a promouvoir des méthodes dont les résultats réels sont rarement rigoureusement vérifiés, malheureusement soutenues par des associations qui visent plus à déculpabiliser les familles (ce qui est utile) qu'à établir des modalités précises qui limiteraient les indications des prises en charge efficaces. Celles-ci ne peuvent qu'être diverses et spécifiques au cas par cas, sans militantisme, avec détermination et acceptation de réévaluations au fur et à mesure.

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