vendredi 29 mai 2015

Le genre et la différence sexuelle

Un monde qui accélère.
Nous sommes dans un monde de mouvement. Il faut avancer, croître , repousser les obstacles. Toute limite est contestée comme une restriction de liberté. D'ailleurs jamais le choix individuel n'a été aussi varié. C'est le  toujours plus, la croissance comme valeur universelle.
Cette croyance que le plus est le mieux a beaucoup d'incidences: l'important est d'avoir plus et de faire plus.
Le quantitatif devient le seul critère. Cela contraint à accumuler et à se dépêcher, augmenter le rendement. Soit nous adhérons avec enthousiasme, soit nous retrouvons la dialectique du maître et de l'esclave: notre moyen d'exister devient l'évitement caché, l'obstruction dissimulée, le pouvoir de nuisance.
Nous constatons qu'il n'y a pas de pilote dans l'avion et pas d'alternative générale crédible, il ne nous reste, pour l'instant, que les solutions individuelles. Étant très influençables, nous sommes séduits par cette société de consolation; elle s'étend dans le monde balayant les liens sociaux existants plus ou moins rapidement. La résistance, quant elle est souhaitée, est individuelle. Il existe des mouvements collectifs de résistance, mais provisoires et vraisemblablement voués à l'échec.
Ces mouvements de résistance, sans préjuger de leurs valeurs, sont passéistes: intégrismes, traditionalisme, écologie, etc... Ces mouvements ne sont pas sans raisons valables qui seront peut-être intégrée, mais qui ne semblent pas encore des alternatives à notre société.

Un des effets de miser sur le quantitatif est au détriment du qualitatif. Ainsi aux différences sexuelles se substituent les différenciations sexuelles, les choix catégorielles sont remplacés par le culte des petites différences. Ces choix identitaires évitent toute exclusion et toute perte: on n'est plus ou homme, ou femme, mais homme avec une part de féminité, voir d'un troisième genre qui plus est serait neutre!

La théorie du genre prétend remplacer la théorie freudienne de la différence sexuelle. Pourquoi pas, mais de quoi s'agit-il ?
Judith Buttler soutient que les deux genres masculin et féminin sont des préjugés. Si c'est le cas, rien n'empêche d'en inventer d'autres. D'autres part elle conteste la qualité identitaire de ces deux genres, beaucoup,selon elle, ne s'y retrouvant pas bien logés. Comme la majorité des féministes, elle prétend que c'est la résultante d'un abus de pouvoir des hommes imposant une hétérosexualité dominatrice.. Ainsi Freud et Levi-Strauss, avec l'interdit de l'inceste se seraient égarés. Les genres qui en résulteraient seraient des mascarades où chacun dissimule son identité réelle. Ce refoulement de la vérité serait au service du pouvoir en place, auto-censure qui fige le monde.

Nous pouvons constater d'expérience qu' il n'existe que deux sexes: mâle et femelle. Mais pourquoi existerait-il que deux genres?
Les deux sexes sont de l'ordre d'un réel incontestable. C'est inscrit dans notre anatomie et dans notre génétique. Il exige, de façon exceptionnelle des variantes génétiques, mais elle sont considérées comme des anomalies, ne pouvant participer à la perinité de l'espèce...
Les genres sont des constructions symboliques, ostensiblement construits à partir du repérage des différences sexuelles. Si les différences sexuelles sont constantes tout au long de l'histoire de l'humanité, il n'en est pas de même des genres qui changent selon les sociétés.
Le genre est une interprétation sociétale de la différence sexuelle, mais jusqu'à maintenant limité à deux. Au delà des deux genres de référence de chaque société, nous trouvons des êtres non humains relevant des mythologies. Nous pouvons même constater que cette sortie du genre commun est une condition indispensable à toute condition divinisée. Mais si nous restons du côté des humains, nous sommes dans l'alternative homme ou femme.
Et l'enfant? Celui-ci quoique précisément sexué, est en attente de constitution d'un genre définitif établi à l'âge adulte.

