Il y a des sociétés sans adolescents et sans adolescence. Ces sociétés, qui ont enfants et adultes, passent de l'un à l'autre par l'initiation. Celle ci est un passage, au moyen d'un rituel connu des initiés, qui est subi et conduit le postulant à devenir un adulte. Ceci n'existe que dans des sociétés fermées où le statut de l'adulte est consensuel et fixé par la loi. Nul ne peut y échapper sinon à s'exclure de la communauté. Les valeurs sont collectives et identiques.
Mais nous ne sommes pas dans une société ou les fils et les filles font comme leur père et mère! Au contraire, nous voyons plutôt l'inverse et ce avec l'encouragement des parents... Cela a pour conséquence que chacun doit trouver sa solution.
Nous voici dans l'errance, à la recherche d'un mode d'existence nouveau, à découvrir, peut-être à inventer. Il n'existe aucun modèle fiable, malgré parfois quelques vaines tentatives. L'adolescent ne trouve plus autour de lui la façon de devenir adulte, il lui faut donc inventer une réponse à une question qu'il ne comprend pas.
Dans une société initiatique, il trouvera dans sa relation aux autres ce qu'il lui faut admettre pour pouvoir intégrer le monde des adultes. Dans notre situation actuelle, certaines familles, certaines communautés étayent ainsi ce passage, avec plus où moins de résultats. Mais pour la grande majorité, ces repères relationnels ne suffiront pas. Il faudra établir des repère internes, des repères singuliers.
En effet, aux repères de l'enfant vont devoir s'ajouter d'autres repères. Ceux de l'enfant ne suffisent plus. Ceux-ci sont essentiellement une question de place occupée. Toute place s'articule à d'autres places, et donc ne vaut essentiellement que par cette articulation.
Pour l'adolescent, du fait de la puberté et poussée pulsionnelle qui en résulte, il ne peut en rester à ce système et doit faire face à une donnée supplémentaire: à sa relation aux autres, s'ajoute sa relation à lui-même.
Cela change beaucoup sa vision du monde, dont il fait partie. Ce monde ne peut plus être stable comme il le souhaitait, la place ne suffit plus, devient essentiel ce qu'il y fait. Ainsi, la question de l'acte devient prédominante!
Avec l'adolescence, la question du passage à l'acte apparaît. Pendant l'enfance, l'enfant agit certes, mais on considère cette action comme une résultante dont l'enfant n'est que l'agent exécutant, sous l'influence de l'environnement, et non pas comme l'auteur de son acte. Il n'a qu'une responsabilité partielle. Une responsabilité de forme plus que de fond. D'ailleurs l'éducation qu'on lui impose porte surtout sur les formes. Nous constatons d'ailleurs que dans toutes les sociétés, l'enfant n'est pas considéré comme responsable.
L'adolescent ne peut pas rester seulement dans le souci de sa relation avec autrui, il lui faut aussi chercher ce qu'il veut. Ce qu'il veut, pas seulement ce dont il a envie.
Donc, à la question de la place occupée s'ajoute la question de l'acte, qui se manifeste initialement par le passage à l'acte.
Le passage à l'acte n'est pas le passage par l'acte.
Le passage à l'acte est une tentative de renforcer une identité malmenée par les poussées pulsionnelles de la puberté. Bien sûr, les événements vécus pendant l'enfance peuvent bousculer la quiétude de l'enfance, mais de toute façon, la puberté bousculera l'ordre établi.
Le passage à l'acte vient suite à un défaut de compréhension et d'assimilation, comme une sorte d'expulsion vers la relation avec autrui d'un échec initial de la relation avec soi-même. Ainsi, dans la nécessité d'établir des nouvelles références relationnelles, l'adolescent, dans son embarras et à défaut de pouvoir continuer comme avant, peut être tenté d'être contre et agir en conséquence. Avant il voulait croire et maintenant il conteste, accuse les adultes de l'avoir trompé. Derrière ce comportement, la peur est présente. L'adolescent, qui comptait sur les autres, va devoir compter sur lui-même, mais aussi compter avec les autres.
