L'enfant intra utero perçoit de plus en plus ce qui l'entoure. Cela n'est pas sans effets, et les puéricultrices ont constaté depuis longtemps l'influence du déroulement de la grossesse sur l'attitude initiale de l'enfant. Une grossesse heureuse est un bon démarrage dans l'existence. Celle-ci est un moment particulier dans la vie d'une femme, dont nous avons constaté combien les femmes parlent peu. Elles abordent plus facilement leur accouchement plutôt que la grossesse.
La grossesse est une période de bouleversement dans la vie d'une femme, du corps et de l'esprit. Vécu agréablement ou pas, selon les moments, c'est un évènement subjectif et objectif. Cette transformation, plus ou moins perçue, va au-delà de ce que la mère en devenir perçoit ; il peut en résulter un sentiment de dépossession de soi-même, ou de plénitude. Instants de "maladie" ou d'extase, angoisse ou enthousiasme, rarement indifférents. Il s'agit d'une jouissance nouvelle. Cet état est intense, mais indicible pour beaucoup autrement qu'en terme de gêne. Le bien-être dépend beaucoup de l'environnement immédiat, mais pas seulement. C'est un moment où apparaissent des questions nouvelles, parfois étranges dans leurs formes et pas aisément identifiables. Ces questions résultent de la nouveauté de la situation, l'inconnu. Elles seront traités, comme toujours, par association à ce qui a été vécu, conscient ou oublié .
Cette situation nouvelle va faire resurgir des références antérieures ; en effet, l'être humain essaye spontanément d'associer le nouveau à ce qui est déjà là pour l'assimiler. Il peut en résulter un vacillement de l'identité, en particulier lors de la perte de l'état de grossesse (baby blues, psychose puerpérale...)
Souvent, lorsque la grossesse est bien vécue, elle s'accompagne d'un repli sur soi, ou plutôt d'une mise à l'écoute de la grossesse. Celle-ci est une aventure sensorielle nouvelle, étonnante, souvent intense, qui modifie la relation de la future mère à son corps. Elle modifie certes l'image du corps et notre esthétique à cet égard a changé. Maintenant, au contraire d'il y a quelques années, la femme enceinte est belle, aux yeux des autres, car renfermant le merveilleux. Les grossesses ne sont plus cachées mais montrées.
La relation au corps elle-même change, avec les sensations nouvelles dont l'origine est attribuée à l'enfant. C'est un bouleversement que d'avoir un corps habité par un autre, aussi proche soit-il. Il peut en résulter une impression de complétude: rien ne manque. Cette atteinte du merveilleux n'est possible que si elle est acceptée, voire soutenue par l'entourage.
Nous pouvons constater, simultanément au développement de l'image du merveilleux de la femme enceinte, l'apparition dans la fantasmagorie collective de l'horreur de l'alien en tant que parasite humain, venant habiter le corps sans consentement. Nous pouvons ainsi avoir une idée de l'horreur que peut éprouver la femme enceinte lorsque cette grossesse n'est pas consentie. Une femme enceinte est vulnérable dans son interprétation de la grossesse, étant donné les effets d'influence de l'environnement, y compris de son état de santé.
La grossesse est donc un moment de renforcement identitaire ou de vacillation identitaire.
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