samedi 13 avril 2013

Que peut nous apprendre la Mort ?

Définition:
Savez-vous qu'il n'existe pas de définition ni médicale, ni juridique de la mort? ni d'autres définitions d'ailleurs. Ce n'est pas sans raison: la mort est indéfinissable, mais il ne faut pas la négliger pour autant! Elle est une référence essentielle pour tous le êtres vivants, bien que de façon différente.
Lorsque nous parlons de la mort, nous en parlons en tant qu'événement et des conséquences de celui-ci. Nous opérons le plus souvent par déplacement; il est moins difficile d'aborder la mort des autres que la sienne, celle des lointains que des proches...
Je propose d'admettre que la mort est impossible à définir, voire même impossible à dire. Même la poésie défaille! Néanmoins elle a une conséquence essentielle: elle est au fondement de la certitude.



La certitude:
Cette certitude nous encombre. Nous jonglons dès l'enfance avec les croyances, les convictions, les persuasions, mais nous sommes tourmentés par cette certitude.
Les croyances sont des étayages imaginaires nécessaires à supporter l'enfance, les convictions veulent forcer les autres à ne pas nous laisser seul, les persuasions nous enferment dans un imaginaire pour nous soustraire illusoirement aux contraintes du monde.

Jacques Lacan nous dit de la mort: "la certitude que tout ça finira un jour", ce qui nous indique que la mort est une certitude, mais non définie pour autant. Une certitude vide, mais réelle. La mort est plus qu'une certitude, c'est La certitude. C'est parce qu'elle est vide que nous pouvons/devons y placer nos valeurs essentielles.
La certitude nous travaille par notre difficulté à l'établir, à la "meubler". Etant donné qu'elle est initialement vide, nous nous retrouvons en souffrance. Nous prêtons au sage d'être parvenu à la compléter et de bénéficier de tranquillité en conséquence. Par rapport à la certitude, tout le reste est dérisoire sur le plan identitaire. Elle est seule possibilité véritable que nous ayons de stabiliser notre identité défaillante.

L'acte:
Mais la certitude n'existe pas sans l'acte. C'est par l'acte, pas l'action, que la certitude s'inscrit et qu'elle fonde l'auteur. Nous en voyons une illustration dans l'acte créatif de l'œuvre artistique.
Ainsi, à la différence de la réponse d'espèce, valable pour tous les individus chez les autres mammifères, l'être humain doit produire une réponse singulière, qui peut être particulière et incompréhensible à ses semblables. Cette réponse est la base de l'éthique. En effet, les réponses sociales et culturelles ne suffisent pas. Il faudra pour chacun, chercher au fond de son être pour en extraire les valeurs qui lui sont indispensables à soutenir, faute de quoi il restera en errance. 

Les autres mammifères ont aussi une certitude: la nécessité de devoir maintenir la pérennité de l'espèce. Ceci se constate dans leurs actions, en fonction de leurs capacités; c'est le sens de leur vie. Cela ne se voit que beaucoup moins chez les humains, que ce soit à titre personnel ou à titre collectif...

Un traitement particulier de la certitude est celui du religieux qui tente d'y répondre à la fois de façon subjective et en même temps de produire une réponse d'espèce. Pour cela, il est contraint de parier sur un au delà de la mort et d'interpréter celle-ci comme étant surtout un changement radical. Pour cela, il lui faut un garant externe (Dieu), puisqu'il ne peut pas trouver en lui de vérités universelles, mais seulement une vérité singulière. Cette réponse se veut à la fois singulière et collective, éthique et morale confondue. C'est là qu'il faut différencier croyance et foi, référence imaginaire et acte réel (la croyance rassemble alors que la foi engage en acte).

Néanmoins, celui qui ne pourra compter sur Dieu pour lui proposer des références certifiées devra supporter cette "enveloppe vide" qu'il lui faut garnir. Il sera dans le tourment de devoir se répondre: "que veux-tu vraiment?" Question à laquelle il ne suffira pas de répondre par la pensée, mais en acte.

La mort ne peut être connue, ne peut être conceptualisée, ne peut être circonscrite, en fait, en fait elle échappe à l'esprit. C'est en réponse à ce besoin de situer la certitude que sera produite l'éthique, par l'acte que je réalise comme auteur. Ainsi par exemple, le héros tragique s'engage dans un acte qui pourtant le condamne à la tristesse, voir la fatalité.
La pensée ne peut soutenir l'être, elle défaille déjà à soutenir l'existence! Bien d'autres choses échappent à la pensée et peuvent se révéler autrement (par la parole, par l'acte).