Déstabilisé, l'adolescent cherche un nouvel équilibre, mais ce ne peut être une simple rectification, c'est une prise en compte nouvelle. Avant, il aspirait a un équilibre stable (la bonne place), il va devoir mettre en place un équilibre dynamique (l'acte satisfaisant). Ce changement est majeur, car s'il répond à une nécessité nouvelle, il va permettre (enfin) un accès à une authentique satisfaction.
Le passage par l'acte est le meilleur moyen d'obtenir une satisfaction. La satisfaction est le meilleur moyen d'établir son identité. Et l'identité est notre souffrance fondamentale, à la différence des autres mammifères.
Voilà un problème fondamental des êtres humains, réactualisé à l'adolescence: établir une identité dans laquelle il pourra se loger. Cette quête peut aller à l'encontre du principe du plaisir, et pour pouvoir y parvenir, il lui faudra tenir compte de ce qui est vrai pour lui.
La vérité n'est pas toujours bonne à dire ou à entendre, mais elle est têtue, non négociable et doit être prise en compte. La vérité est la partie réelle de chacun de nous, avec laquelle chacun doit se débrouiller, comme il doit se débrouiller avec le réel du monde. Ce réel s'est mis en place au fur et à mesure de l'histoire de chacun comme de l'histoire du monde, c'est un résultat qui peut devenir un boulet à traîner si on ne sait s'accorder avec. L'enfant ne se préoccupait pas de qui il était, entièrement tourné vers les autres: "D'où est-ce que je viens?" L'adolescent est encombré de lui-même: "Qui suis-je?" L'éducation ne nous apprend jamais qui nous sommes. L'éducation nous apprend ce que l'autre attend de nous. L'adolescent est seul face à sa question. C'est sur quoi se heurtent beaucoup, en particulier du fait de leur ignorance.
C'est de répondre vraiment à cette question qui lui permettra d'accéder à une authentique satisfaction. L'enfant pouvait croire qu'il pouvait satisfaire l'adulte, l'adolescent va devoir découvrir comment se satisfaire.
La vérité n'est pas toujours bonne à dire ou à entendre, mais elle est têtue, non négociable et doit être prise en compte. La vérité est la partie réelle de chacun de nous, avec laquelle chacun doit se débrouiller, comme il doit se débrouiller avec le réel du monde. Ce réel s'est mis en place au fur et à mesure de l'histoire de chacun comme de l'histoire du monde, c'est un résultat qui peut devenir un boulet à traîner si on ne sait s'accorder avec. L'enfant ne se préoccupait pas de qui il était, entièrement tourné vers les autres: "D'où est-ce que je viens?" L'adolescent est encombré de lui-même: "Qui suis-je?" L'éducation ne nous apprend jamais qui nous sommes. L'éducation nous apprend ce que l'autre attend de nous. L'adolescent est seul face à sa question. C'est sur quoi se heurtent beaucoup, en particulier du fait de leur ignorance.
C'est de répondre vraiment à cette question qui lui permettra d'accéder à une authentique satisfaction. L'enfant pouvait croire qu'il pouvait satisfaire l'adulte, l'adolescent va devoir découvrir comment se satisfaire.
La satisfaction n'est pas un accord avec le monde, ce qui pourrait être une définition du bonheur, la satisfaction est un accord avec soi-même. Elle est éprouvée dans le monde car c'est dans le monde que nous nous réalisons, et que nous réalisons ce que nous faisons. La satisfaction prend en compte nos besoins (élémentaires), mais aussi nos valeurs (essentielles), y compris celles qui sont propre à chacun.
Pour les autres mammifères, la satisfaction prend en compte leurs besoins mais aussi les besoins (de survie) de l'espèce. Nous constatons que les besoins de l'espèce sont les plus importants pour eux, malgré le coût éventuel. Pour les êtres humains, la satisfaction prend en compte les besoins mais aussi, malgré le coût, des valeurs qui ne coïncident pas toujours avec les besoins de l'espèce (et parfois à l'inverse, ce qui est une particularité humaine). L'être humain a des valeurs collectives (besoins, morale) mais aussi des valeurs particulières, voir singulières. Ainsi les humains sont conduit à réaliser des valeurs collectives et des valeurs singulières qui peuvent s'opposer: les raison du cœur et les raison de l'esprit, ou choisir entre sa mère et la loi, etc...
