Voici un titre prétentieux qui fait "devoir de philosophie". Pourtant c'est d'une façon bien plus réaliste et j'espère utile que je souhaite aborder cette question, en ce qui concerne la construction de l'identité humaine. Pour cela je l'aborderai initialement à travers le développement de l'enfant.
Après l'accouchement, l'enfant va être confronté au manque. On peut supposer que intra utero, le fœtus n'éprouve pas cela, normalement. Mais dès sa venue au monde, il passe d'une continuité à un système séquentiel. Ceci lui fait découvrir l'autre dont il dépend, cette mère sur qui est greffé ce sein dont il se complète pour apaiser sa souffrance et qui lui permet de retomber dans le vide de la satiété: la naissance, c'est la découverte du manque.
Initialement cette alternance de tension et détente n'a aucun sens pour lui, par contre elle a un sens pour sa mère. Elle fait ce qui est bien pour lui. Ce bien est essentiellement la satisfaction de ses besoins. Par ses réponses, elle induit un sens: la répétition inscrit un schéma de la satisfaction qui n'est plus seulement l'apaisement de la tentions mais aussi le déroulement; c'est la mise en place d'un code relationnel avec sa réalisation; si celui-ci est adéquat aux besoins, c'est bien! Sinon c'est mal! Donald Winicott parlait de "mère suffisamment bonne".
Donc la satisfaction des besoins est nécessaire, mais la répétition du scénario devient de plus en plus importante. L'irrégularité entraîne l'inquiétude de l'enfant. Ainsi, ce qui est sécurisant chemine du lait au sein, puis à la maman, puis à l'environnement.
Le bien s'établit en liaison avec le principe du plaisir: initialement, ce qui fait plaisir est bien. Le plaisir résulte d'un abaissement de tension. Le plaisir du regard donne le beau, le plaisir du goût est le bon, etc...
Par la suite l'enfant croit que c'est pour tous pareil. Il croit à une vérité universelle (qui se retrouve dans les religions): ce qui est bien est vrai, donc ce qui est vrai est bien! Le bien s'est construit dans la relation à autrui et en conséquence peut se modifier en fonction de l'évolution des relations; car si le bien a comme origine la satisfaction du besoin, par extension il devient un effet des relations dans la mesure où celle-ci devient le lieu même de l'apaisement et de la tension: la relation après avoir été le véhicule du bien, en devient la source. Nous constatons cet effet tous les jours à travers la grande suggestibilité de tous. Nous sommes très influençables par les autres; bien sûr cela dépend des la manière, mais nul n'y échappe car nous sommes des animaux sociaux et nous n'avons pas d'instinct. Notre grille de compréhension n'est pas stable et peut être modifiée, c'est aussi l'origine de notre exceptionnelle adaptabilité, bien plus que les autres mammifères; mais c'est aussi ce qui nous permet une exceptionnelle destructivité...
L'enfant croit à l'universalité du bien tant qu'il croit à l'universalité du vrai, pour lui c'est confondu. Lorsqu'à l'adolescence il découvre que le vrai est propre à chacun, il sera tenté de contester le bien, comme valeur de référence sociale. Le vrai est singulier, alors que le bien est général, quoique évolutif. L'éducation enseigne le bien, pas le vrai.
Pour l'enfant les parents sont des garants, car il croit qu'il détiennent La Vérité. Il n'a pas les moyens de les évaluer et donc va les croire: croyance plutôt que jugement. Il croit ce qui l'arrange! Il est responsable des formes qu'il met à ce qu'il fait ou dit, mais n'a pas une responsabilité de fond.
L'ado va devoir abandonner bien des croyances et les remplacer par des jugements. Il doit réviser aussi son éducation à la lumière de son expérience. Ses croyances sont attaquées par ses propres perceptions, sa raison s'oppose à qu'il continue à être aussi naïf qu'avant.
L'adulte est le garant de son jugement, qu'il appuie sur son savoir. L'adulte est responsable de la forme qu'il met à ce qu'il fait et dit, mais en plus il est responsable du fond, c'est à dire de la cause qu'il choisi de servir.
L'adolescent se trouve bousculé hors de l'enfance par le "réveil pulsionnel". La poussée pubertaire le contrait à découvrir que la vérité n'est pas universelle, la même pour tous, mais résulte de la jouissance éprouvée qui s'inscrit en lui. Cette jouissance capte ses désirs jusque là sagement rangés au rang de ce qui est bien et ce qui est mal. Le voici à ne plus pouvoir se réguler à être seulement un consommateur, mais doit devenir l'auteur de ses choix.
La découverte de la singularité peut s'égarer dans l'opposition; l'opposition aux autres, à son corps, à ses attirances... Toute une pathologie fondée sur la défense des croyances contre la solitude du jugement peut apparaître: croyance que les autres ont toujours tort, comme dans la paranoïa; croyance en la persécution par le corps, comme dans l'anorexie mentale de la jeune fille; croyance dans des convictions politiques comme investissement identitaire; croyance dans des rituels comme moyen de suppléance familiales...
La singularité n'est pas l'originalité; cette dernière vise à se différencier, à se faire remarquer, à renforcer son identité imaginaire défaillante auprès d'autrui. La singularité résulte de la prise en compte des valeurs réelles et propres à chacun. C'est avec la prise en compte de ces valeurs que l'ado modifie sa relation au monde et se repositionne.
Jusque là seule la place occupée importait, maintenant ce qu'il y fait devient essentiel.
Son étayage identitaire s'appuie sur son acte dorénavant; il se réalise par l'acte, bien qu'il reste toujours sensible à la place qu'il occupe dans le regard d'autrui. La place produit plaisir ou déplaisir, mais seul l'acte donne une satisfaction réelle.
La difficulté de l'acte réside dans son authenticité. L'authenticité dépend du rapport que chacun entretien avec la vérité. Il ne suffit pas d'être sincère; nous pouvons tous sincèrement nous tromper, nous ne pouvons pas authentiquement nous tromper, car la sincérité est à l'égard d'autrui tandis que la l'authenticité est à l'égard de soi-même.
L'enfant souhaite le bonheur, l'adulte vise la satisfaction. Le bonheur est conjoncturel, correspond à un apaisement, une quiétude. Le bonheur correspond à un abaissement de tentions, la satisfaction résulte d'un accord avec nos valeurs essentielles et ce ceci en acte. Le bonheur est de l'ordre du bien tandis la satisfaction est de l'ordre du vrai. L'amour vise à accorder le bien et le vrai...
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