L'enfant:
Cette question ne se pose pas à l'enfant qui est préoccupé surtout par ce que veulent ses parents et ses proches; question qui ne devrait s'actualiser qu'à l'adolescence, normalement. L'absence de possibilité de certitude chez l'enfant fait qu'il n'est pas considéré comme responsable dans le fond, même s'il l'est dans les formes. C'est pourquoi l'éducation porte essentiellement sur les formes. Les questions du sens de la vie ne résulte pas de l'acte, pour l'enfant, mais de l'origine: la question des origines intéressent beaucoup les enfants. Pour les enfants, mourir c'est partir et ne plus revenir: mourir c'est abandonner les autres.

La fin de la vie n'est qu'une conséquence de la mort, d'ailleurs la plupart ne croient qu'en une fin partielle, la fin de l'actuel conduisant à un changement et donc à une nouveauté. Toute personne qui dit: "quant je serais mort", est dans ce cas...
Donc nous sommes certains, mais sans savoir de quoi... Toutes les spéculations sont ouvertes: bien sûr religieuses, mais aussi "l'angoisse de mort" dont Freud nous dit qu'elle n'est qu' angoisse de castration! 
La mort est probablement le seul fondement de la certitude chez l'être humain; chez les autres mammifères "sauvages", la mort n'est sans doute perçue que dans une référence collective: la mort de l'espèce, leur certitude est donc de vouloir à tout prix l'éviter, fusse au prix de leur existence individuelle.

La  psychanalyse, les philosophies et les religions, me semble-il, s'intéressent aussi à la certitude, celle de l'éthique, mais c'est un autre débat!
Cette certitude ne peut être située dans notre relation avec le monde, elle ne peut être que certitude dans notre relation à nous même. La certitude est certitude de ce qui est, or nous ne pouvons être certains que d'être et ceci parce que nous sommes mortels. Nous ne sommes même pas certains d'exister, ni même de l'existence du monde ou des autres! Bien qu'il soit préférable de l'admettre...

L'existence:
C'est parce que nous ne sommes pas certains d'exister, que nous tentons de renforcer notre identité de multiple façons, comme je l'ai indiqué ailleurs...
Être ne suffit pas à exister, qui nécessite une permanence subjective. Or cette dernière  n'est ni  constante, ni immuable. Notre existence doit être étayée par de multiples constructions, dont la pensée n'est pas la plus solide.

Notre existence a à charge de situer notre identité et de lui assurer une permanence. L'existence est subjective et relative à l'environnement, aux autres, à ce qu'on fait. Il arrive souvent que l'on sollicite autrui pour exister... "par rapport à" lui, donc grâce à lui. Il nous arrive aussi d'exister en tant qu'auteurs d'un acte. L'existence est de l'ordre la filiation, elle vient donc d'ailleurs.
Notre existence ne peut se fonder sur la certitude qui se suffit à elle-même. L'existence est construite de doutes auxquels elle tente de répondre... provisoirement.

Le temps:
Un autre effet de la mort est l'invention du temps. Réellement, le temps n'existe pas en nous. C'est une croyance de plus en plus ancrée dans notre monde, au point qu'il devient une référence mondiale uniformisée sur toute la planète.

En réalité nous nous appuyons sur la notion d'espace, au moyen de nos perceptions. C'est pourquoi nous constatons des désorientations spatio-temporelles lorsque cette croyance n'est pas suffisamment ancrée! L'espace peut avoir la qualité de ce qu'il contient, bien qu'il n'ait pas de qualité propre.
Le temps perçu n'est qu'une objection dérisoire à la mort, qui est la fin et la finalité du temps. D'ailleurs le sage est sensé ne pas tenir compte du temps, car il ne tient compte que du réel. Le temps est la combinaison de l'acte et du lieu.
C'est l'acte qui accrédite le temps, c'est lui qui lui donne sa consistance et le rend variable dans le vécu: moments intenses et moments vides. Le temps est une figure de la mort, comme nous le constatons souvent dans l'histoire. Perdre son temps c'est perdre sa vie...
Le temps est une invention de l'horloge. Il n'existe pas en nous. Pour peu que l'on perde ces références externes, nous nous apercevons rapidement que nous sommes incapables d’intérioriser le temps.

Le paradoxe apparent est que la mort donne à la vie individuelle sa valeur. Par exemple, dans le film "Pandora", le Hollandais volant l'illustre par la perte d'intérêt qu'a la vie à devenir éternelle. La mort contraint au choix et en fait le prix.

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