L'être humain se trouve ainsi à s'interroger sur les sens de sa vie, ne pouvant se contenter d'un sens général, comme le font les autres animaux. "Dis-moi ce que tu fais et je te dirais ce que tu es!" Tous les mammifères, y compris nous-même, passent de l'état de petit à celui d'adulte par un processus de maturation physiologique. C'est à la fin de ce processus que les mammifères atteignent leur complétude, à savoir non seulement survivre de façon individuelle, comme le fait le petit, mais aussi veiller à la survie de l'espèce ; c'est le sens de leur existence. L'être humain subit ce processus de maturation mais doit construire un sens, ne disposant pas d'un instinct. Ce sens, comme nous l'avons dit, est double: par rapport à l'espèce et par rapport à lui-même. Par rapport à l'espèce, il est partiellement établi par son éducation, mais peut être modifié par les événements et par une relecture du passé. Par rapport à lui-même, cela reste beaucoup plus confus car nouveau, non préétabli, quoi que sous l'influence de son histoire.
L'adolescent, dans notre société, va être confronté à deux choix majeurs: le choix de la profession et le choix amoureux. Ce choix n'est pas qu'un choix de départ, n'est pas qu'un bon choix initial, mais devra être un choix vrai, c'est-à-dire un choix dynamique à travers lequel il se réalise.
Donc, l'adolescent va devoir devenir auteur de son choix. La vacillation de l'identité pendant l'adolescence explique pourquoi c'est une période si difficile, propice à l'apparition de difficultés nouvelles et spécifiques.
Pour les autres mammifères, la satisfaction prend en compte leurs besoins mais aussi les besoins (de survie) de l'espèce. Nous constatons que les besoins de l'espèce sont les plus importants pour eux, malgré le coût éventuel. Pour les êtres humains, la satisfaction prend en compte les besoins mais aussi, malgré le coût, des valeurs qui ne coïncident pas toujours avec les besoins de l'espèce (et parfois à l'inverse, ce qui est une particularité humaine). L'être humain a des valeurs collectives (besoins, morale) mais aussi des valeurs particulières, voir singulières. Ainsi les humains sont conduit à réaliser des valeurs collectives et des valeurs singulières qui peuvent s'opposer: les raison du cœur et les raison de l'esprit, ou choisir entre sa mère et la loi, etc...
L'être humain se trouve ainsi à s'interroger sur les sens de sa vie, ne pouvant se contenter d'un sens général, comme le font les autres animaux. "Dis-moi ce que tu fais et je te dirais ce que tu es!" Tous les mammifères, y compris nous-même, passent de l'état de petit à celui d'adulte par un processus de maturation physiologique. C'est à la fin de ce processus que les mammifères atteignent leur complétude, à savoir non seulement survivre de façon individuelle, comme le fait le petit, mais aussi veiller à la survie de l'espèce ; c'est le sens de leur existence. L'être humain subit ce processus de maturation mais doit construire un sens, ne disposant pas d'un instinct. Ce sens, comme nous l'avons dit, est double: par rapport à l'espèce et par rapport à lui-même. Par rapport à l'espèce, il est partiellement établi par son éducation, mais peut être modifié par les événements et par une relecture du passé. Par rapport à lui-même, cela reste beaucoup plus confus car nouveau, non préétabli, quoi que sous l'influence de son histoire.
L'adolescent, dans notre société, va être confronté à deux choix majeurs: le choix de la profession et le choix amoureux. Ce choix n'est pas qu'un choix de départ, n'est pas qu'un bon choix initial, mais devra être un choix vrai, c'est-à-dire un choix dynamique à travers lequel il se réalise.
Donc, l'adolescent va devoir devenir auteur de son choix. La vacillation de l'identité pendant l'adolescence explique pourquoi c'est une période si difficile, propice à l'apparition de difficultés nouvelles et spécifiques.
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