Il est difficile de contester que si le genre trouve son fondement dans la différenciation sexuelle, celui-ci est la résultante d'un une interprétation référée à un contexte culturel.

Il me semble que quelque soient les critiques fondées à propos des genres, tels qu'ils sont élaborés, il est important de remarquer qu'ils entérinent une exclusion: nous sommes ou mâle ou femelle. D'autre part il est à noter que ce choix entraîné une nécessité d'interprétation: comment, dans un milieu social déterminé être un homme ou être une femme? Dans notre société ce ne peut être l'application d'une consigne.
Les sociétés organisent les relations humaines et donc prétendent influencer la façon d'y être homme ou femme. Les sociétés à initiation sont plus coercitives que les sociétés à longue adolescence. L'adolescence est un cheminement individuel entre la fin de l'enfance et le début de l'état d'adulte. Mais même dans les sociétés ouvertes, les constructions diverses de l'adolescence ne sont pas sans censure et surtout d'auto-censure fortement liée à l'éducation reçue.

La question des différences sexuelles par son exclusivité réciproque, entraîne la nécessité du choix. Celui-ci se présente initialement sous la forme du "bon choix". Le bon choix hiérarchise: avantage à être un homme, avantage à être une femme. Cette hiérarchisation va entraîner désavantages et frustrations. Que celles-ci soient critiquées, quoi de plus logique et d'acceptable! Hiérarchie entraine injustice et revendications.

Cet abord pose d'emblée la question de la tolérance. En effet nous avons le plus grand mal à accepter de ne pas hiérarchiser les différences. Portant ce qui est différent n'est forcément mieux ou moins bien. Si on admet cela, se pose alors la question de l'investissement et de l'usage: combien ça me coûte et pour en faire quoi.

Freud n'a pas une théorie du genre mais une théorie de la sexualité: d'être homme ou d'être femme entraîne des limites qui se présentent différemment à travers l'interdit de l'inceste. Celui-ci a été constaté dans toutes les sociétés humaines. L'interdit de l'inceste n'est possible que s'il y a une exclusion d'un sexe par rapport à l'autre: on ne peut être homme qu'à condition de ne pas être femme et réciproquement. Ce lien d'exclusion est nécessaire pour que la mère soit interdit au fils, ou plutôt que la femme qu'est la mère soit interdite à l'homme (en devenir) qu'est le fils.

Dans la théorie du genre ce qui est révolutionnaire c'est la possibilité d'un troisième, voire énième genre humain. Disons-le tout net: c'est un délire ! Mais la réalité humaine est fondamentalement délirante; certe, mais l'introduction nouvelle d'un troisième genre ne pourrait qu'entraîner une nouvelle civilisation qui vraisemblablement accentuerait encore plus férocement les rapports hiérarchiques. Nous avons déjà tellement de mal à accepter les petites différences de sexe ou de couleur de peau, alors imaginez davantage !

C'est pas parceque le genre est une construction artificielle, que nous pouvons nous passer de l'acceptation de la différence sexuelle indispensable pour la construction de notre identité. Quoiqu'en disent les féministes, les femmes ne sont pas une variante des hommes et réciproquement : les femmes ne sont pas des hommes et les hommes ne sont pas des femmes! Cela ne définie pas ce qu'ils sont, puisque la réponse propre à chaque société et à chaque individu sera ce qu'il en fait, sera la réponse qu'il inventera, qu'il bricolera comme il pourra. Nous constatons que chacun gagnerait à respecter au mieux l'autre (sexe) d'autant plus que son identité se construira plus dans cette relation à l'autre que dans sa relation au semblable. Vive la différences, vive les différences, nous en avons tous besoin!

La tentation infantile de miser sur la ressemblance vient de la position de l'enfant à s'aliéner à ce que l'autre veut; il en espère une bonne place stable, garantie. C'est à l'adolescence qu'il découvre que cet agencement ne suffit pas à étayer son identité et qu'il lui faut fonder en acte son identité.

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